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La chronique de Sophie Iborra. Identité : « Je fais ce que je veux avec mes cheveux ! »

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Sophie Iborra

Publié le 16 mai 2025 à 05:30

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CHRONIQUE EX AEQUO— Retrouvez la chronique bimensuelle de Sophie Iborra, directrice conseil engagement de La Tribune, sur l’inclusion dans l’économie et la société.

Lisses ou texturés, rares ou inexistants, courts ou longs, colorés ou naturels, ce sont nos cheveux ! Mais que disent-ils vraiment de nous ? Objet de tous les désirs ou signe de protestation, source de discriminations ou d'affirmation de soi, le cheveu est au centre de notre identité. Alors est-il politique ? A première vue, la question peut paraitre...un peu tirée par les cheveux. Et pourtant.

De tous temps, identité et cheveux ont été intimement liés. Déjà chez les rois mérovingiens, porter les cheveux longs était symbole de pouvoir et de vitalité. Même chose avec les perruques des rois, signe de respectabilité. Les hippies, eux, les laissaient pousser pour affirmer leur émancipation des conventions ; les punks pour choquer une société conservatrice ; les féministes les coupaient en signe de rejet du patriarcat ; et les militants du Black Power revendiquaient leurs cheveux naturels et leurs coupes afro pour lutter contre les discriminations.

« Le cheveu hors-norme »

« Don't touch my hair » (ne touche pas mes cheveux), c'est le titre de la chanson de Solange, la petite sœur de l'artiste afro-américaine Beyoncé. Objet de fascination comme de mépris, le cheveu texturé, crépu ou frisé demeure encore un problème dans l'esprit de nombreuses personnes qui gardent le stigmate d'un cheveu inapproprié et récalcitrant. Pendant des lustres, les femmes noires n'avaient pas d'autres choix que de se couvrir les cheveux en public (loi du 18ème siècle en Louisiane) ou de se les lisser aujourd'hui, pour coller aux dictats d'une pseudo « respectabilité » et d'une beauté normée.

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Car c'est bien à la question de la norme que renvoi la question du cheveu. Avec seulement 2 % de la population mondiale, les roux ont longtemps été perçu comme porteurs d'une anomalie au sens propre du terme. Et là aussi, ça ne date pas d'hier ! Jusqu'au début du XXe siècle, on entendait dans plusieurs langues européennes l'expression « roux comme Judas » ! Souvenez-vous de la fureur de Jean-Marie Le Pen poursuivant un militant anti FN dans les rues de de Mantes-la-Joly (Yvelines) en 97 en lui lançant un méprisant « Je vais te faire courir moi, le rouquin ».

« Le cheveu idéologue »

Car malheureusement, le cheveu est parfois prêt à se couper en 4 pour servir les idéologies les plus crasses. Les crânes rasés (Skin Heads) né au Royaume-Uni en 1964 au sein du mouvement mods, ont fait de leur boule à zéro, un élément de reconnaissance entre eux, signe d'appartenance à un courant ultra violent, raciste et suprémaciste blanc.

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Mais « l'extrémisme capillaire » ne s'arrête pas là. Dans l'islamisme radical, ce sont les cheveux des femmes qui posent un problème. En Iran ou en Afghanistan, mourir pour une mèche visible devient possible quand cela ne devient pas la norme. Les lâcher au vent devient donc un acte politique que des millions de femmes assument courageusement au péril de leur vie.

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Enfin, il y a le « cheveu anti système », nouvelle tendance du moment. Ces dernières années ont vu les victoires politiques de leaders arborant des coupes de cheveux bien singulières comme Javier Milei, le président Argentin, surnommé « El peluqua » (La perruque), Donald Trump aux Etats-Unis, Geert Wilders vainqueur des élections néerlandaises ou encore l'ancien premier ministre britannique Boris Johnson. Tous, souvent issus de milieux privilégiés, cherchent pourtant à s'inscrire dans une stratégie d'image bien rodée qui consiste à rejeter les élites au profit « du peuple ». Ainsi, porter une coupe de cheveu loin des normes établies, bien propre, sans qu'un cheveu ne dépasse, serait une sorte de « rempart capillaire » contre tout un système et ses représentants.

« Le cheveu sexiste »

Venons-en aux cheveux des femmes... là aussi, la chevelure féminine a toujours fait l'objet d'instrumentalisation, de convoitises et de détournements en tout genre. Symbole de féminité, ils doivent être longs et de préférence bien blonds ! Car Il n'est pas rare encore aujourd'hui d'associer cheveux et objets sexuels où les stéréotypes s'en donnent à cœur joie : Il y a d'abord la blonde facile et écervelée, la brune au sang chaud, ou encore la rousse incendiaire. Autant de préjugés ancestraux qui collent toujours à la peau des femmes.

Pauvre Ève Gilles qui a osé se présenter au poste si convoité de Miss France 2024 en arborant une coupe à la garçonne, quel scandale ! Et que penser des crinières blanches de Laure Adler, Tatiana de Rosnay et de bien d'autres personnalités qui ont choisi d'assumer leur âge ? Cela continue d'alimenter les commentaires et remarques sexistes réservés majoritairement à la gent féminine, parce qu'en revanche, tout le monde sait bien que les cheveux « poivre et sel » chez un homme c'est viril et sexy ! Mais la vie capillaire ne vous épargne pas non plus Messieurs. Votre injustice à vous c'est la calvitie et son lot de préjugés et d'injonctions ! Reconnaissons-le.

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Alors une coupe ou un type de cheveux peuvent-ils combattre le sexisme et le racisme ? Beaucoup le pensent car décider de porter librement ses cheveux texturés au naturel, braver les interdits au péril de sa vie en les lâchant dans la rue, les couper comme bon leur semble, ou refuser de les teindre en assumant leur âge est politique ! Bien sûr que le cheveu est politique et que sa révolution est en marche. Parce que nous le valons bien.

Sophie Iborra

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