OPINION. « L’après-ZFE : de l’interdiction à l’innovation ? »

Olivier Koch
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Par Olivier Koch, directeur Arrive / EasyPark France
Longtemps présentées comme l’alpha et l’oméga de la lutte contre la pollution de l'air, ces zones d'exclusion ont fini par céder sous le poids de leurs propres contradictions. Derrière l'impératif écologique, incontestable, la méthode pèche par sa rigidité, transformant rapidement ce dispositif en un symbole d'écologie punitive et de fracture territoriale, isolant les ménages périurbains et modestes.
Pourtant, si le modèle actuel des ZFE est à bout de souffle, l'urgence climatique et le défi de la congestion urbaine, eux, demeurent entiers. L'enjeu n'est donc pas de renoncer à la transition environnementale de nos villes, mais d'en changer radicalement le paradigme. L'avertissement adressé par les parlementaires doit nous pousser à passer d'une logique de restriction aveugle à une logique de régulation intelligente, incitative et équitable.
Le principal échec des ZFE repose sur leur binarité : le droit d'entrer ou l'interdiction absolue, basés sur la seule vignette Crit’Air. Or, la ville de demain ne peut se concevoir comme une forteresse. Pour concilier la vitalité économique des centres-villes et la qualité de vie de leurs habitants, la solution réside dans la gestion dynamique de l'espace public.
Cette évolution passe par une compréhension plus globale de ce qu'est un déplacement urbain. Il ne s'agit plus simplement de gérer des flux de circulation, mais d'optimiser l'ensemble du parcours, et tout particulièrement l'arrivée à destination. Le trafic de recherche, ces véhicules qui tournent en rond pour trouver une place, représente à lui seul une part massive de la congestion et des émissions en ville. C’est ici que les outils numériques modernes offrent des leviers d'action inédits, permettant d'orienter les flux, de favoriser l'intermodalité en guidant les usagers vers des parkings relais, et de fluidifier le dernier kilomètre.
Plutôt que d'interdire, la régulation moderne s'appuie sur la valeur de l'usage. Par exemple, la tarification différenciée du stationnement et de l'utilisation de la voirie se présente aujourd'hui comme une alternative pragmatique aux ZFE. Contrairement à une barrière à l'entrée, elle agit comme un curseur économique ajustable, capable d'encourager des comportements vertueux avec une grande finesse.
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Pour être socialement acceptée et écologiquement efficace, cette tarification doit s’affranchir d'une vision uniformisée pour intégrer la pluralité des usages. Certaines métropoles, à l'image de Paris ou Lyon, ont déjà ouvert la voie en modulant les tarifs selon le poids ou le gabarit des véhicules, ciblant ainsi l'encombrement réel de l'espace public. Mais la technologie permet d'aller beaucoup plus loin : au-delà du levier tarifaire, la véritable révolution réside dans l'exploitation stratégique des données de mobilité.
En analysant et en prédisant l'occupation de la voirie en temps réel, il devient possible de s'attaquer à l'une des sources majeures de la congestion et des émissions. L'analyse prédictive permet désormais d'accompagner l'automobiliste dès son approche, en le guidant vers les places disponibles ou en l'orientant stratégiquement vers des parkings en ouvrage couplés aux transports en commun. Plus encore, cette intelligence des flux offre aux collectivités la capacité de repenser l'usage du trottoir de manière dynamique : une même zone peut ainsi être allouée aux livraisons le matin, au stationnement rotatif l'après-midi, et aux résidents le soir. C'est l'optimisation de chaque mètre carré, par la donnée, qui rend l'interdiction obsolète.
En repensant le dogme des ZFE, la France a l'opportunité de considérer la place de l'automobile non plus comme une ennemie à bannir, mais comme une composante d'un écosystème à maîtriser. En s'appuyant sur les données et la numérisation des services, les collectivités disposent désormais des instruments nécessaires pour appliquer des politiques sur mesure.
L'écologie urbaine ne peut plus s'écrire à coups de murs invisibles et de radars sanctionnateurs. Elle doit s'incarner dans des services qui facilitent la ville, réduisent les frictions et garantissent la liberté de mouvement, tout en respectant l'espace commun. À l'heure où la volatilité des coûts de l'énergie pèse lourdement sur le budget des ménages, l'optimisation des trajets devient un levier concret pour préserver le pouvoir d'achat des citoyens au quotidien. L'enjeu de cette décennie n'est plus de savoir comment empêcher les citoyens d'entrer en ville, mais comment organiser intelligemment leur arrivée.
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(*) Depuis son arrivée aux commandes de la filiale française en 2016, Olivier Koch orchestre le déploiement des solutions de stationnement digital du groupe (réunissant les expertises d'EasyPark, Flowbird et Parkopedia). Sous sa direction, l'application a étendu sa couverture à plus de 350 municipalités en France. En modernisant l'écosystème de stationnement, notamment via la digitalisation et l'optimisation du parc d'horodateurs, il collabore activement avec les collectivités et les exploitants pour fluidifier la mobilité urbaine et rendre les villes plus vivables.