OPINION. « Dans le doute, restez actifs »
Andrew Chorlton

Photo d'illustration
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Andrew Chorlton

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Les droits de douane présentés par le président des États-Unis le 2 avril ont profondément ébranlé les marchés. Pour autant, difficile de dire si le séisme provoqué par cette annonce est véritablement derrière nous, l'impact réel de ces mesures ne devant être visible dans les données macroéconomiques que dans plusieurs mois. Toujours est-il que la crainte d'un retour des tensions inflationnistes reste très présente : d'un côté, les entreprises ont d'ores et déjà commencé à répercuter la hausse des tarifs douaniers sur le consommateur et, de l'autre, le « big, beautiful bill » à 4 900 milliards de dollars devrait venir soutenir la demande et stimuler l'économie américaine.
Ce nouveau paquet fiscal inquiète aussi à plus long terme et interroge sur la viabilité des comptes publics américains : celui-ci pourrait accroître le déficit budgétaire de 3 700 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, et creuser encore un peu la dette des États-Unis — qui s'élève déjà à plus de 120 % du PIB — en cas de nouvelles réductions d'impôts. Si l'on ajoute à cela l'abaissement de la note de crédit des États-Unis par Moody's en mai et les incertitudes sur la croissance et sur la direction des taux de la Fed, les investisseurs ont toutes les raisons pour se mettre à la recherche de rendement supplémentaire pour compenser la montée des risques.
Pendant que les États-Unis demeurent dans l'incertitude, les trajectoires économiques divergentes d'autres régions, notamment l'Europe, peuvent offrir des perspectives intéressantes. Si, dans l'ensemble, le Vieux Continent flirte avec la récession, les pays autrefois considérés comme « périphériques » (Grèce et Italie en tête) ont retrouvé de la crédibilité auprès des investisseurs et voient désormais leurs spreads atteindre ou se rapprocher de leur plus bas niveau en dix ans par rapport à des pays réputés plus stables économiquement comme l'Allemagne ou la France. Dans le même temps, le grand plan de relance allemand a entraîné une pentification significative de la courbe de rendement des bunds, synonyme de rendements plus élevés.
De même, le niveau des taux réels (c'est-à-dire corrigés de l'inflation) dans de nombreux pays émergents représente un cadre propice à investir, la majorité d'entre eux ayant gagné la bataille contre l'inflation. Un contexte qui pourrait être encore soutenu si la Fed devait poursuivre sa politique d'assouplissement monétaire. Qui plus est, le différentiel de croissance entre les marchés émergents et les marchés développés devrait rester à l'avantage de ces premiers.
Depuis le « Libération Day », les incessants revirements de Donald Trump ont également déstabilisé le marché de la dette d'entreprise. Mais après une longue période de rendements relativement peu attractifs, la demande des investisseurs sur ce marché est rapidement repartie à la hausse, motivée par le sentiment que le portage (le carry, en jargon financier) offert pouvait servir de protection contre les effets négatifs d'une remontée des taux ou contre l'élargissement des spreads de crédit, dont les niveaux actuels impliquent que les perspectives restent relativement stables.
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Malgré tout, d'importants risques subsistent, auxquels les marchés obligataires peuvent être très sensibles. Il faut donc s'attendre à ce que l'on entre dans une période d'attentisme au cours des prochains mois, le temps d'y voir plus clair du côté des politiques douanières. Avec des spreads évoluant à des niveaux historiquement serrés, le contexte actuel incite à la prudence et à privilégier les émetteurs de qualité. Ainsi, si l'évolution de la situation entraîne une réévaluation des risques, les investisseurs pourraient bénéficier d'un double avantage : d'une part, protéger le capital lorsque les spreads se creusent et, d'autre part, disposer de liquidités suffisantes pour saisir les opportunités qui se présenteront.
Actuellement, les spreads ont beau être proches de leurs niveaux historiques, les rendements des obligations d'État considérées comme « sans risque » demeurent dans le haut de la fourchette récente. Les investisseurs bénéficient donc toujours d'un rendement relativement attrayant sur ces actifs ainsi que sur les ABS de qualité, en attendant que les spreads de crédit des entreprises ne s'élargissent pas. Le coût d'opportunité de ne pas détenir trop de crédit risqué reste pour le moment assez faible.
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(*) Andrew Chorlton est Directeur de la gestion obligataire chez M&G Investments depuis décembre 2024. Il possède plus de 25 ans d'expérience sur les marchés obligataires, ayant dirigé des équipes de gérants de fonds expérimentés et performants. Il a une expérience directe en gestion de portefeuilles dans les obligations mondiales, les stratégies multi-secteurs et le crédit, tant en Europe qu'aux États-Unis.
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