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OPINION. « Véhicules électriques : ne reproduisons pas l’erreur de la Norvège »

Vianney Devienne

Publié le 06 avril 2025 à 06:43

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OPINION. Avec l'interdiction de vente des véhicules thermiques en 2035, la France et l'Europe doivent électrifier leur parc électrique à vitesse grand V. Une transition qui a déjà été opérée en Norvège, très en avance sur le marché du véhicule électrique. Que peut-on apprendre de notre voisine d'Europe du Nord ? Par Vianney Devienne, Directeur général de la branche française de Zaptec

Avec une part de marché de 80% des véhicules neufs en 2024, la Norvège a pris d'avance le reste du monde en matière d'adoption des véhicules électriques. Dès 2025, soit 10 ans avant l'Union européenne, toutes les voitures neuves vendues dans le pays devront être propres (électriques ou à hydrogène). À titre de comparaison, aujourd'hui en France, la part de marché des immatriculations de véhicules électriques est de 25% - soit le stade atteint par la Norvège en... 2015.

Aux racines de ce succès, un débat citoyen présent dès les années 1990, puis une série de mesures incitatives mises en place par l'État. Incitation à l'achat, tout d'abord : les véhicules électriques sont exemptés de taxe (taxe d'importation, TVA), tandis que les véhicules thermiques (essence ou diesel) ont été lourdement taxés. Mais la Norvège a été plus loin, avec des politiques d'incitation à l'usage pour les véhicules électriques : gratuité des péages et des parkings (jusqu'en 2017), transport gratuit par ferry (jusqu'en 2018), autorisation d'utiliser les voies de bus... Ces mesures incitatives ont joué un rôle important dans l'adoption massive de la voiture électrique par les Norvégiens. Elles expliquent pourquoi aujourd'hui, le pays a 10 ans d'avance sur le reste du monde en ce qui concerne la mobilité électrique.

Quel défi pour le marché français ?

En ce qui concerne le marché français, la part de véhicules électriques progresse chaque année. Cette croissance est amenée à accélérer : afin de respecter l'Accord de Paris sur le climat, la vente de véhicules thermiques neufs sera interdite dans l'Union européenne dès 2035.

Le parc automobile électrique sera ainsi multiplié par 10, passant de 1,6 millions de véhicules électriques aujourd'hui, à 18 millions en 2035. Leur recharge consommera 40 TWh d'électricité, soit 6% de la consommation française. Comment gérer efficacement ces nouveaux pics de consommation électrique ? Car on peut aisément imaginer que tous les véhicules seront mis en charge aux mêmes moments de la journée (lorsque le conducteur arrive au travail ou rentre à son domicile le soir).

C'est cet aspect qu'il nous faut anticiper dès aujourd'hui. La technologie de pilotage tarifaire est déjà accessible à tous, entreprises comme particuliers : l'utilisateur branche son véhicule à la borne, et la charge ne se déclenche qu'aux heures creuses, là où la demande en électricité est moins forte.

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Demain, nous pourrons aller encore plus loin avec des technologies vehicule-to-grid. Imaginons qu'un conducteur branche son véhicule électrique à une borne de recharge dans le parking de son entreprise. Une fois connectée au réseau électrique, la voiture pourra se recharger... ou, à l'inverse, réinjecter son électricité dans le réseau, lors d'un pic de demande en énergie. Multiplié par les millions de véhicules disponibles, ce système permettra d'équilibrer le réseau électrique, tout en faisant réaliser des économies aux utilisateurs, puisque l'injection d'énergie depuis le véhicule sera évidemment rémunérée.

Cette technologie, encore balbutiante en France, est déjà testée chez certains de nos voisins - aux Pays-Bas ou encore au Danemark. Elle implique d'adopter une vision long-terme pour installer aujourd'hui des bornes de recharge intelligentes, qui pourront évoluer demain. Or, le premier réflexe est souvent de voir la borne comme une simple prise électrique, et de choisir un modèle basique et bon marché.

Adopter une vision long-terme pour ne pas reproduire l'erreur que la Norvège paye aujourd'hui

Une fois de plus, on peut se tourner vers la Norvège qui constitue un véritable laboratoire d'observation en la matière : les bornes se sont multipliées de façon non concertée. À défaut d'avoir anticipé le passage à l'échelle du marché, le pays se retrouve aujourd'hui avec un réseau de bornes de recharge insuffisant. Il est peu performant (peinant à faire face aux pics de consommation) ; mal dimensionné (les véhicules font la queue pour accéder à 3 ou 4 bornes de recharge, quand il faudrait de gros hubs avec des dizaines de places) ; morcelé entre de multiples opérateurs, et autant d'abonnements, applications mobiles et modalités de paiement différentes.

À l'heure où les propriétaires tertiaires doivent électrifier 5% de leurs places de parking, et où la question des bornes de recharge commence à se poser dans les copropriétés, il est grand temps de prendre de la hauteur : si nous voulons que nos bornes de recharge soient encore utilisables dans 5 ans, il faut penser dès aujourd'hui le marché de l'énergie de demain. Et pour cela, choisir des bornes connectées et évolutives, tout en concevant des infrastructures dimensionnées pour les besoins de 2035. Gestionnaires de réseaux électriques, entreprises, copropriétés, exploitants publics de bornes de recharge : une réflexion concertée doit se mettre en place entre tous les acteurs, pour assurer demain un usage efficient et performant du réseau électrique.

Comme on dit en norvégien :  Bedre føre var (enn etter snar)* !

*Mieux vaut prévenir que guérir !

Vianney Devienne

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