Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond en Chine ?

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L'annonce d'une contraction de l'activité manufacturière en Chine a largement contribué à la dégringolade de la Bourse japonaise ce jeudi. En réalité, le ralentissement de l'économie apparait durable malgré les politiques de soutien à la consommation et à l'investissement menées par Pékin.Tour d'horizon en quatre points des risques qui pèsent sur la deuxième économie mondiale.

Une économie ne peut croître à des taux élevés pour l'éternité. Conscient de cette réalité, les dirigeants chinois avaient prévenu, la croissance va ralentir. L'indice PMI des directeurs d'achat publié jeudi par HSBC est venu doucher les espoirs de ceux qui comptaient encore sur une reprise durable de la deuxième économie mondiale. Cet indice, qui marque une contraction de l'activité manufacturière pour la première fois depuis octobre dernier n'est pas anodin. Car il vient souligner les failles d'une économie chinoise qui progresse encore, mais se trouve à un moment charnière de son évolution, alors qu'elle est encore très dépendante de la conjoncture mondiale. Tour d'horizon des points de tension de l'économie chinoise.

? Le soutien à l'investissement ne masque plus les déséquilibres

Pour faire face à la faiblesse de la demande extérieure liée à la crise que traversent les économies matures, les autorités chinoises avaient assoupli l'année dernière leur politique monétaire et les conditions de crédit. Objectif: favoriser l'investissement, l'autre moteur de l'économie chinoise, qui montrait lui aussi quelques signes de faiblesse. Cela a fonctionné un temps. Mais désormais, "les signes de reprise du dernier trimestre de l'année 2012 s'estompent," constatait Bei Xu, économiste chez Natixis, il y a quelques semaines.

La raison est simple. Elle tient dans une répartition inégale des crédits. En effet, l'afflux massif de crédits bancaires a surtout bénéficié aux grandes entreprises d'État et aux collectivités locales qui on principalement dopé la construction et les grands projets. Alors que les entreprises du secteur privé ont connu plus de difficultés pour se financer. Ce qui a eu pour effet de déséquilibrer la structure de l'investissement au détriment de l'investissement productif. En clair, l'industrie n'a pas profité de l'élan donné par Pékin.

? L'endettement croît à vitesse exponentielle

L'autre problème d'une politique de soutien à l'investissement par le crédit est le risque d'endettement excessif. Ce sont surtout les gouvernements locaux qui posent question. En Chine, ils n'ont pas le droit de se financer eux-mêmes. Pourtant, la responsabilité de la relance locale leur a été en grande partie confiée depuis la crise financière de 2008.

Pour palier le manque de liquidités pour financer leurs projets, ils ont eu recours à des sociétés spéciales chargée d'emprunter pour elles. En raison du manque de transparence, il est très difficile de mesurer l'endettement de ces sociétés, dont les emprunts sont souvent garantis par les gouvernements locaux. Différentes études ont toutefois tenté de le chiffrer. Le pire des scénarios estime que leur niveau d'endettement s'élèverait à 40% du produit intérieur brut de la Chine. Récemment, l'agence de notation Fitch a abaissé la note du pays en raison de la rapide expansion de l'endettement de l'économie chinoise, et plus particulièrement des gouvernements locaux.

? La consommation des ménages tarde à prendre le relais

La politique de soutien à l'investissement menée par Pékin n'était pas faite pour durer. Elle était censée permettre à l'économie chinoise de continuer à croître afin de créer un nombre d'emplois nécessaires au maintien de la paix sociale dans le pays. La demande intérieure devait prendre le relais. Choquée par la forte baisse de ses exportations et des investissements en provenance de l'étranger à la suite de la crise de 2008, les autorités ont en effet décidé d'opérer un rééquilibrage de la croissance chinoise, moins basée sur les exportations et un peu plus portée sur la demande intérieure.

Pour ce faire, elles ont mis en place un programme de réformes destinées à soutenir la consommation. Or la consommation des ménages marque le pas. "Ce ralentissement est durable, car les réformes structurelles en cours, correction des inégalités et mise en place d'une meilleure couverture sociale, ne peuvent pas avoir d'effet immédiat," selon Bei Xu. En attendant, l'épargne a toujours la cote en Chine. En raison justement de la faiblesse de la couverture sociale, mais aussi parce que les prix de l'immobilier ont fortement augmenté et que les Chinois sont forcés d'économiser toujours plus pour acheter un logement. La mauvaise conjoncture contribue par ailleurs à freiner la hausse des salaires malgré la forte hausse du salaire minimum.

