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Idées & Débats

OPINION. « Espace : réguler ne suffit pas »

Ludovic Haye et Sylvain D’Hoine

Publié le 25 juin 2026 à 13:44

Ludovic Haye et Sylvain D’Hoine

Ludovic Haye et Sylvain D’Hoine

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Chaque jour, vous interagissez avec des dizaines de satellites — pour vous repérer, payer, vous informer. L'espace est devenu une infrastructure vitale, et l'Europe le reconnaît enfin avec l'EU Space Act. Mais un texte ne surveille pas les orbites, ne détecte pas les débris, n'alerte pas les opérateurs.

Ces fonctions reposent déjà sur un écosystème européen mobilisé – institutions, agences et industriels – qu’il faut désormais consolider, structurer et renforcer à l’échelle.

Par Ludovic Haye, Sénateur et Sylvain D’Hoine, Directeur de la Business Unit Space, CS Group – Sopra Steria

Aujourd’hui, vous avez consulté la météo, utilisé votre GPS, payé avec votre mobile… Télécoms, trafic aérien, surveillance des territoires : l'espace n'est plus l'affaire des astronautes, c'est le socle invisible de nos sociétés. Et ce socle est exposé à des vulnérabilités croissantes.

La première est physique : la saturation orbitale. Il y a environ 16 000 satellites (Look Up) en orbite aujourd'hui — ils pourraient être 560 000 d'ici 2040. Chaque nouvel objet augmente mécaniquement le risque de collision. Et chaque collision génère des débris, qui en génèrent d'autres : c'est le syndrome de Kessler, une réaction en chaîne capable de rendre certaines orbites inutilisables. 

La seconde vulnérabilité est stratégique. L'Europe, avec sa constellation Eutelsat OneWeb, représente une part encore limitée du trafic mondial face aux Etats-Unis ou à la Chine. Plus grave : les données de surveillance et de catalogage des objets en orbite – celles qui permettent justement de savoir où sont les satellites et les débris – dépendent aujourd'hui très largement d'infrastructures non européennes. En clair : pour gérer son propre espace orbital, l'Europe regarde avec les yeux des autres.

La régulation, condition nécessaire mais non suffisante

Face à ce constat, l'Union européenne a eu raison d'agir. L'EU Space Act constitue un nouveau cadre sérieux : normes de durabilité orbitale, responsabilité des opérateurs, exigences de désorbitation. Saluons-le. Mais la justesse d'une ambition ne dispense pas d'en mesurer les angles morts.

Réguler le trafic spatial suppose des capacités très concrètes : surveiller en continu les objets en orbite, cataloguer leurs trajectoires, calculer les risques de collision, alerter les opérateurs en temps réel. Les agences— CNES, EUSST, ESA — l'ont compris avant tout le monde. Elles ont initié les programmes, posé les standards, commencé à construire les outils. Et avec 500 000 satellites en orbite dès demain, nous devons absolument miser sur ce travail fondateur, et la conjugaison du savoir-faire des agences et des industriels pour organiser le passage à l’échelle de ces solutions.

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Ce qui se passe sur le terrain mérite d'être dit clairement : senseurs, systèmes de surveillance, outils d'analyse de risque et d'aide à la décision – tout cela est déjà développé, opéré et détenu par des industriels. L'industrie n'attend pas un signal de départ ; elle est dans la boucle opérationnelle depuis longtemps grâce aux agences.

Ce que les cadres réglementaires actuels ne permettent pas encore, c'est de reconnaître cette réalité et de la structurer : donner aux industriels les conditions de construire des modèles économiques viables, et formaliser leur coopération avec les agences.

Sans cela, le risque est double. D'abord, que l'Europe reste durablement dépendante de catalogues et de services d'alerte non européens pour gérer sa propre sécurité orbitale – un angle mort stratégique majeur en cas de tension géopolitique. Ensuite, que les industriels européens qui investissent aujourd'hui dans ces capacités le fassent sans visibilité, sans commande publique structurée, et se trouvent demain distancés par leurs homologues américains, qui bénéficient depuis longtemps d'un alignement solide entre agences gouvernementales et industrie.

Ce que la régulation doit encore permettre

La souveraineté spatiale ne se décrète pas (seulement) dans un texte. Elle se construit avec des acteurs qui savent faire. Il faut une infrastructure de base, un catalogue souverain européen de surveillance orbitale, indépendant de tout tiers pour ses données fondamentales. L'équivalent spatial du cloud souverain. 

