L'œnologue consultant Stéphane Toutoundji, qui passe sa vie à écouter battre le cœur des ceps de vigne pour conseiller ses clients sur la meilleure stratégie culturale et la méthode optimale de vinification, fait un constat très proche des conclusions de Jérémy Cukierman (co-auteur de "Quel vin pour demain ? Le vin face aux défis climatiques").
S'il focalise pour l'occasion son analyse sur le vignoble bordelais, Stéphane Toutoundji, fondateur du cabinet Oenoteam, à Libourne, et ancien stagiaire de Michel Rolland est un globe-trotter qui a largement eu le temps de prendre le pouls de nombreux vignobles dans le monde, notamment en Chine et en Turquie.
"Nous assistons à des écarts de températures de plus en plus extrêmes, avec des variations climatiques très brutales où s'enchaînent gelées, grêle, pluies diluviennes... Ces pluies favorisent ensuite la prolifération du mildiou, qui génère une énorme pression sur le vignoble et oblige à traiter plus souvent. Il y a vingt ans ce type d'accidents climatiques en série était inconnu. Aujourd'hui, les pluies sont devenues parfois si violentes qu'elles empêchent de travailler la vigne. Et la montée des températures, avec des étés plus tardifs, à tendance à produire des raisins trop mûrs, des vins trop chauds", déroule Stéphane Toutoundji.
Impossible encore de savoir de combien de degrés la température va progresser exactement dans les prochaines années, mais plus personne ou presque ne doute de la réalité de ce mouvement à la hausse. Une tendance d'autant plus inquiétante qu'elle va de pair avec la montée en puissance de la sécheresse. Originaire du Proche-Orient, la vigne dispose à coup sûr d'atouts pour faire face à cette dangereuse évolution. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir aussi de vraies fragilités, qui varient en fonction des cépages.