À Toulouse, l’aviation française réclame sa filière de biocarburant

Pierrick Merlet

Le patron d'Airbus, Guillaume Faury, veut faire de l'avionneur européen un pionnier sur la question des biocarburants.
Rémi Benoit

Pierrick Merlet

Le patron d'Airbus, Guillaume Faury, veut faire de l'avionneur européen un pionnier sur la question des biocarburants.
Rémi Benoit
Le transport aérien est-il injustement pointé du doigt sur le plan environnemental ? Aujourd'hui, il représente seulement 2% des émissions mondiales de CO2 et pour la France, ce chiffre tombe même à 1,1% en ce qui concerne le trafic intérieur. Néanmoins, cela n'a pas empêché la naissance sur le réseau social Instagram du mouvement FlygsKam (la honte de prendre l'avion, en français), en provenance de Suède. Celui-ci milite pour ne plus emprunter l'avion lors de nos voyages par souci écologique. De plus, le mouvement de contestation sociale des Gilets Jaunes et le grand Débat national qui en a découlé a lancé des appels à la taxation du kérosène, n'étant pas le cas (pour le moment). Ce climat a renforcé la conviction des compagnies aériennes et de la filière de l'industrie aéronautique qu'il était donc nécessaire d'innover pour répondre à cette méfiance à leur égard.
Cela comprend notamment la commande de 38 avions long-courriers A350 et 60 A220 auprès d'Airbus.

Air France a commandé près d'une quarantaine d'A350, un avion qui permet de réduire aussi de 40% les nuisances sonores (Crédits : Rémi Benoit).
Ainsi, l'avionneur européen, Air France, Safran, Total et Suez ont signé en décembre 2017 un Engagement pour la Croissance Verte (ECV) pour le développement de biocarburants aéronautiques. Concrètement, cela consiste à remplacer le kérosène traditionnel par du biokérosène composé de résidus d'huiles usagés, de graisses animales non comestibles ou encore de déchets forestiers. Pour développer ces nouveaux carburants, qui ont un bilan carbone 60 à 80% inférieur aux énergies fossiles actuellement consommées, les cinq signatures ont étudié avec les services de l'État les moyens de constituer une véritable filière française des biocarburants destinés à l'aéronautique.
Les algues pourraient également être une piste à étudier selon des experts en revalorisation des déchets. Afin d'identifier des gisements de biomasse supplémentaires, et élaborer des circuits de production, la ministre de la Transition Écologique, Élisabeth Borne, et le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, se sont rendus lundi 27 janvier dans la capitale mondiale de l'aéronautique pour "poser la première pierre de cette future filière". Sur le site d'Airbus, à Toulouse, les deux membres du gouvernement ont lancé un Appel à manifestation d'intérêt (AMI) sur les biocarburants durables pour l'aviation.

Guillaume Faury a reçu les deux ministres au sein du Airbus Delevery Center, dans la banlieue toulousaine, lundi 27 janvier (Crédits : Rémi Benoit).
Pour proposer un projet correspondant à ces critères, les entreprises, seules ou en groupement, ont jusqu'au 30 juin 2020 pour se manifester. Par la suite, les initiatives retenues devront permettre de suivre la trajectoire de substitution du kérosène fossile par des biocarburants durables selon le calendrier suivant fixé par le gouvernement : 2% en 2025, 5% en 2030 et 50% en 2050. Une feuille de route peu ambitieuse au premier abord.
"La technologie est mature, il y a désormais un enjeu de massification de son utilisation", ajoute Jean-Baptiste Djebbari. Malgré cette maturité, la moyenne mondiale d'incorporation des biocarburants dans les avions est de seulement 0,06%. Un bien triste bilan surtout qu'Airbus avance que ses avions peuvent recevoir un plein de kérosène contenant jusqu'à 50% de biocarburant. Seulement, l'utilisation de ces nouvelles énergies est ralentie par son coût qui est deux à cinq fois plus élevé que celui du kérosène. Hors de question pour les compagnies aériennes de s'infliger un tel handicap dans un marché ultra concurrentiel comme celui du trafic commercial.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Alors, pour encourager son utilisation, la Norvège par exemple oblige depuis cette année que tous les réservoirs au départ du pays contiennent au moins 0,5% de biocarburant, avec un objectif d'augmentation au cours des prochaines années. La France réfléchirait également à la mise en place d'un tel dispositif. Ce qui n'empêche pas à certains acteurs d'anticiper cette réglementation. À partir de juin, Air France va incorporer 18% de biokérosène dans tous ses vols outre-Atlantique au départ de San Francisco (Etats-Unis).
À lire également
Une demande qui semble être comprise de la part du gouvernement. "Nous regardons actuellement un certain nombre de dispositifs mis en place aux Etats-Unis et ailleurs, pour comparer et voir dans quelle mesure ces mécanismes de soutien peuvent être activés pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés", tient à faire savoir le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari. Avec un soutien public financier ou non, "l'avenir de l'aviation dépend de cette neutralité carbone", met en garde Élisabeth Borde.
Pierrick Merlet
Jean-François Zygel : « En musique, l'IA générative est devant un échec »
Aéronautique : front commun de l'Isae-Supaero et l'Enac face à la compétition internationale
Feu dans les moteurs d'avion : la France lance une plateforme unique au monde
Le casino Barrière de Toulouse, premier en France à adopter le contrôle biométrique