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Innovation - La Tribune AURAInnovation technologique - La Tribune AURA

Bruno Bonnell, l'homme providentiel de la robotique, candidat En Marche dans le Rhône

Marie-Annick Depagneux et Maxime Hanssen

Publié le 11 mai 2017 à 16:27 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:28

Bruno Bonnell

Bruno Bonnell

Laurent Cérino/ADE

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Le serial-entrepreneur Bruno Bonnell, "homme providentiel" de la filière robotique française, et jusqu'alors référent départemental d’En Marche dans le Rhône, a officiellement été investi dans la 6e circonscription du Rhône, celle qui englobe Villeurbanne. Soutien précoce d'Emmanuel Macron, l'ancien patron d'Infogrames a notamment collaboré avec le nouveau président de la République lorsque ce dernier, alors à Bercy, avait lancé le programme "La Nouvelle France Industrielle". Portrait d'un entrepreneur...

"Je ne crois pas à la notion de professionnalisation de la vie politique. Je parlerai plutôt de moment politique. Et peut-être que ce moment est arrivé pour moi, si je gagne en juin", assure Bruno Bonnell à Acteurs de l'économie - La Tribune. Fort d'une riche carrière entrepreneuriale, caution "société civile", le chef d'entreprise a été officiellement investi ce jeudi 11 mai par "La République En Marche". Il défendra les couleurs de la majorité présidentielle dans la 6ème circonscription du Rhône, celle de Villeurbanne. "C'est un territoire que je connais par cœur. C'est dans cette ville où je suis arrivé, après l'Algérie. C'est également ici où j'ai effectué mes études, de la primaire à l'école d'ingénieur. C'est enfin là où j'ai fondé mes différentes entreprises", assure celui qu'on surnomme parfois l'homme providentiel de la filière robotique, et précurseur du secteur du jeu vidéo en France, fondateur notamment d'Infogrames et ancien d'Atari.

Le discours fondateur de Lyon

C'est notamment à travers son expertise qu'il a été amené à rencontrer Emmanuel Macron. Alors que ce dernier est à Bercy, l'entrepreneur est chargé de piloter le plan "France Robot Initiative", une émanation de "la nouvelle France industrielle" conduit alors par le ministre de l'Economie. Les deux hommes se retrouvent une nouvelle fois, le 2 juin, cette fois-ci à Lyon. Ce jour-là, le futur président de la République est mis sur orbite par le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb. Emmanuel Macron distille, devant toutes les forces économiques du territoire, un discours hautement politique. "J'ai été entièrement conquis par ce discours, porté sur l'Europe et sur les grandes ruptures de notre monde", se rappelle Bruno Bonnell. Il deviendra ensuite référent du mouvement En Marche ! dans le Rhône.

Lire aussi : Gérard Collomb met sur orbite Emmanuel Macron

Dans la 6e circonscription du département, il sera notamment confronté à la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud Belkacem. "Cela sera une bataille symbolique, entre une professionnelle de la politique, qui n'a fait que cela dans sa carrière, et moi, dont c'est mon premier engagement politique", explique Bruno Bonnell.

Ce chapitre politique - qu'il assure temporaire - est une nouvelle étape dans la vie de cet entrepreneur chevronné, qui a fait rayonner la filière robotique de service. Actuellement à la tête de Robopolis et Awabot (ses sociétés), et anciennement de Robolution Capital (le fonds) Syrobo (le syndicat), Innorobo (le salon), il a su construire tout un écosystème autour de lui.

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"Il est en train de faire passer la robotique du BtoB au BtoC. Nous quittons un marché très confidentiel pour aller vers un marché de masse. D'où l'importance d'un bon communicant", assure Olivier Torrès, enseignant-chercheur à l'Université de Montpellier (MRM Management).

Il sait capter les feux de l'actualité

Serge Nadreau, président du groupe robotique du Symop (Syndicat des machines et technologies de production) confirme :

"Nous, les roboticiens industriels, avons vu apparaître Bruno Bonnell il y a quatre ans. Nous n'y prêtions pas plus attention que cela. Sauf que nous constations qu'il réussissait à capter les feux de l'actualité alors que nous avions des difficultés à nous faire entendre des pouvoirs publics."

