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Stéphanie Gallo

Publié le 13 juin 2018 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:52

Entrepreuneriat

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Laurent Cerino / ADE

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Cinq jours pour préciser sa proposition de valeur, cinq jours pour définir sa cible, cinq jours pour créer un prototype. C’est le challenge relevé par une trentaine de porteurs de projet, à l’occasion de la première édition du Winter Innovation Lab qui se déroulait à Saint-Étienne, en février. Parmi ces participants, peut-être les pépites de demain… Acteurs de l’économie-La Tribune montre jour après jour les motivations, les progrès mais aussi les doutes de trois d’entre eux : François Ferry, Thomas...

Ce lundi matin 26 février, ils sont une trentaine dans les starting-blocks à la Pré-Fabrique de l'innovation à Saint-Étienne, gonflés à bloc pour profiter de cette semaine de hackathon, baptisée Winter Innovation Lab.

Un événement organisé par les grandes écoles stéphanoises associées à Beelys (Pôle étudiant pour l'innovation, le transfert et l'entrepreneuriat) et à Pulsalys (société d'accélération du transfert de technologies). Objectif : sortir un prototype à la fin de la semaine.

"De nombreux hackathons sont organisés sur deux jours. Nous avons préféré pousser l'expérience plus loin. Au bout de cinq jours intensifs avec des coachs et des experts, ils auront les outils nécessaires pour aller valider, ou pas, leur proposition de valeur", explique Raphaël Clerc, enseignant-chercheur à l'Institut d'optique de Saint-Étienne et copilote du projet.

Et précise : "Un prototype n'est pas forcément un objet. Cela peut être un site internet, une vidéo, etc."

Parmi les trente participants, des femmes, des hommes, très majoritairement âgés de moins de 35 ans. Au milieu de la Pré-Fabrique, cette immense salle de la Manufacture située derrière la Cité du design où se côtoient imprimante 3D (qui sera peu utilisée finalement), outils et larges espaces de coworking, des petits groupes se sont formés.

Parmi eux, celui de François Ferry, Thomas Chamberlin et Aurélien Prost. Leurs points communs les rassemblent. Tous les trois ont un projet en lien avec l'économie sociale et solidaire. Tous les trois ont eu d'autres vies professionnelles avant de se lancer dans cette nouvelle aventure. Et surtout, tous les trois sont incubés par Ronalpia, au sein de l'antenne stéphanoise.

Trois parcours, trois projets

Thomas Chamberlin, 31 ans, est Stéphanois. Son projet Made in Sainté vise à mettre en contact les entreprises locales afin de générer du business sur le territoire. "Mon travail se concentre sur deux axes : une plateforme numérique de référencement et de mise en relation, et une offre d'accompagnement des entreprises locales", explique-t-il.

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Le jeune entrepreneur a démissionné l'été dernier de son poste de directeur adjoint de la structure Hauts-de-Seine Initiative.

"J'ai décidé de passer de l'autre côté de la barrière avec l'envie de créer mon entreprise. L'économie locale me tenant beaucoup à cœur, l'idée était toute trouvée.Made in Sainté doit permettre aux entrepreneurs de trouver facilement des partenaires locaux."

Thomas Chamberlin (crédit Laurent Cerino/ADE)

À ses côtés, Aurélien Prost, 33 ans, originaire de la région roannaise. Professionnel du monde des transports, il a travaillé pendant dix ans comme responsable du service affrètement d'une PME ligérienne, avant d'exploser en vol dans un burn-out. "Cet épisode m'a fait prendre conscience du besoin que j'avais de redonner du sens à mon travail." Un sens qu'il a mis en musique depuis quelques mois avec son projet la Charrette forézienne. Son idée : livrer des produits locaux directement chez le consommateur.

"Il existe des Amap, des magasins de producteurs, des drives de produits locaux, etc., mais ces systèmes sont contraignants en termes de commandes, de choix de produits, d'horaires. Mon créneau est celui de la simplicité et de l'accessibilité pour tous."

