En Chine, le groupe solaire Jinko contraint de fermer une usine polluante

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Bien évidement, les usines qui fabriquent des panneaux solaires ou des éoliennes sont avant tout des industries, potentiellement très polluantes. C'est le cas d'une usine du gros fabricant chinois de panneaux PV Jinko Solar (coté à New York), cible depuis jeudi d'une série de manifestations des habitants alentour, parfois violentes : ils sont excédés de constater que les rejets du site tuent les poissons de la rivière voisine et s'inquiètent aussi de cas de cancers. Plus de 500 personnes ont investi l'usine ce week-end, saccageant les bureaux, et lundi Jinko a dû stopper provisoirement le site, situé à Haining (dans l'est du pays). Les autorités locales ont indiqué que des analyses prouvaient que le site rejetait des niveaux excessifs de fluorure, un élément très toxique à haute dose, et contraint le groupe à nettoyer. (Voir le diaporama des manifestations sur le site du "WSJ").

"Dans la production de cellules solaires, tout est toxique, ça pue quand je passe devant", a indiqué un habitant, Wang, cité par le "Oriental Morning Post". Jinko Solar a présenté ses excuses, expliquant la contamination de la rivière par des produits chimiques stockés sur le site et emportés par les eaux en raison de fortes pluies fin août, et promis de nettoyer. Les habitants réclament eux la délocalisation de l'usine, mais sans trop y croire. Pour contraindre Jinko à surveiller ses rejets toxiques, l'effet le plus puissant sera sans doute la réaction des marchés: l'action Jinko Solar a chuté de 25% à Wall Street lundi.

Solaire = batteries = risques de pollution au plomb
Ce n'est pas le seul cas qui révèle les dangers d'une pollution provoquée par les nouvelles industries "vertes". Autre écueil : l'augmentation des installations solaires notamment dans les pays émergents risque de s'accompagner d'une multiplication des batteries au plomb. Les batteries sont indispensables pour stocker l'énergie solaire dans les zones non connectées au réseau, comme par exemple en Inde, pays qui veut installer 12 GW de solaire pour 2022, et les batteries au plomb sont bien moins chères que les batteries lithium-ion. Mais leur fabrication risque fort de provoquer de graves rejets polluants.
Le développement du solaire dans le monde pourrait donc provoquer des pollutions au plomb de 2,4 millions de tonnes d'ici à 2020, selon une étude publiée par le journal Energy Policy. En Inde, un quart des 80.000 villages non connectés au réseau dépendraient de batteries au plomb pour stocker l'énergie solaire.
Selon l'ONG américaine Occupational Knowledge International (OKI), qui lutte contre la pollution industrielle dans les pays émergents, une bonne partie du plomb utilisé dans l'industrie fuit dans l'environnement, jusqu'à 33% en Chine et 22% en Inde. Les installations solaires prévues en Inde et en Chine risquent d'être responsables de respectivement 386.000 et 2 millions de tonnes de plomb dans l'environnement. Le problème se posera tout autant en Afrique, où une installation solaire locale non connectée au réseau, peut être la solution adoptée par de nombreux villages.
OKI affirme avoir recensé 15 cas d'empoisonnement de masse, provoqués principalement par la fabrication et le recyclage des batteries au plomb, un secteur qui croît de 7% par an environ, essentiellement dans les pays émergents. L'ONG demande aux fabricants de panneaux solaires de pousser les fournisseurs de batteries au plomb à installer des systèmes de recyclage.
A propos de batteries au plomb, cette semaine, une usine du géant américain des batteries Johnson Controls près de Shanghai a été fermée par le gouvernement en raison d'un risque de contamination au plomb, note OKI.

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