Eolien. Face aux réticences, EDF EN joue la carte de l'emploi

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Le centre exploitation/maintenance ouvert près de Béziers par la filiale de EDF dédiée aux énergies renouvelables emploie 150 personnes. L'entreprise veut répliquer en Europe le succès de sa filiale américaine dans cette activité lucrative.

A Colombiers, à quelques kilomètres de Béziers (Hérault), EDF EN est le roi du pétrole. C'est là en effet que la filiale de l'électricien national a décidé d'installer son centre d'exploitation/maintenance en 2009. A proximité d'une base d'actifs importants, dont la toute première centrale solaire mise en service à Narbonne (Aude) fin 2008, et au centre d'une importante zone de développement : le directeur régional Sud, David Augeix, est en effet à la tête d'un portefeuille de quelque 1.000 mégawatts (MW) de projets.

Depuis Colombiers, une équipe de EDF EN veille sur le bon fonctionnement de parcs solaires et éoliens pour une capacité globale de 650 MW ; des installations opérées par le groupe, qui y sont progressivement toutes reliées, mais aussi des parcs qu'il a développés puis cédés (70 % de son activité de maintenance en Europe). Voire d'autres encore qu'il n'a pas développés lui-même mais qui l'appellent à la rescousse car ils peinent à atteindre les rendements attendus.

Répliquer en Europe le succès de l'activité exploitation/maintenance de la filiale américaine

Car EDF EN jouit d'une forte crédibilité en matière d'exploitation et maintenance de parcs. Leader du marché américain pour cette activité via sa filiale enXco, il entend répliquer ce succès en Europe. "L'exploitation/maintenance présente de nombreux avantages", détaille le directeur général de EDF EN, Antoine Cahuzac. En effet, elle offre une bonne rentabilité financière, récurrente grâce à des contrats pluri-annuels et permet de réduire le risque des projets, tout en garantissant une maîtrise des coûts exceptionnelle.

Filiale de EDF à 100 % depuis 2011, EDF EN se définit comme un développeur d'énergie verte. Ce qui recouvre la construction, l'exploitation, la maintenance et même le démantèlement. En France notamment, les anciens terrains militaires pollués, à l'image de Toul (Meurthe-et-Moselle) ou de Crucey (Eure-et-Loir), sont des lieux privilégiés pour installer deux des plus grandes centrales solaires au sol développées en France par EDF EN. C'est le cas aussi pour les sites Seveso (comme à Narbonne). Inaptes à d'autres utilisations, ils sont d'abord dépollués par l'entreprise avant d'être exploités.

1,2 milliard d'euros dédiés aux investissements pour 2012

L'intégration complète de EDF EN dans le giron de EDF autorise des investissements en capital importants mais circonscrits dans une enveloppe définie par la direction du groupe. En venant compenser les éventuels dépassements, les cessions de sites sont justement un moyen de lisser les investissements et de poursuivre le développement. En 2011, cette enveloppe s'élevait à 1,2 milliard d'euros nets (déduction faite des cessions), "plus que celle dédiée au nouveau nucléaire", précise Antoine Cahuzac, qui dit espérer une enveloppe équivalente pour 2013 mais ne semble pas trop y croire.

Sur les 1.500 MW développés dans l'année, 800 MW seulement ont été conservés. Dans certains pays, comme la Grèce ou la Turquie, EDF EN peut être amené à son tour à racheter des projets à de petits développeurs qui ont déjà réalisé un portefeuille modeste mais n'ont pas les moyens de poursuivre seuls leur développement. Présent dans 17 pays, dont, depuis peu, l'Afrique du Sud, le Maroc et Israël, EDF EN va tout particulièrement étudier le potentiel des pays stratégiques pour le groupe EDF : outre la France, le Royaume-Uni, l'Italie, la Belgique et la Pologne.

84 % des actifs de l'entreprise constitués de parcs éoliens

Dans le solaire, EDF EN privilégie les grandes surfaces, car les plus petites sont accessibles à des développeurs de taille plus modeste qui n'ont pas à supporter des coûts de structure aussi importants. Mais c'est l'éolien, "sur lequel la rentabilité est garantie", précise David Augeix, qui représente 84 % des actifs de EDF EN dans le monde. La France ne fait pas exception. D'ailleurs, pour atteindre l'objectif de 23 % d'énergies renouvelables dans le mix énergétique français en 2020, fixé par le Grenelle de l'Environnement, l'Etat mise sur 19.000 MW d'éolien terrestre, 6.000 MW d'éolien en mer, et seulement 5.400 MW de solaire photovoltaïque. "Mais, reconnaît Antoine Cahuzac, au rythme actuel (les raccordements baissent d'année en année, avec un premier semestre 2012 60 % inférieur au premier semestre 2012, ndlr), on y sera difficilement".

