OPINION. « Déficit de la Sécurité sociale : et si on regardait enfin du côté du numérique ? »
Agnès de Leersnyder

Photo d'illustration
DR
Agnès de Leersnyder

Photo d'illustration
DR
Parmi les leviers d'action identifiés, la Cour souligne avec justesse le gaspillage massif du temps médical capté par des tâches administratives. Infirmiers, aides-soignants, médecins : tous voient une part croissante de leur journée absorbée par des activités qui pourraient être automatisées.
Des solutions existent déjà : génération automatisée de comptes-rendus, gestion des flux, simplification des processus, mutualisation intelligente. Ce qui manque aujourd'hui, c'est une véritable stratégie nationale de déploiement, soutenue par une politique ambitieuse d'acculturation numérique des professionnels de santé.
Mais l'enjeu dépasse de loin l'allègement de la charge administrative. Chaque année, la désorganisation des parcours de soins coûte des milliards d'euros à la collectivité : actes redondants, consultations inutiles, retards de prise en charge, hospitalisations évitables. L'IA, par exemple, peut optimiser la logistique hospitalière, notamment la gestion des stocks de médicaments, un levier encore largement sous-exploité.
Mais son impact va bien au-delà. Elle transforme les pratiques : prévention des pathologies évitables, médecine de précision via l'analyse algorithmique de l'imagerie médicale, accompagnement personnalisé des maladies chroniques avec les jumeaux numériques. Ces solutions ont déjà fait leurs preuves. Elles doivent désormais devenir la norme.
Dans un contexte de vieillissement de la population et de pénurie croissante de soignants - il manquera plusieurs centaines de milliers de professionnels d'ici 2040 - l'adoption rapide de ces technologies est une urgence. Chaque mois de retard aggrave les risques de rupture de prise en charge : soins inefficaces, hospitalisations évitables, erreurs coûteuses pour les patients et pour la collectivité.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Les outils existent. Ils fonctionnent. Les usages sont concrets. Certains analysent automatiquement les propos d'un patient pour orienter le parcours en quelques secondes. D'autres interprètent l'imagerie à partir de données massives. Des plateformes anticipent les pics d'activité hospitalière.
Des objets connectés assurent un suivi continu de l'état de santé des patients chroniques. Certains transforment même un smartphone en capteur médical de précision. Ces technologies sont éprouvées. L'enjeu n'est plus technique, mais de changement d'échelle. Leur déploiement massif est devenu une priorité de santé publique au service de l'efficacité clinique, de l'équité d'accès et de la résilience de notre système.
La France dispose des talents, des infrastructures, des startups en santé numérique, et d'une énergie décarbonée rare en Europe. Il nous appartient désormais d'accélérer : moderniser les systèmes d'information hospitaliers, simplifier l'accès sécurisé aux données de santé, structurer des financements adaptés aux cycles longs de l'innovation médicale.
Face à un risque de fragmentation et de perte de soutenabilité, l'intelligence artificielle en santé constitue aujourd'hui un levier décisif. Il serait irresponsable de ne pas s'en saisir. Ne pas investir dès maintenant dans son intégration, c'est exposer notre pays à des coûts sociaux et économiques bien plus lourds demain.
______
(*) Agnès De Leersnyder est CEO et co-fondatrice de Future4care, le 1er écosystème de santé numérique en Europe. Elle était précédemment Directrice de La Stratégie du groupe Orange pour lequel elle a élaboré et déployé le plan « Engage2025 ». Leader humaniste, femme de conviction résolument engagée, Agnès place l'innovation et la conduite du changement au cœur de son action depuis plus de 20 ans dans le secteur du Numérique et des Nouvelles Technologies.
Elle est Diplômée de l'IEP de Strasbourg et de l'ESCP et titulaire d'un DEA de droit économique international.
Agnès de Leersnyder
OPINION. « Le bio-manufacturing, prochain tournant stratégique : la France peut-elle se permettre d’attendre »
« Recyclage et réemploi : des enjeux de souveraineté industrielle et écologique »
OPINION. « Asie centrale : la nouvelle frontière économique que la France ne peut plus ignorer »
OPINION. « Les constructeurs automobiles chinois innovent-ils dans l’automobile ? »