? Hausse des salaires et appréciation du yuan rognent la compétitivité

L'autre problème vient de la perte de compétitivité chinoise. En favorisant la hausse des salaires pour soutenir la consommation et en laissant s'apprécier le yuan par rapport au dollar et au yen, Pékin a accepté que le coût du travail augmente. Le coût salarial unitaire a progressé de 25 points par rapport aux Etats-Unis depuis 2006 selon Natixis. Ce qui a conduit à des délocalisations de l'industrie manufacturière au profit des pays d'Asie du Sud-est et à un recul de l'investissement en biens d'équipements.

Cette perte de compétitivité a par ailleurs pour effet d'amplifier le ralentissement des exportations, conséquence de la perte de vitesse des principaux partenaires commerciaux de la Chine. Les bons chiffres des exportations chinoises masquent en effet la mauvaise dynamique du pays à l'export. En effet, une fois exclues les exportations vers Hong-Kong, elles se sont globalement contractées de 4,8% en avril.

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Commentaires
a écrit le 03/06/2013 à 12:45 :
la chine en tnat que sujet de puissance economique, devrait être approchée sous deux volets;
le 1 er; comment imaginer une vraie politique economique pour un cette deuxieme puissance mondiale en économie devrait elle se hisser aux standards de production eco..mondiaux
2 eme ou bien garder l'actuelle configuration de pays expansionite avec des couts de production moindres ce qui destabile le monde economique..!
faudra savoir ce que veut la chine, ou rester ce géant eco au moindre cout de production, ou bien emanciper l'economie chinoise à un standart économique mondial. les deux produisnet des incidences qui sont loi d'etre de simples, et pour le pays chiois tout autant que pour l'economie mondiale.
déja l'émancipation de la chine peut etre positive sans eclabousser les puissances classiques,si elle repose sur l'implication des pays puissants dan,s les process de development et de releve en chine elle même. le gigantisme de ce pays necessiterait peut cela.
a écrit le 28/05/2013 à 16:00 :
La Chine a cru mettre le monde à ses pieds en pratiquant le "dumping social" à un point i
négalé...Hélas,elle a négligé son développement intérieur à un point tel que la politique des
bas salaires a fini par laisser les 3/4 du pays dans un état misérable,et plongé le marché
intérieur en situation de déflation aigüe:les "chinois lambdas étant alors obligés de recourir
à l'emprunt pour s'équiper...Et voilà que la Chine s'endette pour dynamiser son marché lo
cal à défaut d'avoir une politique de salaires courageuse,entreprenante,qui équilibre les
bienfaits d'exportations de masse avec une consommation intérieure qui ne cesse d'enfler
sans rien régler en matière d'équipements et d'infrastructures...A force de vouloir trop,on risque de tout perdre...Et la grogne sociale ne cesse de grandir...
à elle-même
a écrit le 26/05/2013 à 10:33 :
votre article est éclairant sur la dette chinoise , ainsi chez nous nos communes doivent montrer un budget en equilibre , en chine c'est plus complexe mais cela revele un danger a l'espagnole , comme vous le dites l'Europe du sud , très vrai , la chine n'arrivera pas a faire face , son absence de soutien social ( pas de secu , ni de garantie de chômage ) a un impact fort d'ou l'épargne chinoise , la hausse des prix de l'immobilier freine ce désir d'acquisition aussi , enfin la consommation en chine c'est une arlésienne , depuis 1989 on entend le meme discours , le consommateur chinois , il y'en a 1 milliard qu'ils disaient a l'époque pour justifier leurs delocalisations , les vraies raison depuis on les connait fort bien , ce qui est inquiétant pour les chinois c'est les 30 ans de croissance non stop , en france on a eu pareil , la suite on a vu , pour les chinois ce sera sans doute très similaire a la france et l'Espagne si la croissance décroît rapidement avec des tensions sociales très fortes , un pays aux 32000 émeutes sociales par an , a relativiser avec nos grèves chez nous , car en chine il y'a aussi des morts lors de tels événements et les médias là bas évitent d'en faire un sujet national , cela reste souvent très très local , avec l'endettement des villes cela va devenir explosif et si on ajoute la corruption des élus alors là , la cruche se brisera ..
Réponse de le 28/05/2013 à 10:13 :
tres bonne annalisse c est pour cela qu ils faudrais arrive a un gouvernement modialisse pour evites ce gendre de surproduction a credit avec ces conssecances qui peuvent allez vers des guerres comerciales t el qu on le voie aujourdhui c est a dire que chaqu un doit proteges sa production ??
