OPINION. « Et si la méconnaissance financière nous coûtait cher, à tous ? »
Philippe Setbon et Eric Pinon

Photo d'illustration
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Philippe Setbon et Eric Pinon

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Près de 7 Français sur 10 reconnaissent avoir une faible éducation financière. Ce chiffre, à lui seul, devrait suffire à nous alerter. Régulièrement, experts, institutions ou associations tirent la sonnette d'alarme sur les conséquences de cette lacune généralisée. Et à raison : derrière ce chiffre, ce sont des millions de citoyens qui n'ont pas les clés pour prendre en main leur épargne et préparer leur avenir.
Ce déficit de culture financière n'est pas seulement un appauvrissement individuel. C'est aussi un enjeu collectif, un angle mort du débat public, qui affaiblit notre souveraineté économique et limite notre capacité à répondre au besoin de financement — que l'on sait colossal — de nos transitions démographiques, sociales, numériques et climatiques.
Les Français épargnent, mais n'investissent pas ou peu. Le manque de connaissance des produits d'épargne favorise la sécurité au détriment de la performance. L'enquête menée par l'AFG et ELABE le montre clairement : la stratégie d'investissement est souvent absente, les produits mal compris, les choix trop souvent dictés par des effets de mode ou des réflexes à court terme.
Les Français recherchent avant tout des dispositifs facilement accessibles associés à des objectifs d'investissement clairs, tels que constituer un capital pour la retraite, compléter leurs revenus futurs ou financer un projet immobilier. Le cadre institutionnel doit les y aider. À la question de la généralisation des plans d'épargne retraite, une large majorité répond favorablement, et ce, indépendamment des classes d'âge.
Car le paradoxe est là : les Français ont souvent de bonnes intuitions — ils croient à la surperformance des actions pour des investissements de moyen/long terme, comprennent l'intérêt d'une épargne régulière, jugent utile ou prioritaire que leur épargne finance les entreprises françaises et européennes et contribue ainsi au dynamisme de l'économie et de l'emploi — mais ces convictions ne se traduisent pas en acte d'investissement.
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Loin d'être résignés, nos concitoyens expriment un fort désir d'apprendre.
65 % des Français — et 84 % des 18-24 ans — souhaitent qu'une éducation financière soit diffusée à l'école. Comme les mathématiques ou l'histoire, les bases de la gestion de son argent devraient faire partie de l'apprentissage tout au long du cursus scolaire.
La révolution financière de demain passera par la connaissance. Former les citoyens, dès le plus jeune âge, à gérer un budget, décrypter un produit d'épargne, maîtriser les notions économiques de base, la fiscalité, anticiper leur retraite ou mesurer l'impact de leur investissement, c'est renforcer leur autonomie.
Le déficit de connaissance financière engendre un manque de confiance en soi et accroit le risque de fraudes et d'arnaques.
Développons des ressources pédagogiques numériques adaptées. Et les plus jeunes, « digital natives », ont les codes de leur génération : influenceurs, vidéos explicatives, tutoriels, simulateurs en ligne...
La technologie offre les outils ludiques pour s'approprier les concepts, s'entrainer, personnaliser ses choix. Elle est un vecteur important de communication et d'informations, mais les Français expriment aussi un fort besoin d'accompagnement par un conseiller financier. Appuyons-nous sur la confiance que génèrent les agréments et certifications pour renforcer l'accessibilité aux produits d'épargne et sur la labellisation des produits par des organismes publics pour en renforcer la lisibilité. Ces éléments sont des facteurs clés de la confiance cités par les Français.
Alors que l'Union européenne s'interroge sur les leviers pour mieux mobiliser l'épargne, alors que la question du financement de nos retraites est au cœur des débats, le temps est venu d'agir. L'objectif n'est pas de transformer les citoyens en expert, mais de permettre à chacun de faire des choix éclairés. Car une épargne mieux rémunérée et mieux orientée, c'est une économie plus solide et plus durable.
L'éducation financière n'est ni une option, ni un luxe. C'est un enjeu d'intérêt général.
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(*) Philippe Setbon est directeur général de Natixis IM. ll a commencé sa carrière en 1990 comme analyste financier chez Barclays Bank à Paris avant de travailler pendant 10 ans dans le Groupe AZUR-GMF, comme responsable de la gestion d'actifs. Il rejoint ensuite le Groupe Generali en 2004 où il occupe successivement plusieurs postes de direction : directeur général de Generali Investments France puis directeur général de Generali Investments, enfin directeur des investissements du Groupe Generali. Il rejoint Groupama en 2013 en tant que directeur général de Groupama Asset Management. En 2019, Philippe Setbon devient directeur général d'Ostrum Asset Management, puis en 2023 directeur général de Natixis Investment Managers. En janvier 2025, il est nommé directeur général délégué de Natixis, en charge de la gestion d'actifs et de fortune. Depuis juin 2022, Philippe Setbon est président de l'Association Française de la Gestion d'actifs (AFG). Philippe Setbon est titulaire d'une maîtrise de finance de Paris-Dauphine, d'un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) en finance de Paris-Dauphine et est diplômé de la Société Française des Analystes Financiers (SFAF).
Eric Pinon est président d'honneur de l'AFG après avoir présidé l'association durant deux mandats consécutifs de 2017 à 2022. Il reste en charge de la Mission Éducation Financière, enjeu de long terme de l'AFG. Il a démarré sa carrière en 1978 chez l'agent de change Michel Puget, dont il devient fondé de pouvoir en 1985. Il sera un des dirigeants de cette société jusqu'à la fusion avec le groupe Barclays fin 1989. En 1989, il crée Europe Egide Finance qui sera dès 1990 une des premières sociétés de gestion agréées par la COB. Il est vice-président de l'AFG de 1997 à 2003 et de 2015 à 2017 et préside en parallèle la Commission des sociétés de gestion entrepreneuriales. Il dirige Europe Egide Finance jusqu'à sa cession en 2003 à la Banque KBL France (groupe Krediet Bank), devient alors membre du Directoire de KBL France de 2003 à 2004 puis membre du Conseil de Surveillance en 2005. Il est Associé dirigeant d'Acer Finance de 2006 à 2017 puis devient Senior Advisor de la Financière de l'Échiquier (LFDE) de 2017 à 2022. Il a siégé à la commission consultative Gestion et Investisseurs Institutionnels de l'AMF pendant 11 ans jusqu'en 2023. Il est titulaire d'une maîtrise de gestion de la Sorbonne — Paris I. A ce jour, il est associé fondateur de la société de conseil P'sF, depuis fin 2017.
Philippe Setbon et Eric Pinon