Aux Etats-Unis, des champignons remplacent le plastique

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(Crédits : Ecovative LLC)
La voiture, le bureau ou encore le packaging de nos aliments, notre quotidien est rempli de plastique. Pour faire face à cette menace polluante, l’entreprise new-yorkaise Ecovative LLC cultive une nouvelle sorte de matériau biodégradable dont les les « composants » sont produits à partir d’un champignon.

En moyenne, un Américain jette 84 kg de plastique par an. Ce plastique, non biodégradable, perdure des centaines, voire des milliers d'années sur notre planète. Il est inutile de rappeler que cela engendre une pollution visuelle mais surtout une menace mortelle pour la faune marine, les oiseaux et mammifères terrestres, qui les ingèrent ou se retrouvent piégés dans ces amas de plastique. Aux Etats Unis, le problème des déchets plastiques prend une telle ampleur que le maire de New York envisage d'interdire les conditionnements alimentaires en polystyrène dans sa ville. Ces mesures pourront peut-être un jour permettre de lutter contre le vortex du Pacifique Nord qui abrite à ce jour le 6ème continent, le plus grand site océanique de déchets du monde.

Alors que les responsables gouvernementaux sont occupés à nettoyer nos dégâts, d'autres personnes, tels que Gavin McIntyre et Eben Bayer d'Ecovative LLC, tentent de trouver des solutions aux problèmes et œuvrent afin de trouver un substitut au plastique, plus efficace et durable. Selon Eben Bayer, le polystyrène constitue l'un des matériaux plastiques les plus nocifs. Breveté en 1944, ce matériau est utilisé à l'origine pour l'isolation. Chaque année, vingt milliards de dollars de polystyrène sont utilisés puis jetés. Mais le problème ne se résume pas à la pollution. Le plastique représente également un gaspillage en énergie. En effet, 8% du pétrole mondial sont consacrés à la production du plastique et 28 litres de polystyrène renferment le contenu énergétique d'un litre et demi de pétrole.

Il est donc urgent de trouver des substituts

L'entreprise new-yorkaise Ecovative LLC a peut-être trouvé la solution. La société cultive une nouvelle sorte de matériau biodégradable. D'aspect similaire au polystyrène, ce matériau se comporte de manière analogue à ce dernier, mais sans les effets néfastes. Et pour cause, il utilise des « composants » produits à partir d'un champignon. À la fois efficace d'un point de vue énergétique et intégralement biodégradable, ce « nouveau plastique » est constitué d'un champignon qui pousse en 4 jours environ.

Imaginez un kit pour faire pousser soi-même ce champignon, mais à l'échelle industrielle. La société Ecovative LLC exploite les rejets de l'agriculture locale, tels que les enveloppes de maïs ou les déchets de coton, puis les stérilise, y ajoute de l'eau et quelques nutriments et enfin, injecte le mycélium (partie végétative des champignons) dans le mélange obtenu. Ce mélange est ensuite placé dans des moules ayant la forme du produit ou du conditionnement souhaité. Ces moules sont laissés dans l'obscurité pour incubation pendant quatre jours. Le mycélium pousse dans le substrat et se développe jusqu'à ressembler en tout point à du polystyrène. La mousse du champignon fait alors l'objet d'un traitement thermique qui met fin à la croissance du mycélium.

Le procédé de fabrication requiert peu d'énergie. Et sachant qu'il fait appel à des matières premières locales, telle que la balle de riz en Chine ou l'enveloppe de lentille d'eau en Amérique du Nord, il est facile de mettre en œuvre ce procédé partout dans le monde.  Le champignon idéal pour fabriquer un matériau similaire au plastique ? Polypore le bien nommé. Un champignon robuste et résistant qui se développe dans les zones arborées.

Du plastique de champignons, pour quels usages ?

Dell est l'un des premiers à avoir utilisé le conditionnement en champignon d'Ecovative pour ses ordinateurs. Pour cultiver le mycélium, le groupe s'approvisionne en rejets de coton près de son usine de fabrication d'Austin, au Texas. Dell livre déjà la moitié de ses ordinateurs portables dans un conditionnement fait à partir de bambous. Ce procédé va faire de plus en plus d'adeptes car les entreprises commencent à prendre conscience de la forte corrélation entre marque et durabilité environnementale. Parallèlement, les pressions financières, la demande du marché ainsi que la responsabilité sociale comptent comme autant de facteurs qui poussent les plus grands fabricants à rechercher des moyens d'améliorer leur comportement en matière d'environnement.

L'industrie automobile constitue un bon exemple de marché à forte croissance pour les matériaux respectueux de l'environnement. En 2000, l'Union européenne a voté la Directive sur les véhicules hors d'usage, en vue de promouvoir le recyclage et une conception écoresponsable des véhicules. Cette loi encourage l'élimination sur les véhicules, des produits à base de mousses de plastique dérivées du pétrole. Le matériau à base de champignon remplacera, à terme, certaines pièces de véhicule, notamment tableaux de bord et sièges, généralement fabriqués à partir de plastiques. Pour exemple, Ecotative LLC a récemment fourni les renforts qui protègent le pilote en cas de chocs latéraux sur voiture de course Formula Hybrid 2013.

L'horizon de Gavin McIntyre et Eben Bayer compte d'autres projets, notamment une collaboration avec la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) sur un système de bouée EcoCradle qui contribuera à la protection des communautés côtières contre les tsunamis. Le matériau en champignon couvrira les bouées pour les protéger lors de leur largage dans l'océan. Le matériau du champignon se décompose au bout d'une période de cinq mois, contrairement aux plastiques traditionnels qui ne feraient que s'accumuler dans les vortex des océans.

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Bio express de l'auteur

Sylvine Datry est Responsable technique chez PTC France. PTC propose aux industriels un portefeuille de solutions technologiques pour transformer leur façon de créer, fabriquer des produits puis d'en assurer le service sur l'intégralité du cycle de vie.

Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 18/10/2013 à 7:45 :
On devrait pouvoir attendre mieux d'un travail journalistique. Que de clichés ! Quel manque de recul ! Quelle candeur ! Et vous êtes directrice TECHNIQUE... Présenter cette technologie, certes intéressante et innovante, comme une panacée et tous les plastiques comme une pollution, on se croirait chez "Oui-Oui fait de l'écologie" pour se donner bonne conscience. Vous êtes vous demandé, par exemple, combien cette production demandait d'eau par kg de polymère ? Combien de millions de tonnes de déchets de biomasse faut-il pour remplacer quelques millions ne serait-ce que quelques % de la conso de Polystyrène ? Et les propriétés mécaniques, de mise en oeuvre, le coût (le COÛT !!), quels additifs ce produit doit contenir pour pouvoir être mis en oeuvre, s'il pourra servir en contact alimentaire etc, etc.... Sachez que les plastiques biodégradables et / ou d'origine végétale ne manquent pas, et que tous peinent à trouver un marché. Mais bon, tout ça est très secondaire par rapport aux bons sentiments.

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