OPINION. « L’ombre et la lumière sur le gazon »

Bertrand Venard
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Par Bertrand Venard, professeur à Audencia (*)
Là, le joueur ne court pas après un ballon, il court après son propre salut. Le duel Espagne-Argentine qui vient de se livrer a opposé la lumière de la règle à l'obscurité de la transgression, posant à chaque homme cette question fatidique : est-il le maître de son impulsion ou l'esclave misérable de son milieu ? Hélas, trop souvent, la fureur du stade laisse place à une lèpre de l'esprit, cette inconduite funeste qui transforme le champion en paria et le triomphe en un abîme de honte.
Quelle misère que de voir une âme s'abîmer dans le tumulte du vice ! La déviance argentine ne saurait être un accident ; elle est une construction sociale, un échafaudage de déshonneur. Leur inconduite n'est qu'un symptôme d'un mal plus profond : elle s'inscrit dans un schéma global de violation des normes, une érosion systématique des comportements qui met sur un piédestal la déviance. Les Argentins privilégient l'acte physique au mental, ignorant avec une superbe aveugle les conséquences de leur ruine future. Durant l’ensemble de la Coupe du monde, on a vu les furies argentines poussées vers l'infamie permanente. Il existe quatre raisons à ce jeu à l’argentine.
D’une part, il s’agit d’un comportement appris et socialisé depuis longtemps. Depuis des années, le spectateur assiste incrédule à une parodie sportive des joueurs argentins qui ont appris à jouer un football où règne arrogance, perfidie, simulation et parfois violence.
D’autre part, les Argentins sont poussés à l’extrême par le caractère insatiable d’objectifs de victoire quels que soient les moyens. Ce besoin de gagner à tout prix qui, ne trouvant pas de chemin droit, se jette dans le précipice.
Par ailleurs, ce jeu déviant argentin est permis par la mansuétude des règles et de l’arbitrage. Quand les gardiens du temple laissent faire les déviants, ceux-ci se croient tout permis, même de montrer une frustration dévorante face à un arbitrage jugé injuste, transformant chaque décision en une blessure imaginaire.
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Enfin, l’inconduite des Argentins a été facilitée par leur totale neutralisation de la moindre culpabilité. Pour masquer leur honte, les coupables utilisent des techniques de neutralisation du moindre sentiment de culpabilité : ils condamnent les accusateurs et invoquent des loyautés supérieures à la Patrie pour blanchir l'injustifiable.
Face à cette parodie de football, l’Espagne a triomphé car elle fut habitée par un attachement viscéral à quatre piliers : l'affection interpersonnelle pour les membres de l’équipe, la focalisation sur la dynamique collective, l'immersion totale dans la discipline du jeu et la croyance dans la justice et ses règles. Dans la finale de Coupe du monde, la maturité des Espagnols a vaincu l'instinct animal des Argentins. La loi n'est rien sans le cœur qui l'accepte ; la vertu espagnole est le silence majestueux de la force contenue par la sagesse.
Au carrefour de l'ombre et de la clarté, le sport tend à l’homme un miroir. Il nous appartient de choisir entre le sommet de la droiture et l'abîme de la déviance. Le sport sans honneur à l’argentine n'est qu’une chute vertigineuse dans une déviance sans borne, tandis que le sport intègre à l’espagnole est le reflet du meilleur de l'homme sur sa propre ombre.
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(*) Auparavant, Bertrand Venard était recteur de l’UFAR (Université française d’Arménie) et professeur à l’Université d’Oxford (Oxford Internet Institute, Royaume-Uni). Il a obtenu un doctorat en gestion de l’Université de Paris Dauphine en effectuant ses recherches au Centre de recherche en gestion de l’École Polytechnique (France). Il dispose d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) de l’Université de Paris (12). Il a également obtenu un diplôme de troisième cycle en enseignement et apprentissage dans l’enseignement supérieur de l’Université d’Oxford. Avant sa carrière universitaire, il a travaillé dans le secteur financier et dans celui du conseil pour PwC. Il a ensuite occupé divers postes de direction dans l’enseignement supérieur, tels que directeur de la recherche, membre du conseil d’administration et directeur d’une école de gestion. Ainsi, il a créé la CFVG à Ho Chi Minh-Ville au début des années 1990, aujourd’hui une prestigieuse école de commerce au Vietnam. Il a été professeur invité à la Wharton Business School (Université de Pennsylvanie), à l’IESE (Espagne), à la London Business School et à l’Université de Cambridge. Il a reçu de nombreux prix pour ses recherches telles que la bourse Sloan (USA), la bourse principale de l’Académie de l’enseignement supérieur (UK) et deux fois la prestigieuse bourse Marie Skłodowska-Curie (Union européenne). Ses recherches portent sur la déviance, les fraudes économiques et la cybersécurité, en particulier dans les pays émergents. Il a notamment dirigé des projets sur la corruption pour le gouvernement du Bhoutan (2015-2020), la lutte contre la corruption pour le PRME (2010-2014), ou une étude européenne au sein de l’université d’Oxford sur la cybersécurité (2018-2021).