OPINION. « Face aux évènements climatiques extrêmes : adaptons-nous ! »

Olivier Appert
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Par Olivier Appert, Président du groupe de travail Energie de l’ANRT, Membre de l’Académie des technologies (*)
A mille lieues des polémiques caricaturales sur la climatisation apparues ces dernières semaines, ces enjeux exigent des réponses rationnelles et de long terme. C’est dans cet esprit que l’ANRT (Association nationale de la recherche et de la technologie) avait consacré, il y a deux ans, un rapport à ces questions. Il y a urgence à le relire et à s’en inspirer. Car comme vient de le rappeler le Haut Conseil pour le Climat, nous ne sommes pas prêts à faire face aux défis qui s’annoncent.
La notion d’adaptation au changement climatique a été popularisée en 1997 par le protocole de Kyoto, qui préconisait de conduire parallèlement des politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre (atténuation) et des mesures destinées à adapter nos sociétés aux conséquences du changement climatique. Si l’atténuation a dominé les débats des COP, l’adaptation est longtemps restée au second plan. La France n’a adopté un premier Plan national d’adaptation au changement climatique qu’en 2011, avant de présenter un nouveau plan il y a deux ans.
Cette thématique continue de susciter des réticences chez ceux qui y voient un risque de relâchement des efforts de réduction des émissions. Pourtant, les frontières entre adaptation et atténuation sont souvent floues : de nombreuses technologies répondent simultanément aux deux objectifs. C’est le cas de la rénovation énergétique des bâtiments, mais aussi des réseaux électriques, des smart grids ou du stockage de l’énergie, qui améliorent à la fois l’efficacité énergétique et la résilience des infrastructures.
Les canicules récentes ont illustré l’urgence de l’adaptation, mais la chaleur n’est qu’un aspect du problème. Météo-France prévoit certes une hausse des températures, des sécheresses plus fréquentes, mais aussi des précipitations hivernales plus intenses, augmentant les risques d’inondation. Les enjeux concernent la santé publique, les infrastructures essentielles, la biodiversité, l’économie, les territoires et la protection des populations face aux événements extrêmes.
L’adaptation suppose une véritable approche systémique, prenant en compte les interactions entre secteurs, technologies et politiques d’atténuation. Elle nécessite également une évaluation rigoureuse des coûts et des bénéfices des différentes solutions. Elle doit se décliner au niveau national, mais aussi au niveau local.
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Le rapport de l’ANRT identifie plusieurs secteurs clés : l’eau, l’énergie, l’agriculture, les villes, l’industrie, les transports et la santé.
Les semaines que nous venons de vivre ont montré que la ville et le bâtiment sont au cœur des enjeux d’adaptation. Les bâtiments doivent mieux résister à la chaleur grâce à une meilleure isolation, qui réduit les besoins de chauffage comme de climatisation. Dans un contexte de vagues de chaleur plus fréquentes, le recours à des systèmes de climatisation performants devient également une nécessité de santé publique. La végétalisation urbaine contribue, quant à elle, à limiter les îlots de chaleur.
L’adaptation passe aussi par une meilleure gestion des eaux pluviales, avec des infrastructures de rétention, d’infiltration et de drainage renforcées, ainsi que par des systèmes d’alerte et des plans de gestion de crise. Le développement urbain doit intégrer les principes de résilience en limitant l’étalement urbain, en rénovant les infrastructures existantes et en adaptant les normes de construction aux réalités climatiques de chaque territoire. Les évolutions des comportements des citoyens constituent également une composante essentielle.
La science, les technologies et les savoir-faire existent. Ce qui manque encore, c'est la volonté politique de les déployer à la bonne échelle et au bon rythme. Ni l'atténuation ni l'adaptation ne peuvent attendre : les deux sont urgentes et se renforcent mutuellement. La France dispose des moyens scientifiques, industriels et institutionnels pour montrer la voie. Il est temps de passer des rapports aux actes.
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(*) Olivier Appert a été Président Directeur général d'IFP Energies nouvelles de 2003 à 2015, du Conseil Français de l'Energie, Comité français du Conseil Mondial de l'Energie de 2010 à 2018 et de France Brevets de 2016 à 2023. Il est membre de l'Académie des Technologies et conseiller du centre Energie de l’IFRI. Ancien élève de l’Ecole polytechnique, ingénieur général des Mines, il a commencé sa carrière au service des Mines de Lyon, puis a occupé différents postes au ministère de l’Industrie et au cabinet du Premier Ministre. En 1987, il a pris la responsabilité de l’activité radiocommunication mobile au sein de la société Télécommunications Radioélectriques et Téléphoniques (TRT). Nommé en 1989 directeur des hydrocarbures au ministère de l’Industrie, il a rejoint en 1994 la direction de l’IFP et a été en charge notamment de la recherche et développement et de sa filiale, holding technologique cotée en Bourse. Il a été nommé en octobre 1999 directeur de la coopération long terme et de l’analyse des politiques énergétiques au sein de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE).