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Infrastructures - La Tribune Bordeaux

Stade Matmut Atlantique : les pertes nettes atteignent désormais 13,6 M€

Pierre Cheminade

Publié le 25 novembre 2019 à 14:15 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:14

Le stade Matmut Atlantique

Le stade Matmut Atlantique

Thomas Sanson / Ville de Bordeaux

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pour la 4e année consécutive, SBA, l'exploitant du stade Matmut Atlantique, à Bordeaux, enregistre un résultat largement négatif. Les pertes nettes cumulées atteignent désormais 13,6 M€ depuis la mise en service de l'enceinte sportive mi-2015. Pour y remédier, trois pistes sont identifiées par le commissaire aux comptes : réduire les coûts, augmenter les recettes... et renégocier le contrat avec Bordeaux Métropole.

Les années passent et se ressemblent pour le stade Matmut Atlantique de Bordeaux. L'an dernier à la même époque, SBA indiquait tabler sur une perte de "seulement" -1,02 M€. Mais les prévisions de la filiale de Fayat et Vinci, qui exploite le stade pour le compte de Bordeaux Métropole jusqu'en 2045, sont toujours aussi fantaisistes. Les résultats présentés aux élus métropolitains fin octobre enregistrent un nouveau résultat net négatif de -3,04 M€ en 2018. C'est certes une "amélioration" de 9,1 % par rapport aux pertes de 2017 (-3,34 M€) mais c'est surtout un dépassement de -198 % de l'objectif prévisionnel.

Un personnel 16 fois plus coûteux que prévu

D'autant que, comme le rappelle Agnès Versepuy, vice-présidente de Bordeaux Métropole et maire du Taillan-Médoc, dans son rapport sur le sujet, "le résultat net est déficitaire depuis le début du contrat (-13,6 M€) et bien au-delà des prévisions (-4,6 M€), soit un écart défavorable de 9 M€".

Modèle financier et résultat du stade Matmut Atlantique SBA Bordeaux
Photo d'illustration (Crédits : Bordeaux Métropole)

Comparaison du résultat net réalisé par SBA, en bleu, et du résultat net prévu par SBA, en rouge (crédits : Bordeaux Métropole). Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

"La structure financière de SBA demeure en-deça des prévisions annexées au contrat, du fait d'un chiffre d'affaires de 4 % inférieur et d'une sous-évaluation des charges d'exploitation (-18 %), notamment des charges de personnel", conclut le rapport établi par les services de Bordeaux Métropole. Les charges de personnel atteignent désormais 1,3 M€, (+3,6 % sur un an) pour 17,6 équivalents temps plein (ETP) contre 16,4 ETP en 2017. "Il faut relever l'écart entre le réel et le modèle financier prévoyant 80.000 € de charges de personnel, soit des dépenses en ETP bien supérieures à celles annoncées dans la réponse à la candidature retenue". Le réel est en effet plus de seize fois supérieur au prévisionnel !

Un gros entretien 11 fois plus coûteux que prévu

S'y ajoute un très fort décalage entre les dépenses de gros entretien renouvellement (GER) effectivement réalisées et les montants prévus. Sur 2015-2018, le dépassement est déjà conséquent (541.000 € réalisés contre 300.000 € prévus) mais devrait encore s'accroître  pour 2019 par rapport aux prévisions : 619.000 € contre 57.000 € prévus au contrat, soit un montant onze fois supérieur ! "Cette augmentation des dépenses en 5e année d'exploitation semble disproportionnée pour un équipement neuf. Elle met en tout cas en lumière un écart important entre le plan théorique construit en 2011 et la réalité de la phase d'exploitation", constate Bordeaux Métropole

Du côté des recettes, ce n'est pas vraiment plus satisfaisant. En 2018, le stade a accueilli 31 manifestations sportives et culturelles, dont 26 matchs des Girondins, et seulement cinq de son initiative propre : deux matches de rugby de l'UBB, deux matchs de foot (la finale de la Coupe de la ligue et une rencontre de ligue 2) et le concert des Guns N' Roses. Le chiffre d'affaires s'établit à 18,6 M€, soit une baisse de 11,8 % par rapport aux 19,7 M€ de 2017, principalement due à la baisse des recettes issues des grands évènements (un seul grand concert contre deux en 2017) mais aussi des évènements d'entreprises. SBA a en effet accueilli plus d'évènements d'entreprises - 105 contre 99 en 2017 regroupant près de 25.000 personnes - mais moins rémunérateurs avec seulement 1,4 M€ de recettes (-6,5 % sur un an).

