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Smart Cities : Just plug and play

Camille Nagyos

Publié le 12 juin 2012 à 08:46 - Mis à jour le 18 février 2014 à 13:21

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Face aux enjeux énergétiques auxquels seront confrontées les villes du futur, des marchés s’ouvrent, des acteurs se positionnent, le lobbying s’organise. Au cœur des nouvelles expérimentations : les smart grids, ou réseaux électriques intelligents.

Pas la peine de chercher de définition officielle de la "Smart City", elle n'existe pas. Pourtant, ce concept cristallise aujourd'hui des enjeux politiques, économiques et stratégiques extrêmement forts. Apparu vraisemblablement au milieu des années 2000, le terme "Smart City" désigne littéralement une "ville intelligente" qui aurait la capacité de s'auto adapter à la vie de ses habitants, de ses institutions et de ses entreprises grâce aux nouvelles technologies (NTIC). Dans cette ville du futur idéale, chacun des éléments de la chaine énergétique serait mis en cohérence afin de mieux consommer.

Révolution

Mais à quelle fin ? Les règlementations mondiales et européennes liées au réchauffement climatique comme l'objectif des "trois fois vingt" bouleversent progressivement le paysage énergétique et ouvrent de nouveaux marchés : réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au niveau de 1990, amélioration de 20 % en matière d'efficience énergétique et part des énergies renouvelables dans la consommation totale d'énergie augmentée à 20 % d'ici à 2020. "Le concept n'est pas tout à fait nouveau, relativise Nouredine Hadj-Said, professeur à Grenoble INP et chercheur au sein du Laboratoire du Génie Electrique de Grenoble. Avant, on parlait plus facilement de ville durable. Aujourd'hui, beaucoup d'acteurs traditionnels de l'énergie et d'industriels des NTIC voient dans ce concept des relais de croissance extrêmement intéressants. La preuve, c'est que tous se sont dotés d'un service dédié", assure-t-il. Car le marché est colossal : en France, il atteindrait facilement plusieurs milliards d'euros avec des acteurs incontournables comme EDF, RTE, GDF, Schneider, Alstom mais aussi Orange, Alcatel, Sagem, HP, Microsoft, IBM ou Sisco.

Lobbying omniprésent

Face à ces nouveaux enjeux au sein desquels le lobbying et les pressions de la part des groupes industriels sont omniprésents, les villes s'organisent. A l'image du Grand Lyon qui travaille depuis neuf mois à bâtir sa propre stratégie autour de la "ville intelligente". "L'apparition de ce concept inventé par les industriels a bouleversé les relations entre la collectivité et l'entreprise", analyse Jean-Philippe Hanff, délégué général au Développement économique et international au Grand Lyon. Car pour expérimenter ces nouvelles technologies, les groupes industriels sont contraints de s'appuyer sur des données récoltées en partie par les collectivités. De fait, ces dernières deviennent alors co-concepteur du projet. "Sur ces marchés émergents, la relation entre donneur d'ordre et sous-traitant est plus égalitaire que lorsque la collectivité passait un simple marché public", poursuit Jean-Philippe Hanff.Pour le Grand Lyon, cette feuille de route pilotée - et ce n'est pas un hasard - par le service du développement économique et international prend également des allures de stratégie marketing. "Elle vise en partie à positionner Lyon parmi les principales métropoles européennes qui explorent les pistes de la ville de demain. Il y a évidemment un enjeu très fort de compétition et de compétitivité entre les différentes villes sur ces sujets", admet le délégué général. C'est ainsi qu'à l'image d'Amsterdam qui a déjà commencé à communiquer sur le sujet, Lyon compte bien faire savoir qu'elle deviendra, elle aussi, une "Smart city" dans les prochaines années. Le Grand Lyon devrait dévoiler officiellement cette feuille de route au cours du deuxième semestre 2012.