Celui qui dirige également ABB (Asea Brown Boveri) France se souvient encore de Daniel Cohn-Bendit s'exclamant dans sa chronique sur Europe 1 après avoir entendu l'interview de l'entrepreneur lyonnais : "Ah si nous avions plus de gens comme lui, la France irait mieux !"

Et le rapprochement, acté en avril dernier sur le salon Industrie, à Lyon, entre Syrobo, le syndicat créé en 2009 pour la robotique de service par Bruno Bonnell, et le Symop ne peut être que gagnant-gagnant.

"La bonne personne au bon moment"

"Cette alliance, nous l'avons décidée ensemble. La robotique industrielle et la robotique de service font appel aux mêmes technologies. Nos 290 adhérents, ainsi réunis, peuvent échanger et faire émerger des projets collaboratifs, se réjouit Jean Tournoux, délégué général du Symop. Bruno Bonnell a fait prendre conscience que les robots pouvaient être au milieu de nous. C'est essentiel pour lever les freins que rencontre la robotique industrielle pour se développer. Il a fait émerger l'idée que la robotique possède une finalité dans de nombreux secteurs : robots d'assistance à la personne, médical, agricole, etc. Que les applications vont se multiplier et les prix, baisser. Il a commencé à mettre en mouvement tout un écosystème de petites sociétés. Il a provoqué les laboratoires. D'autres l'auraient peut-être fait aussi bien. Mais il a été la bonne personne au bon moment."

Ce n'est donc pas un hasard si, en octobre 2013, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, l'a nommé chef de projet pour la robotique dans le cadre des 34 plans destinés à réindustrialiser la France.

"Je l'avais rencontré par l'intermédiaire de la banque publique Bpifrance, que j'avais contactée pour participer au fonds Robolution Capital aux côtés de souscripteurs privés", raconte Bruno Bonnell.

"Cette vision de la robotique est également partagée par Emmanuel Macron (actuel ministre de l'Industrie, NDLR) et Bruno Bonnell est un interlocuteur de la direction générale des entreprises", atteste Simon-Pierre Eury, commissaire régional au redressement productif en Rhône-Alpes.

Titre d'ambassadeur

La France industrielle de demain passe désormais par neuf solutions, selon l'annonce faite le 21 mai dernier, et la robotique fait cause commune avec les objets connectés, la réalité virtuelle, les objets sans fil et les tissus intelligents. Bruno Bonnell n'en est pas chagriné. Au contraire :

« Cela prouve qu'aujourd'hui la robotique a infiltré tous les domaines. Et qu'elle ne constitue plus un tabou pour l'emploi. Quand je visite les entreprises de la mécanique dans la vallée du Gier (Loire), par exemple, je constate qu'elles sont passées aux machines-outils programmables. Et que nombreuses se posent la question d'aller plus loin », observe-t-il.

Le dispositif Robot Start PME a été conçu pour favoriser le passage à l'acte de 500 PME à l'horizon 2017. L'ancien cofondateur d'Infogrames et Pdg d'Atari (jeux vidéo) a également été investi par le Quai d'Orsay du titre d'ambassadeur pour promouvoir les PME des nouvelles technologies à l'international.

« Il sait être partout, résume Denis Guyennot, 52 ans, Pdg de Robopolis. Si, fin 2006, il n'avait pas acheté une boutique à Paris comme d'autres achètent une pâtisserie, je ne serais pas à la tête de cette société aujourd'hui », témoigne ce fidèle, dont la première rencontre avec Bruno Bonnell remonte à trois décennies.

"J'avais 22 ans. Il a été mon premier patron et m'a embauché comme chef comptable chez Infogrames alors que j'étais encore à l'armée. Je ne pouvais venir travailler que la nuit. Il m'a dit : « Viens quand tu veux" À l'époque, il avait les cheveux longs et les miens étaient rasés", se remémore le quinquagénaire de 52 ans.

