OPINION. « La data, ce réacteur invisible qui décarbone déjà l'aviation »
Ayedin Manzari

Photo d'illustration
DR
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Alors que le secteur aérien vise le « net zero » en 2050, la transition écologique ne peut attendre les carburants durables ou l'hydrogène. Un levier existe déjà, plus discret mais immédiatement activable : la donnée. Bien plus qu'un outil de mesure, elle devient un moteur concret de performance environnementale.
Le numérique permet déjà de réduire les émissions en optimisant les trajectoires de vol. Ces technologies ne sont pas de la science-fiction : elles sont testées et déployées par des acteurs majeurs du secteur, avec des résultats probants. Par exemple, l'optimisation des opérations aériennes via l'intelligence artificielle permet jusqu'à 2 % de réduction de CO₂, et le vol en descente continue sur la famille A320 économise 150 kg de carburant par vol.
Mais l'impact climatique de l'aviation ne se résume pas au CO₂. Les effets dits « non-CO₂ » comptent pour une part tout aussi significative du changement climatique. A titre d'exemple, réajuster 3% des vols permettrait d'éviter... jusqu'à 80% des impacts sur le climat générés par les trainées de condensation (ces longs nuages blancs qui peuvent réchauffer l'atmosphère autant, voire plus, que le CO₂). Mais ces effets non-CO₂ ne sont pas encore soumis à un cadre réglementaire mature. L'Union européenne amorce cependant un virage, avec l'introduction du règlement MRV (monitoring, reporting, verification) pour les effets non-CO₂ en 2025. C'est un premier pas. Pour le franchir pleinement et pour se préparer à la suite des futures exigences qui vont arriver, l'ensemble du secteur doit s'organiser autour de systèmes de données complexes, interconnectés et auditables, capables d'ajuster les trajectoires et d'informer les acteurs opérationnels en temps réel.
Au-delà du ciel, la donnée est aussi un levier stratégique au sol, dans les usines et les hangars. La pression sur les ressources, titane, alliages critiques, terres rares, impose une réinvention profonde de la filière industrielle autour de la circularité. Là encore, pas de circularité crédible sans traçabilité, pas de traçabilité sans donnée. Des outils comme le Digital Product Passport ou les plateformes de gestion du réemploi comme celle de Satair (Airbus) en sont la démonstration, à condition que l'écosystème s'accorde sur des standards d'échange, des API ouvertes, et sur un modèle de données distribué, sécurisé et interopérable.
L'aviation durable doit commencer dès aujourd'hui. Des leviers très puissants sont déjà à portée de main. La donnée, ce réacteur invisible, propulse des gains tangibles sur le terrain tout en permettant d'agir sur l'existant, de faire mieux avec ce que l'on a, sans attendre des ruptures technologiques encore lointaines.
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L'appel est double. D'abord, aux instances décisionnaires : pour maintenir la recherche sur l'impact des effets non-CO₂ et alimenter les standards internationaux et accélérer le financement d'outils numériques éprouvés. Ensuite, à toute la filière aéronautique, compagnies, constructeurs, sous-traitants, éditeurs tech, pour bâtir ensemble les hubs de données qui rendront possible une aviation durable, fiable, traçable. L'aviation du futur ne volera pas seulement avec les réacteurs de demain. Elle vole déjà avec les données d'aujourd'hui.
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(*) Ayedin Manzari a débuté sa carrière chez Airbus avant de rejoindre Aeroline, l'entité du groupe Sopra Steria dédiée à l'aéronautique. Après cinq ans en tant qu'ingénieur essais propulsion sur le programme A350, il s'est orienté vers la data science et l'intelligence artificielle, puis vers le pilotage commercial auprès de grands industriels du secteur. Il a ensuite pris la tête d'un programme transverse sur le développement durable, conçu pour accompagner les clients dans leur transition. Depuis début 2024, Ayedin Manzari est actuellement Directeur Durabilité, Stratégie et Communication d'Aeroline, le vertical de Sopra Steria dédié aux industries aéronautique et spatiale.
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