Evotion, vers le Big-Bang de la robotique ?
Maxime Hanssen
Maxime Hanssen
À l'entrée, une borne de jeux vidéo, production maison, dessine l'atmosphère. Plus loin, un grand open-space où plusieurs startups collaborent. Le ton est donné. Maxime Vallet, fondateur d'Evotion, une société spécialisée dans l'événementiel robotique, décrit : " Ici, nous voulons faire comme chez Google et les startups californiennes". Pas de pull à capuche pour ce jeune homme, mais une chemise cintrée, certainement les restes de ses expériences de commercial. Il n'a pas la même tenue vestimentaire que les cracks de la Silicone Valley, mais les mêmes ambitions : "Nous souhaitons, par notre activité, avoir un impact concret sur le monde", avance-t-il.
Et pour réaliser ce dessein, le jeune entrepreneur lyonnais a misé sur la robotique, une filière en pleine expansion dont le marché global est estimé à 21 milliards d'euros. Lyon et la région Rhône Alpes font office de locomotives : 28 000 emplois, l'arrivée d'un cluster, le salon Innorobo, des entreprises fanions, notamment celles créées par Bruno Bonnell, "le parrain" du secteur, désormais chef de file du plan robotique national. Si le marché n'est pas encore mûr, justifiant les soucis actuels pour transformer les recherches en business, Evotion a réussi à s'engouffrer "dans un segment particulier" et porteur, estime le dirigeant de Robopolis et Awabot.
Après une expérience en Angleterre, où il sera débauché par IBM à tout juste 20 ans, Maxime Vallet intègre l'entreprise de Bruno Bonnell. "IBM, c'était très enrichissant, mais c'est trop gros pour faire des choses concrètes. J'ai donc rejoint Awabot, afin de comprendre comment fonctionne une startup", explique-t-il. Il fait aussi la rencontre des robots. En tant que responsable commercial, il est en charge de les placer dans les écoles, dans une démarche pédagogique.
Il va déjà plus loin dans ses attributions, organisant des "compétitions" de robots entre les classes de lycéens qui en construisent pour s'initier. Il commence aussi à réfléchir à d'autres usages que ceux pédagogiques. C'est comme cela qu'un soir, un robot se mettra à distribuer des apéricubes et des verres d'eau. Ses initiatives lui permettent d'être repéré par le Futuroscope, qui fait appel à ses services, et à ceux des robots, pour distraire les clients des files d'attente. "Cette expérience m'a donné la puce à l'oreille. J'ai alors compris qu'il y avait un vrai créneau inexploité."
Animé depuis longtemps "par la volonté de (s)e lancer dans l'entrepreneuriat", ce fils de commerçants installés à Oyonnax, fonce. Son patron, Bruno Bonnell, l'encourage. D'abord seul, "pour une raison simple : il n'y avait pas de marché, beaucoup d'inconnues, il fallait donc pouvoir être réactif", souligne Maxime Vallet. Après six mois d'étude, il commence l'aventure, en octobre 2013, avec 7 500 euros de capital et un prêt de 45 000 euros, recrute une première personne. Il propose des animations et démonstrations, avec des robots en kit du style Vex. La demande est forte. Les six premiers mois sont encourageants, avec 50 000 euros de chiffre d'affaires. Mais quelque chose dysfonctionne : "Il y avait de bons résultats, mais ce n'était pas le cœur de métier que je voulais réaliser. Cette activité ne pouvait pas vraiment nous faire décoller", analyse-t-il.
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Le fondateur affine alors sa pensée et sa stratégie, en écho à sa maxime d' "impacter le monde". Il pivote son activité tout en s'orientant vers la conception technique du robot. "On passe ainsi de l'animation à la création et location de robots dans un but évènementiel, en plaçant au cœur l'usage concret". Et non plus la simple démonstration. Pour cela, il crée, avec deux amis qui deviendront collaborateurs et associés, un prototype très artisanal, baptisé Sheldon, en hommage à la série américaine culte Big-Bang Theory.
Présentée au salon Makeur Faire à Paris, la création fait sensation, jusque dans les rangs ministériels, où Fleur Pellerin, alors ministre de la Culture et du Numérique, s'arrête au stand. "La différence est que nous intégrons une interaction et des usages avec les utilisateurs." Le robot est désormais capable d'accueillir les personnes lors d'événements, de distribuer les badges d'accréditation, même si une activité humaine, à proximité ou à distance pour le piloter est toujours nécessaire. Les grands comptes (Orange, Veolia) s'emballent pour cette forme événementielle. Les commandes explosent.
L'entreprise devrait réaliser un chiffre d'affaires de 300 000 euros en 2015, une croissance qui attise les convoitises. Maxime Vallet a déjà repoussé une offre de rachat, mais acceptera l'entrée au capital d'un investisseur, conservant toujours 83 % des parts. L'objectif est d'attaquer le marché européen dès 2016, au Benelux, Allemagne, Italie. "Il faut agir vite, car c'est un marché qui peut changer rapidement, avec l'arrivée de la concurrence". En France, des entreprises commencent à développer ce segment, comme Cogibot, First class robotics ou Aldebaran, la société qui développe le robot humanoïde Nao. Pour accélérer, la startup vise une levée de fonds de 400 000 euros et souhaite continuer à embaucher, pour atteindre un effectif de 15 personnes en 2016. Une approche plébiscitée par Bruno Bonnell :
Et justement, pour repousser les utilisations de la robotique, la startup Evotion planche sur une nouvelle machine, financée par l'Union européenne, dans le cadre du programme "Horizon 20.20". L'entrepreneur regarde déjà plus loin :
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Et face aux critiques de suppression d'emplois, il estime que d'ici 20 ans, avec la généralisation des études, il y aura un retour de balancier. "Il faut du temps pour que les gens assimilent l'innovation de rupture", estime Maxime Vallet. Il distille ses théories, prélude au grand Big-Bang de la robotique ?
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