OPINION. « Enfin une décision de bon sens pour soutenir l'électrification et résorber la crise du logement ! »
Brice Lalonde

Photo d'illustration
DR
Brice Lalonde

Photo d'illustration
DR
Le gouvernement s'apprêterait à prendre une décision bienvenue : cesser de pénaliser les chauffages électriques, moins bien notés dans le diagnostic de performance énergétique (DPE) parce que leur consommation est arbitrairement multipliée par 2,3. Ce coefficient (dit de conversion de l'électricité en énergie primaire) va être réduit de 2,3 à 1,9, voire davantage. Une décision réclamée depuis longtemps par Equilibre des Énergies
Cette mesure aura des effets immédiats pour le climat et pour le portefeuille des Français. C'est aussi une forme de réparation historique : pendant des décennies, la réglementation a pénalisé les logements chauffés à l'électricité dans le classement du diagnostic de performance énergétique (DPE) au profit des logements chauffés aux énergies fossiles. Ce coefficient de 2,3 n'a plus aucun sens dans la France de 2025, où notre électricité est décarbonée et où l'électrification de la consommation d'énergie est un impératif.
Réduire ce coefficient, c'est envoyer le bon signal : l'électricité est l'énergie de l'avenir. C'est donner aux acteurs industriels et aux ménages la confiance nécessaire pour s'engager pleinement dans la transition énergétique.
C'est surtout une bonne nouvelle pour un million de Français qui vivent dans des logements chauffés à l'électricité, convenablement isolés, et qui se voient pourtant classés dans la catégorie des passoires thermiques - classes F ou G du DPE - uniquement à cause de cet artifice réglementaire : la multiplication par 2,3 de la consommation d'électricité.
Par cette décision, ils sortiront de cette étiquette injuste, valoriseront leur logement et éviteront d'éventuelles interdictions de location. Sans avoir à faire de travaux. Sans que cela coûte un centime à l'État. Ce n'est que justice et cohérence.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Par cette décision, le Gouvernement fera le bon choix. Il comprend que la rénovation énergétique doit d'abord cibler les passoires thermiques chauffées aux énergies fossiles, celles qui conjuguent émissions de gaz à effet de serre et factures importantes. Pour rénover ces logements, il faut un soutien fort de l'État. En revanche, pour les logements électriques injustement déclassés, cette mesure réglementaire suffit.
Dans un contexte budgétaire contraint, c'est une décision intelligente. Elle permet de mieux cibler MaPrimeRénov' sur les logements les plus problématiques. Elle renforce la lisibilité du DPE. Elle aligne la France sur le coefficient préconisé par l'Union européenne. Et elle évite d'empêcher la sortie d'un million de logements du parc locatif en pleine crise du logement.
C'est une victoire du pragmatisme. Une victoire du climat. Et une victoire pour l'électricité française, fleuron de notre stratégie énergétique.
_______
(*) Brice Lalonde s'est impliqué dans les questions environnementales dès le début des années 70, en étant président de l'association des Amis de la Terre puis directeur de campagne du premier candidat écologiste à une élection présidentielle française, René Dumont. La suite de sa carrière sera aussi marquée par cet engagement pour la planète. Ainsi il se présente à l'élection présidentielle de 1981 et devient en 1987, directeur du bureau de Paris de l'Institut pour une Politique Européenne de l'Environnement. En 1988, l'exécutif fait appel à lui ; Brice Lalonde devient Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, Michel Rocard, chargé de l'Environnement et de la Prévention des risques technologiques et naturels majeurs, puis il est nommé Ministre de l'environnement dans les gouvernements Rocard et Cresson (1990 - 1991). Après ces expériences ministérielles, Brice Lalonde devient maire de Saint-Briac-sur-Mer (1995 - 2008).
En 2007, il donne une orientation internationale à son combat pour la planète. Il exerce en effet la présidence de la table ronde de l'OCDE sur le développement durable (2007) et est nommé ambassadeur des négociations internationales sur le climat pour la France (2007 - 2010). A la fin de son mandat, il rejoint l'ONU en tant que coordonnateur exécutif de la Conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio+20). Sa participation au sein de l'ONU se poursuit avec l'exercice du poste de Conseiller Spécial sur le Développement Durable auprès du Pacte mondial des Nations Unies.
Par ailleurs, Brice Lalonde œuvre pour l'inclusion des entreprises et de la finance sur les questions climatiques, notamment en assumant la présidence du Business & Climate Summit de 2015 à 2018. Il assure également, de 2016 à 2020, la présidence de l'Académie de l'Eau. Depuis décembre 2017, il est le président du groupement d'entreprises pour le climat Équilibre des Énergies, où il entend agir pour conjuguer décarbonation et prospérité.
Brice Lalonde