Il faut ensuite formaliser ce qui existe déjà dans les faits : agences et industriels ne font pas le même métier. Les premières normalisent, certifient, coordonnent. Les seconds opèrent, innovent, déploient à échelle. Ce partage de rôles doit entrer dans les textes.

Il faut enfin assumer une logique économique cohérente : commande publique lisible, marchés accessibles, préférence européenne assumée.  C’est à cette condition que l’Europe pourra consolider une base industrielle compétitive et durable.

Le temps compte

L'espace n'attend pas les cycles législatifs. Chaque année, des milliers d'objets supplémentaires sont mis en orbite. La fenêtre pour bâtir une capacité industrielle souveraine est ouverte – elle ne le restera pas indéfiniment. L'EU Space Act est une étape importante. La prochaine consiste à lui donner toute sa portée opérationnelle, en s’appuyant sur la force de son écosystème.

______

(*) Après avoir effectué ses classes préparatoires Bio Math Sup à Nancy en 1993, Ludovic Haye obtient une maîtrise de Sciences à Nancy en 1996. Il poursuit ses études à Paris VI où il obtiendra en 1999 un DESS d’informatique appliquée. Il débute sa vie professionnelle au sein de Thales Communication à Gennevilliers, puis exerce sa carrière d’ingénieur pendant 16 ans pour le groupe PSA Peugeot-Citroën à Belfort-Bessoncourt puis à Mulhouse. En 2018, il obtient un MBA de Management du Risque, Sécurité Intérieure et Cybersécurité à l’Ecole de Guerre Economique. En 2020, il est auditeur de la Session Nationale Cyber de l’IHEDN. En 2008, il intègre la liste Rixheim Vivre Ensemble (RVE) menée par Olivier Becht et devient Conseiller Municipal Délégué aux Nouvelles Technologies en 2010. En 2017, Ludovic Haye est élu maire de Rixheim à la suite d’élections municipales anticipées, et réélu le 15 mars 2020. En 2020, il est élu Vice-Président de Mulhouse-Alsace-Agglomération (M2A), en charge de l'innovation, du développement et de la sobriété énergétique.

Le 27 septembre 2020, il est élu Sénateur du Haut-Rhin. Il est membre du groupe de l’Union centriste, de la commission des Affaires Etrangères, de la Défense et des Forces Armées spécialisé sur les enjeux d’IA de Défense et de cybersécurité, mais également de l’OPECST (Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques). Il représente le Sénat à l’AP-OSCE et à l’AP-OTAN. Le 27 juin 2021, il est élu Conseiller Régional de la Région Grand-Est. Il rejoint la commission du développement économique, et la commission Enseignement Supérieur, Recherche et Innovation. Dans le cadre de ses travaux parlementaires, il a rédigé plusieurs notes scientifiques sur le stockage des données ainsi qu’une proposition de résolution européenne sur le trafic spatial et le développement d’un espace « vert ». Il a notamment fait partie de la commission spéciale sur le projet de loi de résilience des infrastructures critiques et à la cybersécurité, chargée d’examiner la transposition de la directive NIS 2 en droit interne. Parallèlement, Ludovic Haye est Colonel dans la Réserve Citoyenne de la Région de Gendarmerie d’Alsace et intervient régulièrement dans les entreprises, les collèges et les lycées afin de promouvoir les nouvelles technologies tout en alertant sur l’importance d’une utilisation raisonnée et régulée (e-dépendance, e-réputation, surcharge informationnelle, etc.). Il enseigne la cybersécurité à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Mulhouse et à l’ENSISA (Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs Sud-Alsace). Il est par ailleurs un intervenant régulier du Forum du Rhin Supérieur sur la Cybersécurité (FRC) à l’INSP à Strasbourg.

Sylvain D’Hoine, diplômé de l’École polytechnique avec une spécialisation en informatique, a débuté sa carrière au sein d’Airbus, aux États-Unis puis en France. Après avoir fondé une start-up d’édition de logiciels, il rejoint CS GROUP en 1999. En 2003, il prend la direction de la Business Unit Space et conduit son développement jusqu’à en faire une entité de référence, rassemblant aujourd’hui près de 1 000 collaborateurs en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et en Roumanie. Aujourd’hui intégrée au sein de Sopra Steria / CS GROUP, la Business Unit Space s’impose comme un acteur européen de premier plan dans les services d’ingénierie spatiale et la conception de systèmes logiciels spatiaux clés en main, tant au sol qu’embarqué.

Ludovic Haye et Sylvain D’Hoine

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