a écrit le 24/05/2013 à 11:32 :
Je me demandais depuis longtemps comment les Chinois avec leurs yeux bridés pouvaient commercer à bride abattue, sans retenue , sans mesure ,à fond le citron !! Ici comme ailleurs les arbres ne montent pas au ciel et ce même si l'Empire était autrefois céleste ! En économie il n'y a pas de Cathaychisme qui indique la longue marche à suivre !
a écrit le 24/05/2013 à 7:38 :
Ils cherchent trot de Chinoiseries !!!!
a écrit le 24/05/2013 à 1:07 :
Le géant aux pieds d'argile
a écrit le 23/05/2013 à 23:14 :
pourvu que ça continu
a écrit le 23/05/2013 à 19:49 :
Bonne nouvelle pour nous.
a écrit le 23/05/2013 à 19:39 :
Chaque gouvernement local a créé sa BPI. La relance par l'investissement n'a pas fonctionné au profit de l'industrie. La consommation a stagné en dépit des augmentations de salaire, et la compétitivité a été réduite.
Tous ces phénomènes sont bien connus de nos économies occidentales d'Europe du Sud.
a écrit le 23/05/2013 à 18:26 :
la principale raison:les exportations vers l'europe et les usa s'effondrent.et ce n'est pas auprès des brésiliens et autres émergeants qu'ils vont trouver suffisamment de clients en remplacement
a écrit le 23/05/2013 à 18:18 :
Ben oui, on se demande... comme on se demande pourquoi l'Allemagne va finir par payer le prix d'avoir squeezé ses partenaires européens, ou pourquoi les US tiennent tant à faire un partenariat transatlantique... Serait-ce parce qu'ils espèrent quelques points de croissance à notre détriment? Ceux qui sont étonnés se sont laissés bercer par les sirènes des économistes de bazar et médias qui se contentent de retranscrire la bonne parole consensuelle de nos élites. Comment voulez vous que la concentration continue des ressources financières entre les mains d'un nombre toujours plus limité d'acteurs permette le redémarrage d'un modèle basé sur la consommation. Où sont les relais de croissance de la technologie? Tout n'est plus qu'effet d'annonce et accaparement de rentes et positions monopolistiques. Vous croyez vraiment qu'un Facebook a créé de la richesse? Vous pensez vraiment que développer la 4 ou la 5G pour télécharger un film en quelques secondes créera de la richesse quant on tient compte des investissements nécessaires? On a permis à des "industries" quasi parasites de monopoliser les meilleurs cerveaux de la planète pour assoir encore plus leur pouvoir de nuisance et vous voudriez que nous soyons en expansion?
a écrit le 23/05/2013 à 17:15 :
En bref, sans les exportations de contrefaçons vers Hong-Kong, la Chine exporte peu. Surprenant?
Réponse de le 23/05/2013 à 17:40 :
@Michel: je ne suis pas supris qu'une économie basée sur la consommation avec de moins en moins de consommateurs s'écroule...que ce soit en Chine ou ailleurs.
Réponse de le 23/05/2013 à 18:08 :
il n' y a de plus en plus de consommateur, mais les différents rackets étatiques détruisent les sources d'enrichissement qui ne peut se faire que par des entreprises privées dégagés du carcan ultra réglementaire et ultra fiscalisé, surtout en France.
Réponse de le 23/05/2013 à 19:00 :
@lolo: un consommateur est quelqu'un qui a de l'argent pour acheter, pas un chômeur de fait ou en puissance; et le racket étatique n'empêche nullement ceux qui ont du fric de le dépenser. Ce qui fait tourner la société de consommation, ce sont les achats quotidiens ... qui sont en net recul étant donné qu'il y a de moins en moins de gens qui ont du fric à dépenser sans contraintes :-)
a écrit le 23/05/2013 à 17:03 :
mais aussi parce que les prix de l'immobilier ont fortement augmenté et que les Chinois sont forcé d'économiser toujours plus pour acheter un logement. tiens, cela me rappelle quelque chose.
Réponse de le 24/05/2013 à 13:48 :
espagne, irlande, france ...
a écrit le 23/05/2013 à 16:47 :
Des fautes, encore des fautes....relisez vous; vous êtes journaliste non?
Réponse de le 23/05/2013 à 16:58 :
" les exportations se sont contractée de 4,8% en avril." ça la fout mal pour la dernière phrase !
Réponse de le 23/05/2013 à 21:30 :
Euh...c'est une constante me semble-t-il. Voilà le résultat quand on veut que tous aient leur bac. Pas grave, bientôt tous les p'tits gaulois se mettront au mandarin.... :-))
Réponse de le 23/05/2013 à 21:55 :
@@trop de fautes: et pourquoi pas à la mandarine ? y a quand même pas que des homos en France :-) Bon d'accord elle était facile :-)

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