OPINION. « La France doit miser sur les crédits carbones bleus, maintenant »
Adeline Pilon

Photo d'illustration
DR
Adeline Pilon

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Les écosystèmes marins sont au bord de la rupture. En Méditerranée, les grands herbiers de posidonies, ces véritables forêts sous-marines, déclinent inexorablement sous l'effet combiné du réchauffement climatique, de la pollution et de la pression humaine. De nombreuses voix ont rappelé l'urgence qu'il y a de protéger les écosystèmes marins face à l'intensification des pressions humaines et climatiques lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Océan (UNOC) qui s'est tenue la semaine dernière à Nice.
En effet ces mangroves, marais salants, herbiers sous-marins... ces puits de carbone marins trop longtemps négligés, sont donc des ressources stratégiques pour lutter efficacement contre le changement climatique. Ils jouent un rôle essentiel dans la captation du carbone, la protection des côtes, la régulation du climat et la préservation de la biodiversité. Leur disparition aggrave la dérive climatique tout en fragilisant les économies littorales.
Face à l'urgence, le mécanisme des crédits carbones bleus dispose d'un énorme potentiel. Son mécanisme permet de générer des financements privés pour les orienter vers la protection ou la restauration des zones marines capables de séquestrer durablement du CO₂. Pourtant le dernier rapport d'Ecosystem Marketplace (observatoire international de référence sur les marchés environnementaux) sur le marché du carbone bleu relève que ce marché reste embryonnaire, éclaté, peu normé et largement sous-exploité. Mais la demande des acheteurs potentiels est forte. Alors, s'il se structure, dans les 5 à 10 ans, le marché des crédits carbone bleus pourrait représenter jusqu'à 20 % du marché volontaire mondial (achats volontaires de crédits pour compenser des émissions en dehors de toute obligation réglementaire)
Pour cela, il est essentiel de surmonter les résistances profondes qui freinent son développement. La défiance envers les crédits carbone s'est accentuée ces dernières années, notamment à la suite des révélations sur les méthodes de certification de certains standards (comme Verra), pointées du doigt dans plusieurs enquêtes journalistiques et par une étude du cabinet de conseil Carbone 4 de Jean-Marc Jancovici. À cela se sont ajoutées des affaires judiciaires retentissantes, comme les procès pour escroquerie aux crédits carbone impliquant plusieurs sociétés accusées d'avoir vendu de faux crédits à des investisseurs.
Ces scandales ont entamé la crédibilité du mécanisme et gelé de nombreux projets. Si les critiques sur l'eau du bain (greenwashing, opacité des méthodes...) sont en partie fondées, elles ne doivent pas conduire à jeter le « bébé ». Les crédits carbone bleus naissants ne peuvent être pas se voir imputer les erreurs du carbone vert.
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Les projets marins sont justement souvent plus faciles à auditer que les projets forestiers. Ils offrent aussi des bénéfices écologiques et socio-économiques concrets (emploi local, résilience côtière, pêche durable) et génèrent une source de financement immédiatement orientées vers ces zones très exposées.
L'Agence française de développement (AFD) a fait figure de précurseur en lançant la « Facilité carbone bleu » en 2021. Ce programme innovant est destiné à financer la protection et la restauration des écosystèmes marins en Afrique de l'Ouest afin de générer des crédits carbone bleus de qualité, tout en renforçant la résilience des littoraux et des communautés locales.
Il est temps que la France, et en particulier sa façade méditerranéenne, s'engage résolument dans cette voie. La mise en place de projets locaux, portés par des collectivités, des ONG, ou des entreprises à mission, doit être encouragée dans le cadre des stratégies climatiques nationales.
Un premier pas a été franchi par la Fondation Elyx qui a annoncé à l'UNOC la labélisation de 32.000 crédits carbone, marquant une avancée symbolique mais structurante pour ce marché naissant. Cela montre que des standards crédibles et exigeants peuvent émerger.
Pour changer d'échelle, le développement du marché carbone bleu exige un cadre réglementaire clair et ambitieux, tant au niveau français qu'européen. Cela suppose une régulation renforcée, une méthodologie rigoureuse, une traçabilité exemplaire et un suivi scientifique indépendant — autant de garanties indispensables pour mobiliser durablement les acteurs économiques.
Le crédit carbone bleu n'est pas un luxe écologique. C'est un outil stratégique de financement de la transition, l'un des plus prometteurs à l'interface entre climat, biodiversité et développement.
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(*) Adeline Pilon est cofondatrice de la Fondation ELYX. Après un début de carrière dans la finance, elle œuvre désormais au développement d'outils financiers innovants pour soutenir la réalisation de l'Agenda 2030 à travers des actions environnementales, sociales et culturelles.
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