Un programme à 400 millions d'euros

Car pour l'heure, si la "Smart City" semble au centre de toutes les préoccupations, les réponses technologiques n'ont pas encore envahi notre quotidien. Concernant l'énergie - l'un des principaux piliers du concept - seuls les réseaux de distribution d'électricité dits "intelligents" ou Smart grids, sont aujourd'hui en phase d'expérimentation ou de démonstration. Il existerait une dizaine de projets en cours en Rhône-Alpes. Parmi les plus importants, on compte GreenLys, qui vise à équiper les foyers des villes de Lyon et de Grenoble d'un nouveau type d'installation électrique intelligent capable de répondre aux enjeux du Grenelle de l'environnement, ou le projet NEDO . Considérée comme l'une des villes pilotes en France sur ces sujets, Grenoble travaille depuis 2008 sur un programme baptisé ÉcoCité. Financé en partie par le ministère de l'écologie dans le cadre des investissements d'avenir, le projet a pour principale vitrine Grenoble Presqu'île, un nouveau quartier imaginé par l'architecte et urbaniste Claude Vasconi. Au total, 400 millions d'euros seront investis durant les dix prochaines années pour tester les technologies de demain. Un quart de ces investissements sera dédié aux problématiques énergétiques. "L'objectif à horizon 2016 est non seulement d'alimenter la totalité du quartier grâce à des énergies renouvelables, mais aussi de pouvoir obtenir un excédent", assure Xavier Normand, directeur des projets urbains à la Ville de Grenoble et en charge des questions énergétiques au sein du programme ÉcoCité. Le projet prévoit ainsi l'installation de nombreux panneaux photovoltaïques mais aussi la construction d'une micro centrale hydraulique, d'une centrale de cogénération biomasse et la récupération d'énergie sur le réseau d'assainissement. Là encore, toutes les actions sont montées en partenariat avec des industriels à l'instar de Schneider Electric, d'Atos, de Renault, de la SNCF ou d'EDF qui financent près des deux tiers du programme. "L'industrie a besoin de ce type de programmes pour tester leurs innovations à grande échelle. Mais aussi pour créer une filière qui n'existe pas pour le moment", précise Xavier Normand.
Reste à savoir si toutes ces nouvelles technologies suffiront à relever le défi climatique et à atteindre les objectifs fixés. Pour Jean-Louis Brunet, président de H3C-énergies, un cabinet grenoblois de conseil et de service en efficacité énergétique "la réponse technologique n'est pas la seule et pas obligatoirement la bonne. Avant de gérer les consommations de manière intelligente, il est nécessaire de les réduire en agissant sur les habitudes des consommateurs et en développant les énergies renouvelables", insiste-t-il. Or à ce jour, les énergies renouvelables (hors hydraulique) ne représentent que 2 % de la puissance installée en France. Quant aux Smart grids, ils sont d'abord chargés de réguler l'offre et la demande d'électricité, et non d'agir sur la réduction de la consommation…     



Quels sont les marchés de l'énergie qui s'ouvrent aux villes intelligentes ?

On considère que le concept de Smart City a ouvert la voie à trois principaux marchés en France. D'abord, le Smart Home, que l'on pourrait assimiler à la domotique, vient compléter les services offerts par les fournisseurs d'énergie. Cette technologie permet au consommateur de piloter l'ensemble de ses installations électriques de manière centralisée grâce à un boitier sophistiqué. "Ce marché concerne principalement les acteurs de l'industrie électrotechnique qui se sont diversifiés vers les NTIC. A l'image de Schneider Electric ou de Delta Dore par exemple", détaille Matthieu Terenti, chef de projet Smartgrids chez ERDF. Au stade de la démonstration, ces projets n'ont pas encore vraiment trouvé leur clientèle. Principal frein : les prix bas de l'énergie qui ne favorisent pas le développement du marché pour le moment. Ensuite, le compteur communicant permet à la fois d'observer les consommations et la production d'électricité en temps réel. Le principal gestionnaire de réseaux a énormément investi ces dernières années sur cette technologie. ERDF a ainsi engagé 4,5 milliards d'euros sur son compteur intelligent Linky. Problème : sa généralisation dans les 35 millions de foyers français validée en janvier par le gouvernement a été stoppée par l'association UFC Que Choisir qui a saisi le Conseil d'État. Le motif ? Ce compteur ne répondrait pas aux normes européennes et ne remplirait pas son objectif principal : la maitrise des consommations d'énergie. Ce recours s'inscrit dans la droite ligne des revendications de l'association qui demande que Linky soit gratuit pour le consommateur.
Enfin, le marché de l'effacement énergétique devrait prendre de l'importance dans les années à venir. "Cette technologie, qui consiste à réguler la demande en jouant directement sur la consommation des abonnés, nécessite de couper momentanément leur source d'énergie afin de d'éviter des surconsommations" explique Pierre Juliet, délégué général du pôle Tenerrdis. Elle est actuellement commercialisée par quelques acteurs comme Energy Pool qui agit uniquement auprès de l'industrie. Du côté des particuliers, le marché est encore quasi inexistant. Mais la décision du Conseil d'Etat l'an dernier pourrait le booster fortement. Celui-ci avait annulé la délibération de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) du 9 juillet 2009 qui imposait aux opérateurs d'effacement diffus comme Voltalis de rémunérer les fournisseurs d'électricité. CN





Les acteurs régionaux réclament de la stabilité dans la politique énergétique

Première région énergétique d'Europe, Rhône-Alpes scrute les réformes annoncées au niveau du mix énergétique national. Souhaitant anticiper et peser sur ces nouvelles orientations, les acteurs économiques s'organisent et fixent déjà un cap.