Dépassant les deux trentenaires d'une bonne tête, François Ferry. Venu de Rive-de-Gier, il affiche sans complexe ses 56 ans au milieu de tous ces porteurs de projet dont la plupart ont moins de la moitié de son âge. Son projet est plus avancé que celui des autres. Il faut dire qu'il a derrière lui 25 ans de carrière d'entrepreneur en tant qu'ébéniste, couvreur bois et constructeur de bâtiments passifs. Sa nouvelle idée ? En association avec son fils, ingénieur en aéronautique, et un architecte montbrisonnais, il porte Esprit Tiny, un concept de villages bâtis avec des tiny houses, ces maisons écologiques sur roues.

"Nous voulons offrir des solutions d'habitat souples dans des villes où la pression foncière est importante. L'idée est de faire appel à des propriétaires de grandes surfaces non exploitées, comme la SNCF ou la ville de Paris, pour installer des villages de 25 maisons, avec terrains et services collectifs."

Jour 1, top départ

Quelques minutes avant le démarrage, les trois hommes échangent sur leurs attentes quant à cette semaine. "Il faut que j'aboutisse à quelque chose de concret pour pouvoir tester mon offre. J'espère réussir aussi à définir une cible précise", explique Thomas Chamberlin. "De mon côté, j'ai besoin de structurer mon offre pour aller voir mes premiers clients avec une proposition aboutie", renchérit Aurélien Prost. Le jeune entrepreneur a déjà commencé à rencontrer des agriculteurs et a débuté la constitution d'une communauté sur Facebook, mais sa cible n'est pas vraiment arrêtée. "Je pense faire mon prototype en partant de la logistique amont jusqu'à la livraison au client, pour insister sur la proximité."

Aurélien Prost (crédit Laurent Cerino/ADE)

Le futur patron d'Esprit Tiny a, lui, déjà réalisé sa première tiny house, mais s'avoue bloqué dans son cheminement. "J'ai besoin d'un coup de boost pour avancer. Mon objectif est d'avoir un document à la fin de la semaine prêt à être diffusé sur les réseaux sociaux pour convaincre le public de préréserver des tiny houses." Les coachs interrompent les discussions préliminaires pour donner le coup d'envoi de la semaine avec, en guise d'introduction, une explication de texte : proposition de valeur, prototype, etc. Des notions nouvelles pour ces entrepreneurs en herbe.

Cette première journée se poursuit par un enchaînement d'ateliers et de réflexions individuelles. "Je ne suis pas le seul dans cette situation, mais maintenant qu'il faut préciser mon offre et ma proposition de valeur, je vis un grand moment de solitude. Je bloque sur le choix du prototype et je me sens un peu submergé", soupire Aurélien. Le pilote de la Charrette forézienne avance plus rapidement à l'occasion de l'atelier de codéveloppement. Des groupes de quatre personnes sont constitués pour deux heures.

Objectif : se challenger mutuellement en posant un maximum de questions et en pointant les faiblesses afin de pousser les porteurs de projet dans leurs retranchements. "Cet atelier est très bénéfique. Je pense orienter mon prototype vers de la vidéo." Même écho positif du côté de Thomas : "L'ensemble de ces questions nous obligent à tout remettre à plat. Cela nous permet de repenser clairement notre offre et notre discours."

Jour 2, la remise en question

"Cette nuit, j'ai beaucoup réfléchi. J'avais terminé la journée en validant un prototype autour de la vidéo. Mais j'ai changé d'avis. Je suis revenu à l'idée initiale : valider qu'une population locale est prête à acheter mon service de centralisation et de livraison de produits locaux." Aurélien Prost poursuit : "Je vais donc finalement m'orienter vers la réalisation d'un flyer que je pourrai distribuer sur des zones ciblées et une landing page où les gens laisseront leurs coordonnées."

Et de confier sa motivation retrouvée après une première journée un peu difficile. Objectif du jour : se faire épauler par les experts en communication, dont la mission est de souligner les points faibles, pour cibler son message. "Ce n'est pas évident de ne pas se laisser emporter par le doute à chaque critique. Il faut être solide mentalement et rester calme, c'est le projet qui est parfois attaqué, pas la personne."

François Ferry, de son côté, part bille en tête sur l'écriture du story-board de sa future vidéo de présentation. Écriture à laquelle il consacre plusieurs heures. Mais il est recadré. Trop long, illisible, son projet de vidéo est jugé complexe. "Je me fais massacrer par les coachs, sourit le quinquagénaire. C'est le jeu ! Demain, il faudra "remouliner" le sujet."

