OPINION « Ne nous affichez plus : associez-nous »
Collectif (*)

Photo d'illustration
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Nous sommes des visages de la France, de toutes les origines et de toutes les religions, en situation de handicap, croyants, athées, de toutes les orientations sexuelles, nés ici ou ailleurs, issus des villes comme des campagnes, de la gauche, de la droite, du centre ou d'aucun bord.
Ce qui nous unit n'est pas notre identité, mais l'expérience commune d'être écartés des grandes questions de société, d'être tolérés, mais jamais considérés, entendus, mais rarement écoutés, affichés mais rarement choisis, en un mot d'être des faire-valoir.
Derrière la question de notre acceptation, c'est le regard porté sur toutes celles et tous ceux qui sont perçus comme des franges marginales de la population qui est en jeu.
Arrêtons l'instrumentalisation.
Nous refusons d'être des « minorités ».
Nous refusons ce mot usé jusqu'à la corde, qui rétrécit ce qu'il prétend nommer, qui nous isole, qui nous fragmente, qui nous empêche de faire force commune.
Nous sommes légions, et nous sommes là.
Dans les bureaux et les hôpitaux, dans les écoles et les laboratoires, les ateliers et les industries, les scènes et les conseils.
Nous sommes compétents, utiles, nous apportons à la société, et nous ne sommes pourtant rarement reconnus pour tels.
Et nous avons compris que la démocratie, ce n'est pas être reconnu pour ce qui nous différencie, mais pour ce qui nous relie.
Nous ne voulons pas d'un universalisme qui gomme nos réalités.
Nous voulons un universalisme qui les accueille, les reconnaît, les intègre.
Un universalisme de justice, pas de façade.
Et pourtant — écoutez bien — ce que nous voulons n'est pas un privilège : c'est un droit. Le droit de participer aux desseins de la nation, le droit de siéger à la grande table des décisions. Car ce pays est nôtre autant qu'à quiconque.
Alors que demandons-nous ? Rien que la justice. Rien que la reconnaissance de ce que nous sommes et de ce que nous faisons.
À chaque fois qu'elle le peut, la société sait nous rappeler que nous avons des devoirs. Sommes-nous à ce point des citoyens incomplets, quand elle oublie de tenir compte des droits qu'elle proclame être les nôtres ?
Nous ne voulons plus jouer les seconds rôles pour remplir l'office de la diversité.
Nous ne voulons plus être ceux qu'on consulte au détour d'un sondage, mais ceux avec qui l'on écrit, ligne après ligne, le grand livre du destin commun.
Nous ne voulons plus être relégués au décor, mais participer à l'œuvre.
Non pour dominer, mais pour co-construire.
Non pour paraître, mais pour être.
Non pour corriger l'image, mais pour façonner le réel, ensemble.
Nous ne voulons pas être affichés en tête, devant les autres.
Mais avec les autres, en têtes d'affiche.
Être une tête d'affiche n'est pas une fin en soi. Ce n'est pas occuper une place pour cocher une case ou pour faire illusion.
Être en tête d'affiche, c'est porter une vision. C'est proposer une autre manière de faire, de penser, de relier.
C'est assumer une responsabilité : celle de contribuer, de transformer, d'enrichir le débat démocratique avec des idées neuves, des expériences vécues, des voix trop longtemps tues.
La représentativité n'est pas un but, c'est un point de départ. Elle n'a de sens que si elle sert à créer de la valeur commune.
Ce que nous voulons, ce n'est pas être visibles pour être vus.
C'est être visibles pour agir.
Et si nous nous tenons aujourd'hui en tête d'affiche, c'est pour rappeler qu'une démocratie vivante commence là où chacun peut, vraiment, écrire la suite.
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