Sur les quais du canal réservés du port, à quelques centaines de mètres de l'océan Atlantique, la mutation industrielle de Boston s'incarne. Ville de labeur et de savoir (Harvard, MIT), la capitale du Massachusetts est aujourd'hui l'un des écosystèmes les plus innovants au monde. Le rapport Compass, autorité dans le domaine, le classait en 2015 à la 4e place mondiale. Pionnier de la fondation de l'Amérique, ce territoire est en perpétuelle évolution tout en conservant une tradition qui remonte à 1630, année de sa fondation. Laboratoires, accélérateurs, startups et grands comptes donnent la météo des innovations mondiales, particulièrement dans les domaines des cleantechs et des biotechs.
Sous la neige de février, une vingtaine de startups, majoritairement françaises, ont investi l'un des lieux les plus emblématiques de l'écosystème bostonien : le MassChallenge. Cet accélérateur, des milliers de m² hébergés dans un ancien dépôt industriel, se targue d'avoir généré plus de 1,6 milliard de dollars de levées de fonds, engendré environ 500 millions de dollars de bénéfices et d'être à la source de la création de 6 500 emplois.
Présentes dans le cadre du deuxième Bootcamp du programme Big Booster, un concours organisé par Lyon et Boston, les jeunes pousses, certaines avec déjà une belle expérience et des résultats, suivent des modules intenses. Le but ? Renforcer leur modèle et s'ouvrir au marché et à la culture américaine.
Parmi les bases, l'art du pitch. Ce discours court et percutant qui doit permettre à l'entrepreneur de vendre son concept. Ici, les mentors ont imposé aux jeunes stagiaires de raconter leur projet en une minute. Une petite révolution pour les bavards français :
Tim Saumet, cofondateur de la startup lyonnaise Tilkee.
Cet exemple démontre un trait de caractère du business américain : le pragmatisme et l'efficacité, que les mentors souhaitent transmettre aux jeunes pousses. "Cette expérience nous apprend une autre approche", explique Natacha Robert, la vingtaine, co-dirigeante de la startup Izicréa, qui propose un patron numérique pour la couture.
Et pour gagner en pragmatisme, l'approche américaine va avant tout se focaliser sur le problème. "Les échanges avec les mentors sont souvent portés sur nos problèmes, nos défauts. En France, cet aspect est abordé, mais nous ne sommes pas assez titillés, alors que c'est fondamental. L'offre de service est définie par le problème client", avance Natacha Robert.
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L'efficacité à l'américaine s'affiche notamment dans le rapport au marché. « Go to the market » a été une rengaine plusieurs fois entendue dans les couloirs de l'ancien entrepôt industriel, poussant ainsi les startups à aller plus rapidement se confronter au test révélateur que représente le client.
Un challenge qui a permis à certains entrepreneurs de recentrer leur business. "J'avais trois possibilités pour commercialiser mon offre. Après cette semaine, j'ai tranché", raconte une startupeur autour d'une bière, dans un brouhaha infernal d'un Venture Café, ces rencontres informelles qui permettent de networker.
Le Bootcamp américain, c'est aussi une première approche de ce marché aux 320 millions de consommateurs. Un marché mûr, appétent pour les innovations et les ruptures.
"Il s'agit d'enclencher une dynamique, une présence", appuie Joël Crouzet, patron d'Innovax.
Pour Caroline Van Renterghem créatrice de Wair, une écharpe anti-pollution, l'étape étasunienne est avant tout une porte ouverte sur le monde, un premier marché pour "crédibiliser mon produit", assure-t-elle, en donnant le change à Amir Eldad, l'un des patrons du programme, qui la challenge sur « Pourquoi venir aux US ».
Venir à Boston, c'est aussi espérer faire des rencontres capables de booster l'aventure entrepreneuriale. C'était en tout cas une promesse du Big Booster, tant l'écosystème bostonien est foisonnant. "Dans un périmètre de 30 min de marche, il y a 20 % de l'innovation mondiale dans le domaine des biotechs", s'émerveille Gilles Devillers, fondateur de la startup lyonnaise Neolys Diagnostics, qui propose aux radiothérapeutes un outil d'aide à la décision.
Les investisseurs sont des interlocuteurs particulièrement ciblés par les porteurs de projet.
Mais si le Big Booster entrouvre des portes, au pays du Do it yourself, c'est aux entrepreneurs de transformer ces premières rencontres en collaboration pérennes. "C'est à nous d'y aller, d'être entreprenant et culotté", assure Tim Saumet.
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Une ambition qui pourra être mise en pratique ce vendredi, dernier jour du Bootcamp, lors d'un pitch final face à un parterre d'investisseurs et de chef d'entreprise. A la clef, une place dans les 10 finalistes, avec l'espoir de décrocher 100 000 euros et une place lors de la prochaine promotion du MassChallenge. De quoi poursuivre le rêve américain.
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