Jour 3, l'heure des choix

L'entrepreneur prend le parti de faire finalement cinq vidéos orientées sur chacune de ses problématiques. Un peu plus loin, Aurélien et Thomas ont pris leurs habitudes et s'installent systématiquement à la même place, côte à côte, comme pour s'encourager mutuellement dans ce contre-la-montre contre... eux-mêmes.

Car si un concours de pitchs doit venir clore cette semaine avec un premier prix à 1 000 euros, ils affirment tous les deux que gagner n'est pas leur priorité. "Mon objectif est d'accumuler le maximum de ressources et de conseils. Je sais que mon prototype ne sera pas prêt à la fin de la semaine, que je n'aurai pas grand-chose à présenter, mais tant pis !", lance Aurélien qui échange avec d'autres porteurs de projet sur les difficultés communes, pour se remotiver mutuellement.

Dans une ambiance startup - musique et canapés en témoignent -, les participants avancent le nez dans leur projet et devant leur écran d'ordinateur. "J'ai un peu de mal à me concentrer dans cette agitation. C'est stimulant, mais difficile", reconnaît néanmoins Aurélien Prost.

Thomas, de son côté, progresse rapidement. Aujourd'hui, il a acheté son nom de domaine et commencé la création de sa vidéo sur une plateforme digitale payante. Pour diminuer les coûts, il s'est groupé avec trois autres participants du Winter Lab Innovation.

Exténués par cette journée épuisante, les trois Ligériens termineront quand même la soirée avec les autres dans un bar stéphanois. Mais avec un mot d'ordre général : "On ne parle plus de nos projets ce soir. On déconnecte !"

Jour 4, la course de fond

Rongés par la fatigue de cette semaine intense, les apprentis entrepreneurs prennent de plus en plus de temps pour se mettre en route. Aujourd'hui, l'intervention d'un expert en crowdfunding est au programme.

François Ferry (crédit Laurent Cerino/ADE)

François tout comme Thomas et Aurélien lui prêtent une oreille attentive. "Au-delà de l'argent collecté, ce serait un bon moyen de communiquer", confie Aurélien. Suivant son fil rouge, le trentenaire poursuit aujourd'hui sa quête de conseils auprès des experts, au détriment de la réalisation concrète de son prototype. Avec néanmoins quelques sursauts d'incertitudes. "Je vois des personnes à fond sur leur prototype. Moi, je n'aurai rien à montrer demain au jury. C'est dommage. Mais je relativise, j'ai vraiment avancé, j'ai découvert de nombreux outils que je vais pouvoir m'approprier dans les prochaines semaines." Il a notamment créé son logo avec l'aide des experts en communication.

François progresse sur son story-board, "à l'ancienne". Alors que d'autres, comme Thomas, ont déjà presque terminé leur vidéo, l'ex-couvreur a choisi de découper des photos, de dessiner et de colorier sur de grandes fiches de couleur. Ces panneaux permettront de présenter son projet au jury le lendemain. "Je ne suis pas à l'aise avec les outils numériques. Je me concentre sur le message."

Jour 5, le sprint final

Aurélien commence la réalisation de son flyer, Thomas avance sur sa vidéo et François termine ses panneaux. Tous les trois sont convaincus qu'ils ne remporteront pas le concours de pitchs. Par conséquent, inutile de passer trop de temps à la préparation de celui-ci. Néanmoins, en fin de matinée, le stress fait son apparition. Aurélien s'entraîne avec quelques autres participants. Et c'est la gorge un peu serrée qu'il entame son sprint final. Un peu moins anxieux, Thomas enchaîne quelques minutes plus tard. François clôt la séance, sans appréhension apparente.

Pas de suspense, comme ils s'y attendaient, ils ne passeront pas le stade des demi-finales. Mais peu importe. Leur objectif était ailleurs. François, Thomas et Aurélien sont désormais fin prêts pour déployer leur prototype et valider leur offre. Et même s'il est plus que probable qu'ils changeront de stratégie plusieurs fois avant d'atteindre le stade définitif de leur projet, ils auront appris à créer les outils nécessaires, à se remettre en cause et aller chercher au fond d'eux-mêmes la motivation nécessaire pour poursuivre leur quête d'entreprise.

Stéphanie Gallo

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