Avant de détourner l'eau d'un fleuve pour en sauver un autre, il faut tout miser sur les solutions locales et écologiques. Voilà le message adressé par les élus locaux au sujet de l'étude de dérivation de la Dordogne vers la Charente.Il est encore temps de sauver les rivières face aux crues et aux sécheresses. Dans les Charentes, les élus y croient dur comme fer et l'ont démontré ce 1er avril. Réunis à Barbezieux en Charente, les présidents des deux départements charentais et de la région Nouvelle-Aquitaine, accompagnés de l'Agence de l'eau, ont baptisé un démonstrateur pour faire connaître les bonnes initiatives de renaturation, dépollution ou préservation des cours d'eau déployées sur ce bassin versant.
L'occasion aussi de réagir à l'étude de détournement d'eau de la Dordogne pour réalimenter la Charente, révélée il y a une semaine par La Tribune. Un projet colossal sur 200 kms à plusieurs centaines de millions d'euros. L'infrastructure servirait à combler le déficit d'eau attendu sur la Charente à horizon 2050, qui ne pourra être résolu avec les seules actions locales tant que les usages de l'eau restent surdimensionnés.
« Si on devait réaliser cette solution, ce serait un aveu d'échec du démonstrateur que l'on présente aujourd'hui », qualifie Alain Rousset, président (PS) de la région Nouvelle-Aquitaine. Les actions locales déjà déployées doivent résorber 40 à 50 millions de m3 de déficit sur le bassin du fleuve Charente. Reste 30 millions à combler, potentiellement grâce à la Dordogne. Un projet qui n'est qu'au stade d'étude rappelle l'élu : « Il est de notre devoir d'anticiper, dans les grands temps qui viennent, ce qu'il va se passer demain. »
Un chantier inabordable ?
Les conclusions sont attendues cet été. Mais déjà, la possibilité d'un transfert d'eau entre bassins versants éloignés ne déplaît pas aux départements des Charentes, eux qui veulent à tout prix maintenir le niveau des activités agricoles et touristiques, cruciaux pour leurs économies. « Pouvoir se parler entre présidents de départements est important. On ne s'interdit rien, c'est cela qu'on veut dire à travers ces projets. On est face à une pénurie d'eau alors on se demande comment travailler ensemble pour solutionner ce problème », concilie Sylvie Marcilly, présidente (Horizons) du conseil départemental de Charente-Maritime.