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Innovation - La Tribune AURA

Covid-19 : A Grenoble, chercheurs et industriels s’unissent pour monter une filière de production éphémère

Photo de Marie Lyan

Marie Lyan

Publié le 25 mars 2020 à 06:26 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 01:31

Photo d'illustration

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STEPHANE MAHE

Le Quotidien Numérique

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L’écosystème grenoblois, berceau de la microélectronique, se mobilise lui aussi face au Covid-19. Le collectif VOC-COV, composé de chercheurs et d’industriels locaux, s’est uni afin de développer une chaîne logistique pour collecter et distribuer les milliers de masques stockés par les entreprises en collaboration avec l’ARS. Il ambitionne également de développer des pièces de rechange nécessaires ainsi que de nouveaux prototypes de masques, afin de lancer une production de masse, grâce à des techniques issues de l’impression 3D et de l’injection.

C'est la ville de Grenoble qui a, en quelque sorte, fait la lumière sur un collectif né il y a seulement quelques jours, mais déjà très actif. Depuis le 16 mars dernier, une poignée de chercheurs et industriels, confinés eux aussi en raison de la crise sanitaire à Grenoble, ont ressenti également le besoin d'aider.

"Tout a commencé à travers notre réseau. Des personnes qui se connaissaient au sein de l'écosystème grenoblois se sont posées des questions sur la manière dont elles pouvaient contribuer, grâce à leurs compétences logistiques et industrielles, face aux problématiques matérielles que nous rencontrons aujourd'hui", explique l'un des membres de ce collectif, Pierre-Emmanuel Frot, lui-même directeur du programme Transition de la Fondation Grenoble INP et ex-directeur commercial de la division solaire de Schneider Electric.

Car plus qu'une crise sanitaire, ces professionnels ont rapidement identifié des enjeux de supply chain :

"On perçoit aujourd'hui une explosion de la demande pour des produits tels que des masques, mais qui pourrait être demain élargie à d'autres composants, telles que des pièces nécessaires au bon fonctionnement des respirateurs", ajoute-t-il.

L'écosystème grenoblois au rendez-vous

Au total, ils sont une quarantaine à s'être fédérés au sein du collectif VOC-COV (

Volont

é

 d'Organiser Contre le COVid-19)

 en vue de constituer des groupes de travail. Avec, parmi eux, des chercheurs du CEA de Grenoble planchant sur des problématiques liées à la fabrication des masques et au contrôle des matériaux, des industriels issus de la supply chain, ou encore des spécialistes de la logistique ou de la gestion de projet.

Certains de ces bénévoles font partie d'entreprises placées totalement à l'arrêt en raison des mesures sanitaires, tandis que d'autres consacrent au projet les 20 à 80 % de leur temps restant.

"Nous travaillons également avec des entreprises spécialisées dans l'impression 3D comme HP, ou dans les technologies d'injection comme AddUp ainsi que de professionnels de la vallée de l'Arve, qui possèdent d'importantes capacités de production et seraient prêts à monter à bord si nécessaire", résume Pierre-Emmanuel Frot.

Des dons, mais aussi une production locale

Car ce collectif grenoblois s'est fixé deux objectifs : avec tout d'abord, l'ambition d'organiser un service de collecte et distribution des milliers de masques chirurgicaux ou FFP2 qui pourraient être donnés par des entreprises locales pour faire face à la crise du Covid19 et alimenter ainsi les établissements de soins.

"Notre première urgence la collecte de masques et de tous les systèmes de protection possibles afin de couvrir la période actuelle, où les établissements doivent tenir environ une dizaine de jours avant de recevoir de nouveaux stocks", précise Pierre-Emmanuel Frot.

Jusqu'ici, le collectif a réussi à réunir au total près de 13 000 masques, à travers une plateforme logicielle développée par des spécialistes de l'IT, et qu'elle pourrait même mettre à disposition d'autres villes qui en auraient besoin.

"Deux entreprises, Soitec et Samse, on donné d'importants volumes par exemple. Nous nous coordonnons ensuite avec l'ARS pour déterminer à quels établissements les livrer en priorité".

Un autre groupe de travail planche actuellement sur le développement d'un nouveau prototype de masques destinés aux professionnels de santé, en cours d'évaluation par le CHU, dont les tests doivent démarrer avec l'organisme de tests et de certification, l'APAVE, d'ici la fin de la semaine.