Avec une production bien plus élevée que la moyenne des autres régions, Rhône-Alpes assure bon an mal an 17,2 % de la production énergétique française, mais plus de 20 % de la production nationale d'origine nucléaire. Et se place aussi au rang de première région énergétique à l'échelle européenne. "La production d'énergie en Rhône-Alpes est largement dominée par la production d'électricité d'origine nucléaire, qui varie en fonction du taux de disponibilité des centrales, et en fonction des périodes de maintenance et/ou d'arrêt volontaires, résume Pierrick Yalamas, pour l'OREGES, l'Observatoire de l'énergie et des gaz à effet de serre Rhône-Alpes. La différence entre le total d'énergie primaire et la production d'électricité est due aux énergies renouvelables électriques (principalement l'hydroélectricité), thermique (spécialement le bois-énergie) ou au fonctionnement de centrales à combustible classique au gaz et au charbon". Productrice de premier rang, Rhône-Alpes est également une importante consommatrice d'énergie. Elle engloutit chaque année plus de 10 % des consommations énergétiques françaises. Le reflet des richesses naturelles rhônalpines et la présence de quatre sites nucléaires expliquent pour beaucoup la position régionale en matière de production et le dynamisme économique éclaire la forte propension consommatrice du territoire. Mais au-delà du portrait des productions et des consommations énergétiques, le secteur est surtout une richesse économique et sociale d'importance. C'est pourquoi à l'aube de réformes massives annoncées par le nouvel exécutif national et appelées à modifier le paysage énergétique national, les acteurs locaux sont sur le qui vive. Seule la Région Rhône-Alpes, sollicitée par Acteurs de l'économie, refuse pour l'heure de s'exprimer sur ce sujet. Le CESER (Conseil économique et social environnemental) annonce ainsi un grand débat sur ce thème en octobre prochain. Le Medef Rhône-Alpes entend notamment y prendre une large place.

La défense d'un savoir-faire

Pour ces acteurs, il s'agit notamment d'anticiper les éventuelles conséquences d'une modification du poids des ressources énergétiques sur l'économie locale. "Rhône-Alpes est la première région énergétique d'Europe. La région dispose d'un réseau d'entreprises qui contribue à la fabrication des éléments de construction de barrages et centrales nucléaires. Nous disposons ici d'une spécificité énergétique que nous voulons mettre en avant", défend Bernard Gaud, président du Medef Rhône-Alpes, précisant que pour lui, "le nucléaire n'est pas une fin en soi, mais qu'il se trouve qu'à ce jour, en dehors de l'hydraulique, c'est l'énergie permanente la moins polluante et la moins chère". Au CESER, son président Bruno Lacroix, souhaite également mettre à profit le grand débat énergétique qu'il organise pour aborder ces questions économiques. "A priori, le parc nucléaire de la région devrait être stabilisé, donc l'activité en lien avec cette production devrait être maintenue. Il en va de même pour l'hydroélectricité. En revanche, le recours aux énergies renouvelables devrait s'accentuer puisque nous allons vers une stabilité des productions nucléaires et hydroélectriques. Or même si les prévisions de consommation font état d'une atténuation des hausses observées ces dernières années, nous aurons tout de même besoin de davantage d'énergie. Il convient donc de s'interroger sur la capacité du pays à donner un coup de pouce permettant de structurer la filière des énergies renouvelables et d'amener les entreprises à un meilleur niveau de compétitivité", analyse le président du CESER. Un enjeu de taille pour la région, en pointe en matière de solaire thermique et de petite et micro hydraulique, dont respectivement 18 % et 19 % des productions nationales sont issues de Rhône-Alpes. Un enjeu également évident pour les entreprises du secteur, au premier rang desquelles figurent Photowatt - sauvée de justesse par EDF - et Evasol, en redressement judiciaire depuis fin mars, deux acteurs majeurs du photovoltaïque.

