OPINION. « Face à la dégradation de la santé mentale en France, les élus locaux et les travailleurs sociaux sont aussi la solution »
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Selon le Baromètre santé publié par Santé publique France en février 2023, les épisodes dépressifs ont en effet connu « une accélération sans précédent entre 2017 et 2021 (+ 36 %) ». Ils ont touché 1 jeune adulte sur 5 en 2021, « soit une hausse de près de 80 % par rapport à 2017 ». De même, le 5e rapport de l'Observatoire national du suicide publié en septembre 2022 fait état d'une dégradation de la « santé mentale de la population française (...) sous l'effet de la crise sanitaire » et d'une « forte hausse du nombre de gestes suicidaires chez les jeunes à partir du second semestre 2020 ». Enfin, selon le Baromètre de la confiance politique publié en février 2025, 40 % des Français disent ressentir de la « lassitude » et 35 % de la « morosité ».
Dans nos zones rurales et nos quartiers populaires, cette tendance est aggravée par plusieurs facteurs. Ainsi, le dernier congrès de l'Union nationale des centres communaux d'action sociale a été l'occasion de dénoncer une « triple peine » pour les jeunes ruraux, entre « leur isolement géographique, leur stigmatisation sociale et l'absence d'offre adaptée ». Or, lorsque l'on sait que l'état de la psychiatrie en France est déjà très dégradé — 1 personne sur 2 souffrant de troubles psychiatriques rencontre des difficultés à trouver un rendez-vous —, la désertification médicale dans certains territoires a nécessairement un effet multiplicateur. Dans les quartiers dits « prioritaires de la ville », ce phénomène touche des populations dont la précarité et certaines réticences culturelles réduisent aussi la prise en charge.
Face à cette situation, le gouvernement a décidé de faire de la santé mentale la « grande cause nationale » de l'année 2025. C'est un premier pas, mais il n'est pas suffisant. En effet, sa dégradation a aussi des causes plus structurelles comme le délitement du lien social, l'augmentation des sources d'anxiété et de frustration par l'effet des réseaux sociaux et des chaînes d'information en continu et l'érosion de la qualité de vie sur fond d'inflation et de réchauffement climatique. Nous sommes donc face à un véritable combat qui nécessite plus que des mesures cosmétiques et de courts termes.
Il est d'abord essentiel d'en faire une « urgence nationale » ! Sur le terrain, nous pouvons témoigner des effets sur la société de ces troubles psychiques et mentaux. C'est ce collégien qui perturbe les cours, entraînant dans son mal-être ses camarades. Ou ces adolescents qui comblent un besoin de reconnaissance par leur implication dans des rixes parfois mortelles. Et que dire du coût pour notre avenir collectif de ce parent complètement dépassé ou de ce jeune qui s'enfonce dans le trafic de drogue ou la consommation d'alcool ? Si la dégradation de la santé mentale n'explique pas tout, il est tout de même temps de reconnaître sa responsabilité dans la multiplication de ces phénomènes.
S'il revient avant tout aux professionnels de santé d'y apporter des réponses, il est essentiel d'y associer les élus locaux et les travailleurs sociaux — sur le modèle de la pair-aidance en vigueur notamment au Canada. Experts de nos territoires, de leurs problématiques particulières et du vécu de leurs habitants, nous pouvons participer à une meilleure prise en charge de personnes qui sont aussi nos voisins, nos petits frères et sœurs et nos aînés. Les conseils locaux de santé mentale sont un bon cadre pour construire ces solutions et renforcer les liens entre les différentes parties concernées. Ils doivent néanmoins trouver un souffle qui passe par leur généralisation sur le territoire français — ils sont 280 aujourd'hui — et par la valorisation de leur pouvoir de décision.
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Mais, pour améliorer cette prévention, nous devons surtout changer de regard sur la santé mentale. Dans nos campagnes et nos quartiers populaires, cet enjeu est trop souvent qualifié de « problème de riche ». Pire : il ne concernerait que les « faibles » ou les « fous » ! Selon le ministère de la santé, 38 % des jeunes de 18 à 24 ans « ont le sentiment de ne pas prendre soin de leur santé mentale » et 70 % des Français « cautionnent un stéréotype concernant les personnes atteintes de troubles de santé mentale ». Or, par notre écoute quotidienne, nous, élus locaux et travailleurs sociaux, pouvons contribuer à déconstruire ces préjugés. Par la confiance que nous avons su tisser avec les habitants, nous pouvons faciliter leur orientation vers des professionnels. Par notre vécu, nous pouvons comprendre leurs difficultés.
À la fois « thermomètres » de ces souffrances et « médecins » du lien social, notre rôle doit donc être reconnu dans ce travail d'amélioration de la santé mentale en France. Il en va de notre bien-être. Et de la cohésion sociale dans notre pays.
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(*) Signataires :
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