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"La complexité n'est pas tant de fabriquer un masque, mais son filtre, pour lesquels il faut trouver les bons textiles et films au sein de l'industrie", résume Pierre-Emmanuel Frot.

Enfin, les membres du collectif se penchent également sur l'identification de consommables et pièces nécessaires au bon fonctionnement des respirateurs, envie d'éviter toute rupture de stock qui pourrait être générée par une utilisation intensive.

"Notre objectif est de supporter la supply chain actuelle, et non pas de se substituer aux industriels qui fabriquent ces respirateurs, en les aidant notamment à fournir des pièces tels que des filtres ou des valves afin qu'ils aient toujours des consommables", indique-t-il.

Produire sous 10 jours

Avec un impératif : être en mesure de passer en phase de production industrielle d'ici 10 à 15 jours maximum, avec l'idée d'atteindre une production de plusieurs milliers d'unités par semaine en ce qui concerne les masques.

"Nous avons estimé que si l'on souhaite protéger l'ensemble des personnes exposées, il faudrait produire 15 à 20 millions de masques par jour à l'échelle nationale. Lorsqu'on en commande 250 millions, cela ne permet de tenir que 15 jours", confirmePierre-Emmanuel Frot.

Sur le volet de la production, le collectif travaille donc d'ores et déjà en partenariat avec des industriels spécialisés au sein de chaque branche, tels que les sociétés Porcher Industries, Airstar ou Go Sport sur le champ des tissus techniques, le groupe Casino pour la logistique, ou encore des groupes HP, Michelin et AddUp, tant sur le volet de l'impression 3D et des techniques d'injection.

Le CEA de Grenoble, qui ne souhaite pas communiquer à ce stade, confirme néanmoins sa participation aux travaux. L'industriel HP confirme mener actuellement des projets de recherche en lien avec le CEA, dans le cadre de son nouveau laboratoire d'innovation ouverte, Y.Spot, "dans lequel sont notamment étudiés l'ensemble des éléments visant à permettre de valider de nouvelles formes d'applications pour l'impression 3D, que ce soit au niveau des matériaux, des procédés ou du post-traitement", ajoute Nicolas Aubert, directeur de la division 3D de HP France.

D'après lui, "HP a en effet validé un certain nombre d'applications où l'impression 3D prend tout son sens dans le contexte actuel, telles que la production de supports de poignées de portes, visières anti-projections pour ls soignants, ou encore de composants pour les respirateurs, tels que des valves".

Un projet "pour la nation"

Le mode de production ainsi sa localisation seront donc avant tout déterminés par le volume nécessaire.

"Le cœur du projet est isérois, mais nous ne nous interdisons pas ensuite aller chercher des compétences en dehors du bassin grenoblois, au contraire. Nous ne sommes pas un projet grenoblois pour Grenoble, nous voulons mettre notre écosystème favorable au service de la nation", rappelle Pierre-Emmanuel Frot.

Ainsi, le collectif vise plutôt à se tourner vers l'impression 3D pour les pièces de respirateurs, en raison du plus faible volume à produire, tandis que que du côté des masques, il étudie notamment des techniques d'injection plastique.

"Mais là encore, l'enjeu étant de trouver la bonne filière, c'est-à-dire la bonne imprimante permettant de produire des pièces plastiques, ou alors métalliques, etc",ajoute-t-il.

Pour autant, Nicolas Aubert, chez HP, voit lui aussi dans cette crise une opportunité d'utiliser l'impression 3D à ses pleines capacités :

"Tout l'intérêt des travaux qui ont été menés jusqu'ici est d'avoir pu repousser le point d'équilibre de la fabrication additive, qui peut désormais aller jusqu'à des séries de 5000 pièces".

Alors que le projet fonctionne pour l'instant en mode "startup", sans statut officiel à ce jour, ses fondateurs prévoient d'ores et déjà que les étapes de développement et de prototypage puissent être réalisées à titre gracieux par l'ensemble des partenaires.

"Ce n'est que lorsque l'on devra lancer une production massive qu'il faudra recueillir un financement, à travers un appel à projets par exemple, qu'ils proviennent de l'Etat ou des villes, régions ou entreprises", confirme Pierre-Emmanuel Frot.

Avec une ambition : accompagner la crise certes, mais uniquement jusqu'à son terme.

"Il ne s'agit pas de monter une nouvelle filière. Chacun pourra ensuite reprendre son quotidien", résume-t-il.

Marie Lyan

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