Ils ne se sont jamais perdus de vue, même lorsque Denis Guyennot devient à son tour entrepreneur une première fois, en 1988, en donnant naissance à Ecudis, à Villeurbanne, une société de distribution de jeux vidéo (d'Infogrames, entre autres). Et plus tard - en désaccord avec les actionnaires d'Atari qu'il avait rejoint en 1998 - en créant IFone, une start-up évoluant dans les jeux vidéo sur téléphonie mobile et basée en Grande-Bretagne. Il la fusionnera en 2006 avec une société américaine (Sorrent, devenue Glu Mobile, afin d'être cotée sur le Nasdaq) avant de décider, fortune faite, de vivre de ses rentes dans le sud de la France.

C'était son souhait jusqu'à ce jour de l'été 2008 où avec Bruno Bonnell, « nous nous sommes appelés. Il m'a appris la grave maladie de son fils dont il souhaitait s'occuper le plus possible (décédé à six ans, en novembre 2011, NDLR). Et je lui ai proposé de m'occuper de Robopolis pour le soulager. Ce n'est pas un homme d'argent et, à l'époque, il était fortement endetté », évoque Denis Guyennot.

« Je creuse des sillons »

Distributeur exclusif de l'américain iRobot pour l'Europe, Robopolis fait un tabac avec le robot aspirateur Roomba. Alors que la société devait connaître un train de sénateur, elle vise 110 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015. Elle s'appuie sur une centaine de collaborateurs dans plusieurs pays et des centres de SAV. Ce rythme de développement doit se poursuivre, les projets ne manquant pas :

« Nous essayons de convaincre iRobot d'ouvrir un centre de recherche et développement à Lyon. C'est pour cela que Bruno Bonnell a installé Robopolis face au campus de la Doua et qu'il a accepté la présidence d'EMLYON, dévoile Denis Guyennot. Nous avons trouvé un filon que nous exploitons avec nos talents respectifs. »

"Je creuse des sillons", répond en écho Bruno Bonnell. "Il possède un charisme que je n'ai pas et toujours plein d'idées, renchérit le Pdg de Robopolis. Il me les présente et je les classe par ordre de priorité."

"Sa première qualité tient dans sa capacité à entraîner les acteurs importants sur les thématiques qui lui tiennent à cœur", appuie André Montaud.

Créer le buzz

Le directeur général de Thésame - cette structure associative, spécialisée dans la mécatronique et la performance industrielle, anime la filière robotique en Rhône-Alpes - connaît Bruno Bonnell de longue date.

"Nous sommes diplômés de la même école d'ingénieurs (CPE-École supérieure de chimie physique électronique de Lyon, NDLR), à une année d'intervalle. Nous nous sommes retrouvés quand il s'est consacré à la robotique. Je l'avais fait venir en tant qu'invité d'honneur aux Rencontres européennes de la mécatronique en 2010 au Grand-Bornand alors qu'il venait de publier son livre Robolution. Depuis, nous n'avons jamais cessé de travailler ensemble. Son agenda est bien trop chargé. Mais il est efficace en peu de temps. Il faut le prendre tel qu'il est. »

Le salon Innorobo que Bruno Bonnell a mis en place en 2011 - qui se tiendra du 1er au 3 juillet prochains à Lyon réunissant jusqu'à 17 000 visiteurs - est plébiscité par les professionnels, reconnaissant qu'il crée un vrai "buzz".

"Nous exposons depuis l'origine. Dans les premières éditions, il y avait de nombreux prototypes, des produits sortis des garages. Puis ont commencé à apparaître des robots industrialisés et industrialisables", témoigne David Lemaître, patron d'EOS Innovation, à Évry, concepteur de robots de surveillance pour les entrepôts et les usines.

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Autre jeune société du secteur, Alci (basée à Montpellier et proposant aux industriels des solutions robotisées, avec 12 salariés) a reçu 500 000 euros d'argent frais de Robolution Capital, dont Bruno Bonnell est associé fondateur et qui affiche une dizaine de participations.

"L'avantage avec ce fonds, c'est de parler à des gens ayant de l'appétence pour la robotique », loue Hervé Furchi, président d'Alci.

Un avis que partage tout à fait Jean Tournoux : "Robolution dispose de 80 millions d'euros de capital, mais Bruno Bonnell saura relever le curseur si la demande le requiert."

De quoi renforcer l'image d'homme providentiel de la robotique, tel que Bruno Bonnell est dépeint par ses pairs. Et dont il joue.

Marie-Annick Depagneux et Maxime Hanssen

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