OPINION. « A Gaza et en Israël, le spectre permanent de la tragédie miroir »
Sébastien Boussois

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Depuis des mois et des mois, rien n'avance au cœur du processus de négociations pour parvenir enfin à un véritable acte politique fort des deux parties mettant un terme aux combats à Gaza. Le Hamas ne rends pas les armes et Benjamin Netanyahou a pour unique stratégie d'en finir avec l'organisation islamiste. Les deux parties jouent leur survie politique, au détriment de leurs populations. Cela n'est pas sans rappeler l'expression tarte à la crème qui était encore employée dans ls années 2010 de « processus de paix », qui masquait l'impuissance la plus totale des protagonistes et de la communauté internationale à établir deux Etats l'un à côté de l'autre. La violence prit le dessus, au détriment d'une véritable solution politique courageuse des deux côtés.
Pendant que le Qatar tente depuis 2023 de jouer le rôle de médiateur entre le Hamas et l'Etat hébreu pour stopper la guerre et ce appuyé par les Américains, Israël joue un double jeu un peu difficile à suivre : parler d'un cessez-le-feu plus proche que jamais et engager une opération massive terrestre à Gaza pour « finir » le travail.
Au fond plus personne ne comprend rien à ce qui se passe, car aucune des deux parties ne veut de la « paix » à ce stade et en l'état. Chaque société a peur et est victime de leaders inconséquents qui ont peur de la destruction. Tout cela est essentiellement dû au spectre permanent de la tragédie miroir. L'un veut la mort de l'autre pour espérer survivre. C'est donc un cycle sans espoir, contrairement à ce que certains cherchent à brandir.
Le Hamas est plus affaibli que jamais à Gaza et il le sait. Même s'il sait pouvoir compter sur le déclenchement de nouvelles vocations et recruter de nouveaux combattants dans un territoire exsangue, où près de 50 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, il craint pour son avenir. Il est comme une poule sans tête qui continue une politique de nuisance et totalement incohérente, et bien opposée à la volonté de préserver enfin la vie des Palestiniens. C'est pour cela qu'il ne répond pas à la condition majeure de Netanyahou pour stopper net la guerre : la libération des otages. Il n'a que faire au fond des Gazaouis, pourvu qu'il trouve une issue favorable pour s'en sortir. Les dirigeants israéliens demandent son désarmement, tout en sachant que l'Autorité palestinienne affaiblie par un Président Abbas en fin de course n'est pas à même de prendre quelque relais que ce soit. Netanyahou, par la voie de ses porte-paroles, souhaite le départ de tous les gens du Hamas de Gaza. Mais pour aller où ? Le Qatar joue le rôle de médiateur pas celui d'Arche de Noé pour un mouvement dont il ne raffole certainement pas, et aucun pays arabe ne veut être déstabilisé, à commencer par l'Égypte et la Jordanie. Il ne reste donc que la mort.
Du côté israélien, qui n'est jamais allé sur place, ne peut imaginer à la fois le climat de peut existentielle, et dans le même temps la forte résilience de toute une société qui a peur plus que jamais de l'extermination, après les attaques du 7 octobre 2023. Les Israéliens, désemparés et critiques de leur gouvernement et d'un Netanyahou qui n'a aucune stratégie d'avenir, se sont radicalisés vers l'extrême-droite pour espérer être protégés. Mais on voit bien que le pire pogrom qui a eu lieu contre des Juifs depuis des décennies a eu lieu en Israël, sous un gouvernement extrémiste comme jamais.
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C'est cela la peur des deux côtés de la tragédie finale et l'effet miroir qui les fait se renvoyer deux à dos et refuser la moindre avancée pour enfin tout arrêter. Dire que Israël veut l'extermination des Palestiniens n'a pas beaucoup de sens : les Israéliens veulent surtout vivre en paix, mais ils devront un jour faire des concessions notamment en Cisjordanie et stopper la colonisation des territoires palestiniens ; les Palestiniens qui condamnent aujourd'hui enfin le Hamas, un peu tardivement, souhaitent aussi vivre en paix même si beaucoup aspirent encore à la destruction d'Israël. Mais les uns comme les autres n'en ont cure de l'autre : ils s'acharnent contre l'adversaire par peur de disparaître. On voit difficilement une stratégie politique émerger dans les mois à venir pour finir la guerre, car il faut savoir terminer une guerre comme dit l'adage. En attendant, ce sont les Égyptiens, les Qataris, les Américains, qui, faute de mesures multilatérales contraignantes et efficaces, s'échinent pour séparer les frères ennemis qui aujourd'hui se haïssent plus que jamais. Tout cela n'est pas joli-joli, mais c'est aussi le symptôme d'un retour de la planète à l'état de jungle arbitraire gouvernée par les instincts dont il faudra bien sortir un jour où l'autre ?
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois
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