Un assouplissement des procédures adopté à l'Assemblée Nationale

Pour rattraper le retard, il faudrait "fixer un cap clair et se donner les moyens de l'atteindre", explique le patron de EDF EN. Par exemple, en simplifiant les procédures administratives que la profession tient pour responsables du fort ralentissement actuel. Plusieurs décisions ont été votées dans ce sens à l'Assemblée Nationale dans la nuit de jeudi à vendredi, au grand dam des députés centristes, UMP et Front de gauche qui ont quitté l'hémicycle, accusant le gouvernement de "vouloir transformer la France en un immense ventilateur". Les zones de développement éolien (jugées redondantes avec les schémas régionaux air, énergie, climat en cours d'élaboration) sont supprimées, tout comme la règle fixant à 5 mâts minimum la taille de tout projet ou encore les obstacles liés à la loi littoral dans les DOM TOM.

Il est également question d'empêcher la multiplication des recours abusifs, mais ce n'est pas fait, et pour l'heure, l'éolien continue de susciter une vive opposition dans certaines régions, comme en témoigne d'ailleurs l'atmosphère électrique dans laquelle s'est déroulé ce vote nocturne.

L'emploi, argument phare face aux élus locaux et à leurs administrés

Pour David Augeix, qui sait de quoi il parle, le meilleur argument pour convaincre les populations locales reste l'emploi. "En Languedoc-Roussillon, une région qui affiche un taux de chômage particulièrement élevé, l'éolien emploie un millier de personnes". EDF EN n'est pas le seul acteur implanté dans la région, où se sont également installés le fabricant danois de turbines Vestas et la Compagnie du Vent, aujourd'hui filiale du groupe GDF Suez.

Le centre de contrôle emploie environ 60 personnes, mais le site, qui regroupe également ses filiales ColSon, constructeur de parcs solaires au sol, et REETEC, leader de la maintenance en Allemagne, compte 150 salariés, tous dédiés à l'ingénierie, l'entretien, la maintenance et l'exploitation de parcs solaires et éoliens. Quarante personnes ont été recrutées en 2012, dont dix ingénieurs. "Des emplois qualifiés, une moyenne d'âge située entre 25 et 30 ans...de quoi rendre les élus locaux très favorables aux éoliennes", conclut le directeur des opérations et maintenance pour l'Europe, Thierry Muller. 

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Commentaires
a écrit le 05/10/2012 à 16:36 :
Curieux, bizarre, qu'il n'y ait aucune étude approfondie sur la géothermie.
Réponse de le 06/10/2012 à 0:03 :
Si il y a des programmes européens et des projets en France notamment bassin parisien mais ce n'est pas très compétitif actuellement car çà demande des investissements lourds (réseaux de chaleur importants, rénovations etc) et longs donc çà ne se généralise pas vite, tout comme le biogaz avant l'amélioration des tarifs de rachat. On a aussi l'exemple au Japon : le solaire s'y développe vite, suit l'éolien encore assez rapide mais moins (plus de contraintes) et moins rapide encore la biomasse, le biogaz et parmi les derniers la géothermie.
a écrit le 05/10/2012 à 13:34 :
Emploi ou pas, il faudrait bien qu'on y vienne à l'éolien, ne serait-ce que pour respecter les objectifs du Grenelle ! A ce sujet, ça m'étonne que ça ait reçu la fronde des élus UMP. Quant au Front de Gauche, cela signifie-t-il que pour lui le nucléaire est préférable ? On sait que le PC est traditionnellement un fervent soutien du nucléaire.
Réponse de le 05/10/2012 à 15:28 :
"le PC est traditionnellement un fervent soutien du nucléaire."
Le réalité c'est : Le PC est un parti inclus dans un front, le Front de Gauche, qui est traditionnellement un fervent soutien de la souveraineté du peuple. Il est donc partisan d'un référendum concernant le nucléaire (lire le programme l'Humain d'abord).
Réponse de le 05/10/2012 à 23:57 :
Un référendum concernant une question aussi technique que le nucléaire ou même l'énergie n'a pas de sens. Le PC a des troupes chez EDF et dans les centrales nucléaires et tient à les garder. C'est du corporatisme. Les japonais étaient favorables au nucléaire avant Fukushima et pas après. Les questions d'énergie sont complexes et doivent de traiter avec une vision au moins européenne et en réalité plus large. Le réseau Entsoe-E en témoigne, qui regroupe les pays d'Afrique du Nord et Moyen-Orient. En plus la technologie en la matière évolue tous les jours alors un référendum à un instant t n'aura d'autant moins de valeur face à des avancées technologiques fréquentes actuellement.

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