OPINION. « Agriculture et biodiversité : une alliance vitale pour l'avenir »
Laurence Mehaignerie

Photo d'illustration
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La semaine dernière, l'Assemblée nationale a repoussé en séance publique la proposition de loi Duplomb visant à « libérer la production agricole des entraves normatives ». Officiellement rejetée, elle devrait être réintroduite dans les prochaines semaines dans une version modifiée. Si l'épisode a montré à quel point la question agricole reste inflammable, il a surtout confirmé l'urgence de réconcilier production et protection, rentabilité et régénération. En effet, derrière les débats sur la compétitivité et la simplification, les paysages se vident.
Favoriser une agriculture intensive au détriment de l'environnement n'est ni viable pour la biodiversité ni pour les agriculteurs, qui se trouvent en première ligne face aux intrants chimiques nocifs et voient la pérennité de leurs fermes menacée à terme. Il est urgent de soutenir un modèle durable, qui améliore la vie de celles et ceux qui nous nourrissent et réduit l'impact d'un des secteurs les plus polluants au monde. Un certain nombre d'agriculteurs nous montrent le chemin.
Partons des faits. Aujourd'hui, l'agriculture intensive est à l'origine de 70 % de la perte de biodiversité terrestre à l'échelle mondiale. En France, un tiers des oiseaux des champs ont disparu en quinze ans. Deux tiers des papillons de jour n'ont pas été revus dans au moins un département qu'ils occupaient encore il y a vingt ans... et un tiers de nos sols sont dégradés. Le cercle vicieux est en place. L'érosion de la biodiversité n'est pas un sujet lointain ou théorique, mais bel et bien un effondrement lent et silencieux, qui se joue dans nos plaines, dans nos champs, dans les interstices du quotidien agricole.
L'agriculture intensive a longtemps permis d'augmenter les volumes, mais au prix d'une forte dépendance aux intrants, d'une dégradation accélérée des sols et d'une vulnérabilité accrue face aux aléas climatiques. Aujourd'hui, cette équation devient économiquement fragile et humainement intenable. À l'inverse, les pratiques agroécologiques - réduction des intrants, amélioration de la fertilité des sols, diversification des cultures -, offrent des modèles plus stables sur le long terme. Là où les pratiques agroécologiques se déploient, les effets sont concrets. La suppression des intrants de synthèse augmente de 30 % la diversité des organismes. Les haies, les bandes enherbées, les rotations longues ne sont pas des ornements, mais bien des infrastructures vivantes. Ces dernières abritent les auxiliaires, reconstituent les sols, régulent les équilibres et renforcent la résilience des cultures.
Plusieurs expériences, en Europe et aux États-Unis, montrent qu'une fois la transition opérée, les pratiques agroécologiques offrent des avantages compétitifs. Si les résultats économiques peuvent baisser les premières années (notamment sans intrants chimiques), ils se stabilisent voire dépassent ceux de l'agriculture conventionnelle à moyen terme (3 à 7 ans), grâce à une moindre dépendance aux intrants et à une meilleure valorisation des produits.
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Parce qu'elle est complexe, la transition de l'agriculture est l'affaire de la société tout entière. Ce n'est pas aux agriculteurs d'en porter le coût. Ils ont suffisamment de risques à porter. Cela exige un cadre collectif, des financements structurants, des alliances sur toute la chaîne de valeur.
Investisseurs à impact, fondations, plateformes de crowdfunding, acteurs de l'agroalimentaire : un certain nombre d'acteurs privés participent déjà activement à soutenir la structuration de filières agroécologiques, à faciliter l'accès au foncier, à financer la diversification des activités agricoles, avec du capital patient et peu gourmand en rentabilité.
Il faut aller plus loin avec des coalitions public-privé ambitieuses pour mutualiser les ressources, partager les risques et être créatifs dans la mise sur pied de nouveaux modèles économiques. Plus hybrides, plus résilients, ils doivent intégrer l'accompagnement technique, financier ainsi que la rémunération des agriculteurs pour les services rendus à la société. La transition écologique de l'agriculture passe par la reconnaissance du métier d'agriculteur comme gardien du vivant et nécessite un changement culturel important, en particulier de nos modes de consommation. Cela se passe dès l'école, par une sensibilisation des élèves aux enjeux environnementaux et au bien vivre et bien manger.
Bien plus qu'une politique d'aide, il s'agit d'un investissement dans notre avenir commun. La transition écologique de l'agriculture ne se fera pas sans les agriculteurs ; et elle ne se fera pas non plus contre la biodiversité. Reste à nous, acteurs de la transition, à être à la hauteur de ces enjeux vitaux.
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(*) Laurence a cofondé Citizen Capital avec Pierre-Olivier en 2008. Elle supervise aujourd'hui la politique et la gestion de l'impact, le développement de la clientèle, les affaires publiques et la communication. Laurence siège au comité d'investissement de tous les fonds de Citizen et joue un rôle clé dans la conduite de la croissance stratégique de la société. Elle a joué un rôle de premier plan dans la croissance du secteur de l'investissement à impact en France. Elle est la cofondatrice et la vice-présidente de la Communauté des entreprises à mission, l'association de référence des entreprises à mission (cadre légal depuis la Loi Pacte), lancée en 2018.
Elle a 20 ans d'expérience dans le domaine de l'impact et de la RSE. Elle a joué un rôle clé dans la promotion de la diversité en France : chargée de recherche au sein du « think tank » Institut Montaigne, co-auteur du rapport « Les oubliés de l'égalité des chances » en 2004, co-auteur et à l'initiative de la Charte de la diversité en octobre 2004 (initialement signée par 35 PDG de grands groupes). Elle a été conseillère auprès du ministère français en charge de l'égalité des chances en 2005-2006. Laurence est franco-américaine.
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