OPINION. « Transition écologique : changer de méthode, pas de priorité »
Coalition Territoires & Transitions

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À chaque nouvelle crise, le débat revient. Cette fois, elle prend la forme d'un dilemme dramatique : faut-il sacrifier les financements de la transition écologique sur l'autel du réarmement ? En d'autres termes, peut-on valablement opposer une priorité, et une urgence ?
C'est très douteux. À l'heure où l'Europe est aux prises avec des tensions géopolitiques extrêmement préoccupantes, il serait tentant de balayer les critères de durabilité, de suspendre nos ambitions climatiques et de rediriger tous les financements disponibles vers la défense. Cette tentation, aussi compréhensible soit-elle, repose sur une fausse alternative. Non, nous n'avons pas à choisir entre préparer l'avenir et protéger le présent. Entre transition écologique et protection de notre souveraineté. Elles doivent être pensées ensemble — car elles sont, en fait, indissociables.
Notre souveraineté ne se mesure pas seulement à notre capacité à défendre nos frontières, mais aussi à produire notre propre énergie, à préserver notre biodiversité, à développer une industrie performante, sobre et résiliente, à renforcer nos territoires. La sécurité immédiate n'a de sens que si elle nous permet d'assurer un avenir durable.
En conséquence, il est fondamental d'éviter des arbitrages binaires entre causes également vitales. De ne pas tomber dans la logique du "ou", mais de penser en termes de "et". Ce qui manque aujourd'hui, ce n'est pas la volonté d'agir. C'est la méthode. Ce n'est pas la hiérarchie des priorités. C'est la manière dont nous pensons leur financement.
Et dans ce domaine il est évident que l'État ne peut plus tout financer. Et surtout, il ne peut plus tout, tout seul. La transition écologique comme la reconstruction de notre appareil de défense ne peuvent dépendre uniquement de lois de finances ou d'impôts nouveaux. Il serait vain de faire croire que chaque crise appelle un nouvel effort budgétaire public et généralisé.
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La bonne nouvelle, c'est qu'une autre voie existe. Une voie qui ne passe pas forcément par davantage d'argent public, mais par une mobilisation intelligente, plus souple, plus territoriale et plus partenariale des ressources disponibles. Cette voie, ce sont des mécanismes déjà éprouvés, à l'échelle locale comme européenne, qu'il suffit de sélectionner puis d'amplifier, de structurer et de partager.
À titre d'illustration, en Ille-et-Vilaine, une coopérative locale produit et partage de l'électricité solaire entre entreprises et collectivités. En Allemagne, les PME bénéficient de financements ciblés pour décarboner leur production. En Angleterre, un marché des crédits biodiversité permet d'aligner création de valeur et préservation des écosystèmes.
Ces exemples ne sont pas des théories : ils existent et ils fonctionnent. Et ils prouvent qu'il est possible de construire des transitions concrètes, acceptables, finançables, sans alourdir la dépense publique.
La Coalition Territoires & Transitions s'en fait le relais en recensant plusieurs leviers à portée de main : un recours facilité aux contrats d'achat d'énergie (PPA), qui permettent aux collectivités et aux entreprises de s'engager sur le long terme dans la transition énergétique ; le développement du financement participatif pour associer les citoyens aux projets de leur territoire et en favoriser l'acceptabilité; la capacité donnée aux collectivités de flécher des ressources locales vers leurs propres infrastructures...
Tous ces outils existent. Ce qu'il manque, c'est la mobilisation politique, voire l'imagination nécessaire pour détecter et faire essaimer ce qui a fait la preuve de son efficacité, pour s'inspirer ici de ce qui est fait là. Et pour encourager la mise au point de ces solutions devenues indispensables, il faut plus que jamais faire confiance aux territoires, encourager l'ingéniosité locale et les solutions venues du terrain.
Le temps est venu de co-construire des réponses durables avec tous les acteurs concernés : État, collectivités, entreprises, citoyens.
Changer de méthode, ce n'est pas renoncer à l'action publique. C'est lui donner les moyens de durer. Et c'est, surtout, refuser de choisir entre l'essentiel et l'indispensable.
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(*) Signataires (Membres de la Coalition Territoires & Transitions)
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