Idée reçue #14 : "Le PIB reflète la santé économique d'un pays"

Le PIB laisse de côté de nombreux éléments (l'état de l'environnement, le bien-être des habitants, etc.) essentiels pour déterminer la situation réelle d'un pays. Plusieurs travaux en cours cherchent à élaborer de nouveaux indicateurs de richesse.

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Reuters

Au début de l'année 2011, la France a connu une hausse sou- daine des accidents de la route. Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement, d'ailleurs à l'origine d'une polémique concernant le retrait des panneaux signalant la présence des radars. Mais une bonne nouvelle pour le PIB. En effet, le Produit intérieur brut d'un pays agrège sans discernement la totalité de ses activités économiques, qu'elles aient une incidence positive ou négative sur la qualité de vie de ses habitants. Accidents de voiture suivis de mise à la casse et de rachat de véhicules, émeutes suivies d'hospitalisations, glissements de terrain ou autres inondations sui- vies de reconstructions... Tout cela, c'est du PIB. Tout comme la fabrication d'aspirateurs, la construction d'écoles, la production de champagne, l'organisation de concerts et d'expositions, mais aussi la fabrication d'armes et autres avions de combat. En dehors de tout jugement de valeur, il est évident que certaines de ces activités contribuent à dégrader l'environnement et la qualité de vie, tandis que d'autres sont neutres, et d'autres encore leur sont bénéfiques. D'où l'idée, d'ailleurs pas si nouvelle, d'élaborer un indicateur plus complet et donc plus représentatif de la santé d'un pays. Dans les années 1970 déjà, des comptables réfléchissaient à la façon de mesurer le bien-être. Les indicateurs alternatifs, qui incluent aujourd'hui aussi des critères environnementaux, se sont multipliés depuis. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publie ainsi régulièrement son Indice de développement humain (IDH), qui agrège PIB par habitant, espérance de vie, taux d'illettrisme et de scolarisation.

Le Bhoutan, minuscule royaume himalayen, s'est rendu célèbre en élaborant dès 1972 un Indice du bonheur intérieur brut dont il est naturellement le champion du monde. En France, l'ouvrage de la philosophe Dominique Meda « Qu'est-ce que la richesse ? » (1999) a relancé le débat. Patrick Viveret, philosophe, auteur de « Reconsidérer la richesse », s'est fait le héraut de la lutte contre l'hégémonie du PIB. En 2008, Nicolas Sarkozy demandait au prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, entouré d'un autre prix Nobel, l'Indien Amartya Sen et du président de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) Jean-Paul Fitoussi, d'étudier des pistes pour une meilleure mesure de la croissance économique, en prenant en compte notamment bien-être et progrès social. À l'occasion de son cinquantième anniversaire en mai 2011, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) a présenté « betterlife index », un indice qui porte sur onze domaines dont le lien social, l'éducation, l'environnement, la gouvernance, la santé, le bien-être, la sécurité, l'équilibre entre vies familiale et professionnelle. Même si l'objectif n'est pas de classer les trente-quatre pays de l'OCDE, on observe que l'Australie, le Canada ou encore la Suède sont en tête sur la plu-part de ces critères, alors que la Turquie ou le Mexique se situent en queue de peloton. La France, quant à elle, est dans la moyenne. De façon générale, les réflexions sur les « nouveaux indicateurs de richesse » se multiplient au niveau des États comme des entreprises. Toutes reposent sur un même principe : l'intégration des externalités, notamment négatives. Par exemple en attribuant une valeur à l'incidence d'une activité sur l'environnement. Du grain à moudre pour les économistes (voir «

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