OPINION. « Comment l'écosystème d'innovation japonais pourrait inspirer l'Europe »
Frédéric Claret

Photo d'illustration
DR
Frédéric Claret

Photo d'illustration
DR
Le Japon, célèbre pour ses avancées technologiques, redéfinit aujourd'hui l'innovation. Face aux défis mondiaux (tensions géopolitiques, économiques et sociétales) et aux grandes tendances liées aux enjeux environnementaux, à l'intelligence artificielle et au vieillissement démographique, le pays développe une approche stratégique unique combinant efficacité, durabilité et inclusivité. Partageant des préoccupations communes, cette démarche pourrait servir de modèle d'inspiration pour les entreprises européennes.
Le Forum économique mondial a mis en évidence que les chefs d'entreprise, souhaitant conserver un avantage concurrentiel, doivent s'adapter à un paysage commercial redéfini.
Pour faire face à ces enjeux, le gouvernement japonais a lancé un programme d'innovation stratégique (SIP) à la fois sur les domaines quantiques et biotechnologiques et sur des projets notamment de soins de santé de proximité et de gestion de la mobilité. Encouragées par ces programmes, les entreprises japonaises développent des écosystèmes qui intègrent communauté scientifique, établissements d'enseignement, entreprises et établissements financiers dans différents secteurs.
Imprégné par le shintoïsme, le Japon entretient un lien profond avec la nature et ses cycles. Aussi, le pays s'est fixé pour objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, tout en faisant face à des catastrophes environnementales récurrentes. Pour y parvenir, son gouvernement cherche à concilier décarbonisation, sécurité et création de richesse sociale en soutenant la réduction des émissions de CO2 et en investissant dans des technologies à valeur ajoutée (stockage d'énergie, panneaux solaires à couches minces, infrastructures intelligentes). Parallèlement, le pays collabore avec l'Australie et le Moyen-Orient pour développer la production et la distribution d'hydrogène, démontrant son ouverture aux technologies internationales.
Par ailleurs, le Japon exploite la technologie pour développer des villes durables, sûres et sécurisées pour ses habitants et travailleurs. Dans les grandes agglomérations comme Tokyo (34 millions d'habitants), le concept de "ville du quart d'heure" est une réalité depuis longtemps. Des villes comme Fujisawa Sustainable Smart Town et Woven City de Toyota servent de laboratoires pour tester des technologies avancées en matière d'autonomie, robotique, mobilité, habitations intelligentes et intelligence artificielle. Des technologies permettent de démolir le gratte-ciel vieillissant en réduisant l'impact environnemental, de construire des structures résistantes aux catastrophes et d'utiliser des matériaux autoréparables qui prolongent la durée de vie des bâtiments.
Enfin, le Japon développe des solutions innovantes pour répondre aux besoins de la "silver economy". Pour les personnes âgées situées en zone rurale et qui ont des difficultés à conduire, le pays met en place des systèmes de mobilité « as a service » (MaaS) qui réduisent la fracture numérique entre zones urbaines et rurales. Il investit dans des agents IA et des robots collaboratifs (cobots) pour soutenir les services de soins de proximité. Faisant également face à d'importants défis de main-d'œuvre - d'ici 2040, le Japon pourrait manquer d'environ 11 millions de travailleurs - le gouvernement met en œuvre des stratégies qui permettent de préserver les connaissances et l'expérience des travailleurs âgés, notamment grâce à des formations personnalisées assistées par l'IA.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L'approche japonaise génère de la valeur concrète, tant immédiate que sur le long terme, transformant efficacement la théorie en réalité pratique. Le Japon montre ainsi la voie pour relever nos défis actuels et futurs, façonnant un monde plus équitable, durable et prospère pour tous. Les entreprises japonaises apprennent à dépasser les modèles traditionnels, combinant habilement disciplines et technologies innovantes. Dans un monde de plus en plus complexe et riche en opportunités technologiques, cette approche collaborative mériterait d'être adoptée bien au-delà des frontières nippones.
______
(*) Frédéric Claret, actuel Directeur général de Fujitsu Suisse, prend également la responsabilité de la filiale française. En tant que nouveau Directeur général, il a pour mission de poursuivre la croissance de Fujitsu sur le marché français, notamment dans les secteurs du Retail et de l'Industrie. Acteur reconnu des services d'externalisation (aussi bien Workplace que Cloud & Infrastructure), Fujitsu accompagne également ses clients dans leur transformation digitale notamment au travers de ses offres Uvance (Universal Advance) axées sur le déploiement de technologies et solutions innovantes et durables éprouvées. Il a débuté sa carrière en 1994 chez Coopers & Lybrand (PwC). Quatre ans plus tard, il intègre Hewlett Packard Enterprise où il occupera différents postes durant 17 ans. Il y débute comme responsable des opérations financières, puis occupe successivement différents rôles business dans la division Services, essentiellement en vente et avant-vente. En 2015, Frédéric Claret rejoint Fujitsu France comme Directeur avant-vente. De 2018 à 2024, il occupe le poste de Directeur avant-vente Europe de l'Ouest, tout en prenant la direction générale de Fujitsu en Suisse en avril 2024.
Âgé de 54 ans, Frédéric Claret est diplômé d'un MBA de l'ESSEC Business School.
Frédéric Claret
OPINION. « Le bio-manufacturing, prochain tournant stratégique : la France peut-elle se permettre d’attendre »
« Recyclage et réemploi : des enjeux de souveraineté industrielle et écologique »
OPINION. « Asie centrale : la nouvelle frontière économique que la France ne peut plus ignorer »
OPINION. « Les constructeurs automobiles chinois innovent-ils dans l’automobile ? »