Après le solaire, GreenYellow (Casino) élargit sa palette

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La stratégie énergétique du groupe Casino porte un nom précis : GreenYellow. La filiale du distributeur créée en 2007 réalise une centaine de millions d'euros de chiffre d'affaires avec un effectif de 30 salariés. Elle voit ses prérogatives s'élargir lentement : hier centrée sur le photovoltaïque, elle est aujourd'hui dynamique sur d'autres approches comme l'efficacité énergétique dans le bâtiment. Casino développe ainsi toute une expertise sur l'énergie et compte bien en faire un business. Entretien avec Otmane Hajji, directeur de GreenYellow.

GU : GreenYellow a démarré sur le marché solaire. Quelle puissance le groupe a-t-il installé et que pensez-vous des nouveaux dispositifs d'appels d'offres ?
Otmane Hajji :
Nous aurons installé à mi-2012 une puissance de 50 MW sur les toitures et les parkings (via des ombrières) des sites commerciaux du groupe Casino*. Des surfaces asphaltées où il n'y pas d'impact environnemental.
En ce qui concerne les règles du jeu du marché en France, le premier problème est une ambition limitée, avec de très faibles volumes, favorisant clairement les fermes au sol (moins coûteuses) et les particuliers. Par ailleurs, les procédures des appels d?offres vont être longues et complexes, ce qui entraîne beaucoup d?incertitudes dans le développement de projets. Nous allons analyser ces dispositifs et essayer de trouver des solutions adaptées pour y participer, mais la marge de man?uvre est étroite. Mais nous nous demandons pourquoi les ombrières photovoltaïques sont les seules solutions bannies des appels d'offres de 100 à 250 kW. C'est d'autant plus regrettable que le public apprécie ce genre de produit, comme on peut le constater sur nos parkings, et que ces projets ne remettent pas en cause des surfaces foncières stratégiques.

GU : De développeur solaire à son origine, GreenYellow a ensuite élargi ses réflexions à d'autres énergies renouvelables. Aujourd'hui, quelle est votre stratégie ?
OH :
GreenYellow est en charge des thématiques énergétiques du groupe Casino et développe une stratégie sur l'énergie liée au bâtiment au sens large. Nous nous concentrons sur quatre axes principaux.
D'abord l'énergie décentralisée, c'est à dire le développement d'unités de production proches des lieux de consommation. Ce fut l'objet de nos premiers développements dans le solaire, que ce soit en toiture ou sur des ombrières de parkings. Mais nous réfléchissons à d'autres types d'énergies renouvelables comme la méthanisation. Les nombreux magasins du groupe sont de gros producteurs de déchets et le biogaz peut donc avoir du sens.
Le deuxième axe est celui de l'efficacité énergétique. Le gouvernement prône les démarches de type négaWatt, où la meilleure énergie est celle que l?on ne consomme pas. Nous trouvons cette approche vertueuse et étudions ainsi les gisements d'économies sur nos magasins.
À côté de l'énergie décentralisée et de l'efficacité énergétique, nous souhaitons développer les logiques d'interactions entre les consommateurs et le réseau électrique, via les actions d'effacement par exemple. Ce troisième point est encore en gestation et ne deviendra opérationnel qu'à moyen terme.
Enfin, pour prendre le problème énergétique dans son ensemble, GreenYellow a la charge du poste achat d'énergie de l'ensemble du groupe Casino.

GU : Quels sont vos objectifs en matière de consommation énergétique ?
OH :
En tant que gestionnaire du poste achat d'énergie du groupe Casino, GreenYellow souhaite faire en sorte que ce poste disparaisse, ou tout du moins soit réduit à un seuil minimum d'ici à quinze ans. La finalité de l'énergie dans le bâtiment va devenir l'auto-consommation. Et dans cette logique, la question des interactions avec le réseau est centrale. En France, Casino est fortement présent en Bretagne, en région PACA, en Corse, à la Réunion : des zones où le réseau électrique est fragile et où notre approche est encore plus pertinente. Les questions de prédiction de production et de consommation, de monitoring, d'autonomie énergétique font partie de nos réflexions. Nous nous intéressons au stockage de froid, au stockage d?énergie par batteries ou par des solutions à base d'hydrogène. Autre exemple, nous travaillons dans le solaire avec SunPower, racheté récemment par Total, car leurs panneaux présentent un très haut rendement, donc une importante production rapportée au mètre carré déployé, ce qui nous permet de consolider notre objectif à terme, à savoir l'autonomie énergétique.

GU : Ce positionnement était-il dans les gènes de GreenYellow dès sa création fin 2007 ?
OH :
Nous avons commencé par les énergies décentralisée et le solaire en particulier, car il fallait bien commencer quelque part. Mais GreenYellow n'a pas été créée comme une entreprise mono-activité. Certes, notre stratégie s'est adaptée à la problématique de l'énergie décentralisée et du solaire en France. Mais Casino est présent en Asie du Sud et en Amérique latine par exemple. Notre vision est large et ne concerne pas que le solaire en France. L'enjeu pour GreenYellow est ensuite d'exporter auprès de clients tiers l'expertise acquise au sein du groupe. Nous le faisons déjà dans le solaire et nous le ferons dans les autres domaines énergétiques. Notre retour d'expérience est un atout pour développer une activité à part entière. Cela contribue à la création de valeur pour le groupe.

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*GreenYellow exploite les centrales pour compte propre, ou compte de tiers avec des partenaires financiers qui accompagnent ses projets. L'accord signé cet été avec le fonds DIF Infrastructure, par exemple, rentre dans cette logique sur quatre projets en développement à Pessac, Rodez, Montauban et Marseille, cumulant 10,2 MW d'ici mi-2012. Le fonds a pris 85% des sociétés de projets.

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