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Agir sur le long terme et maitriser les consommations

Face à ces interrogations, les acteurs locaux plaident pour une visibilité à long terme. "Lorsque l'on parle énergie, il est nécessaire d'avoir un consensus qui ne soit pas régulièrement remis en cause par les échéances électorales. Inverser un mix énergétique prend au bas mot une cinquantaine d'années, les opportunités à courte vue n'ont pas leur place en matière de politique énergétique", estime Daniel Blanc Brude, syndicaliste CGT et président de la commission "Développement durable" du CESER. Au Medef, on estime également nécessaire de prendre le temps de développer la recherche sur les énergies renouvelables avant d'envisager de modifier le mix énergétique national. "Il ne faut pas toucher au modèle économique tel qu'il est aujourd'hui tant que l'on n'a pas trouvé de solution énergétique à niveau de coût équivalent à celui du nucléaire", martèle Bernard Gaud. Reste une action qui fait consensus : la maîtrise des consommations, dont les résultats viendront pour beaucoup des performances des nouveaux bâtiments. Le Grenelle de l'environnement a enclenché un processus salué par tous les acteurs locaux, même si, tempère Bruno Lacroix, "les consommations énergétiques seront certainement bien maîtrisées dans les bâtiments neufs. On peut donc espérer des effets tangibles du Grenelle de l'environnement à horizon d'une dizaine d'années. En revanche, il reste encore beaucoup à faire sur les rénovation de bâtiments existants". A la veille du débat national sur la transition énergétique, les acteurs rhônalpins font donc bloc pour pouvoir peser sur les prochaines orientations et défendre les atouts locaux. "Nous attendons des politiques qu'ils nous laissent faire, qu'ils nous aident à développer la recherche dans les nouvelles énergies compétitives et de masse, et qu'ils ne leurrent pas la population sur des prétextes idéologiques", conclut le président régional du Medef. Françoise Sigot




Lumière sur le coût de l'électricité

Le Sénat a lancé une commission d'enquête sur le coût réel de l'électricité. Etape sur le site technologique de Savoie Technolac, avec comme objectif d'étudier les alternatives à l'énergie nucléaire.

La mission consiste à déterminer sur quels acteurs économiques reposent les coûts réels de l'électricité afin d'éclairer les choix énergétiques français dans les années à venir. Une commission composée de 21 membres, dont Jean-Pierre Vial, sénateur UMP de la Savoie, a été créée en février 2012 à l'initiative du groupe des écologistes du Sénat. Pendant trois mois, cette commission a auditionné les acteurs
du secteur, et procédé à un tour de France de diverses installations nucléaires, photovoltaïques, hydrauliques et éoliennes. "La Cour des comptes a vérifié le coût du nucléaire au cours d'un travail qui a mobilisé 4 personnes pendant un an, précise Jean Desessard, sénateur écologiste de Paris et rapporteur de la commission. Nous voulions faire ce travail dans les autres filières pour comparer, et vérifier des incertitudes de la Cour des comptes notamment relatives au coût du démantèlement des centrales nucléaires."
La France, rappelle la commission, est l'un des pays européens où l'électricité est la moins chère : le particulier paie en effet le mégawatt-heure 138 euros, toutes taxes comprises, pour une moyenne européenne de 189 euros. Cependant, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a prévu une augmentation des prix de l'ordre de 30 % d'ici 2 016 (dans le cadre de la législation actuelle), inéluctable en raison de la nécessaire modernisation des réseaux. 22 réacteurs devraient arriver en fin de vie en 2022, la durée de vie des centrales étant de 40 ans. D'après la Cour des comptes, il faudrait construire 11 EPR (European Power Reactor) pour les remplacer, si bien entendu, les choix politiques se portaient sur le nucléaire. Or la construction d'une telle centrale de dernière génération coûte aujourd'hui 6 milliards d'euros. "Il est faux de penser que les EPR suivants reviendraient moins cher. L'accident de Fukushima conduit à renforcer la sécurité, ce qui engendre des coûts supplémentaires", affirme Jean Desessard.
La commission a étudié avec intérêt l'offre des autres filières pour en conclure que le coût de l'éolien terrestre était aujourd'hui à parité avec celui du nucléaire, et que le photovoltaïque, s'il est plus cher à ce jour, sera compétitif dans quelques années. "Dans cinq ans, le solaire sera au même prix que le nucléaire", assure Vincent-Jacques Leseigneur, directeur de l'Institut national de l'énergie solaire (INES). Sylvie Martinotti


Camille Nagyos

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