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Quelles perspectives pour 2019 et au-delà ?

Du point de vue de la collectivité, la principale conséquence financière pour l'instant est l'absence de recettes additionnelles partagées. Le contrat avec SBA prévoit en effet qu'au-delà d'un certain seuil de recettes nettes garanties (4,6 M€ en 2018), les gains supplémentaires sont partagés entre Bordeaux Métropole (60 %) et SBA (40 %). Mais "en 2018, comme depuis 2015, la marge dégagée par les activités reste inférieure aux recettes garanties versées à Bordeaux Métropole. Il n'y a donc pas de recettes additionnelles partagées versées par SBA depuis la mise en exploitation", regrette la Métropole. Celle-ci déplore en outre que le niveau de marge réalisé par SBA manque de transparence... tout particulièrement pour les prestations facturées aux filiales des deux co-actionnaires que sont Fayat et Vinci :

"Les flux intra-groupes, qui correspondent aux facturations réciproques entre SBA et les groupes de ses actionnaires, représentent 3,38 M€ en 2018. Il s'agit, d'une part, des achats et charges externes (3,090 M€, soit 27 % de ce poste) et, d'autre part, des intérêts de rémunération de comptes courants (291.000 €). A ce jour, le taux de marge appliqué sur ces flux est inconnu de Bordeaux Métropole."

A noter que ces facturations intra-groupes sont d'un montant supérieur aux pertes enregistrées par SBA ce qui permet de largement relativiser l'impact réel de son déficit sur ses deux actionnaires.

"Les frais d'exploitation se révèlent très supérieurs à ce qui était anticipé initialement, créant un déséquilibre avec le montant des redevances versées à la collectivité. Les mesures de réduction des coûts et de développement des recettes, mises en œuvre en 2018 n'ont pas pu permettre de résorber ce déséquilibre en 2018", confirme SBA dans l'annexe fournie au commissaire aux comptes, rappelant au passage que pour faire face à ce déficit, un nouvel apport de 1,5 M€ a été versé par les deux actionnaires de SBA en 2018.

Renégocier les termes du contrat ?

Pour 2019, le modèle financier initial prévoit un résultat net négatif de -834.000 € tandis que le 1er exercice à l'équilibre n'est prévu, en théorie, que pour 2024. En pratique, la date devrait être bien plus éloignée. SBA s'est engagée à transmettre à Bordeaux Métropole "au mois de novembre" ses prévisions actualisées pour 2019. Les services de la collectivité n'ont rien reçu à ce stade. En attendant, même si deux grands concerts ont eu lieu en 2019 (Ed Sheeran et Muse), le rapport rédigé par SBA et transmis au commissaire aux comptes de l'entreprise affirme clairement que "la résorption du déficit de SBA reposera sur la capacité de la société à poursuivre ses efforts de réduction de coûts et de développement de recettes et à renégocier le contrat d'exploitation du stade avec les collectivités."

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Un constat qui a le mérite d'être clair alors que se profile pour mi-2020 la première clause de révision quinquennale prévue au contrat. Celle-ci permet aux deux parties concernées, SBA et Bordeaux Métropole, "d'examiner ensemble les conditions d'exploitation du Nouveau Stade et adapter, si nécessaire, le contrat aux évolutions constatées". SBA pourra y "proposer toute modification jugée utile à la réussite ou à l'optimisation du projet". Mais face au refus des élus de renégocier le contrat de partenariat, formulé à plusieurs reprises l'an dernier par Alain Juppé puis par ses successeurs à la mairie Nicolas Florian et à la métropole Patrick Bobet, les discussions s'annoncent compliquées. Ce sera l'un des premiers dossiers chauds du futur maire de Bordeaux et/ou président de Bordeaux Métropole après les élections municipales de mars 2020.

Pierre Cheminade

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