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Innovation - La Tribune AURAInnovation technologique - La Tribune AURA

Innovation : à quoi ressembleront les skis de demain ?

Marie Lyan

Publié le 10 février 2016 à 11:08 - Mis à jour le 12 février 2016 à 09:41

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Depuis l'invention des skis paraboliques dans les années 1990, le milieu du ski n'a cessé d'évoluer pour suivre au plus près, voire même anticiper, les besoins des skieurs. Légèreté, performance, design et même interactivité, etc., si les attentes sont nombreuses, les grandes marques et les petits ateliers de fabrication travaillent déjà sur les matériaux de demain, en se tournant notamment vers des matières issues des végétaux. Toute cette semaine, Acteurs de l'économie-La Tribune vous propose un...

Authenticité, performance et légèreté : c'est le triple défi que tentent de relever les fabricants de ski afin de produire le matériel de demain. Car sur ce marché ultra-concurrentiel, où s'affrontent à la fois les grandes marques et de petits ateliers artisanaux en France et à l'échelle mondiale, chaque fabricant se doit d'innover pour conserver ses parts de marché. Et ce, dans un contexte économique difficile, troublé aussi par les aléas de la météo.

"Sur un marché fortement concurrentiel, il faut redoubler d'efforts au niveau de la performance des matériaux, tout en restant compétitifs en termes de coûts pour le grand public", analyse Nicolas Puget, responsable recherche et innovation du Groupe Rossignol.

Aldric Bourgier, directeur du développement R&D du ski alpin et des planches pour la marque Salomon, rappelle que les produits n'ont cessé d'évoluer :

"Lorsqu'on regarde les gammes sur les cinq dernières années, c'est le jour et la nuit. À la fois en termes de géométrie, avec l'arrivée des rockers qui sont désormais presque devenus un basique, mais aussi sur la question des matériaux, puisque le poids des skis qui était auparavant un allié en descente ne l'est plus forcément aujourd'hui."

Entre performance et légèreté

"L'un des principaux défis est de trouver le bon ratio entre légèreté et solidité, car un ski léger a tendance à être moins agréable en descente", affirme Christian Alary, co-fondateur de La Fabrique du ski, un atelier implanté à Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère).

Le modèle L'Orage gronde, de La Fabrique du Ski.

Pour cela, la marque a choisi de miser sur le carbone, "qui rend les skis trois fois plus légers que de la fibre de verre". Depuis trois mois, elle propose même des skis de randonnée entièrement personnalisables, allant de la taille, au choix de l'essence en bois qui compose le noyau, en passant même par le pourcentage de carbone intégré - de 50 à 70 %.

"En fonction de leur pratique, certains skieurs vont favoriser la montée ou la descente, et comme nous ne voulions pas faire ce choix pour eux, nous avons choisi de proposer cette gamme entièrement personnalisable", explique Christian Alary précisant que ce pari lui permet de proposer des skis de randonnée pesant 1,5 kg au lieu des 2 kg habituels.

Depuis deux ans, la marque Salomon travaille sur la combinaison de fibre de lin et de carbone, "en vue d'alléger la structure des skis tout en conservant une bonne structure et un amortissement".

"On ne peut pas être dans un allègement à tout prix. Il faut trouver le bon équilibre avec le carbone, au risque de faire des skis trop secs et trop vibrants", rappelle Aldric Bourgier.

Pour alléger ses skis, la marque Rossignol avoue travailler non seulement sur l'introduction de nouvelles matières comme le carbone, mais aussi de nouvelles essences de bois telles que le peuplier.

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"En compétition, on utilise aussi des fibres de basalte qui ont des propriétés mécaniques supérieures à la fibre de verre, avec une densité similaire, mais une meilleure absorption", précise Nicolas Puget, chez Rossignol.

L'arrivée des matières végétales

Face à l'essor des préoccupations environnementales, les fabricants sont aussi de plus en plus nombreux à se tourner vers de nouvelles matières, issues du végétal.

"On voit notamment beaucoup de fabricants utiliser la fibre de lin pour remplacer en partie la fibre de verre. C'est une fibre naturelle qui consomme très peu d'eau, qui nécessite très peu de pesticides, et dont la France est le premier producteur mondial",rappelle Nicolas Puget, chez Rossignol.

Philippe Bongini, fondateur de la marque de skis et de snowboards Clone, en Ardèche, s'est lui aussi tourné vers la fibre de lin. "Elle reste très intéressante, car elle permet d'avoir une planche plus souple et plus nerveuse", explique-t-il.

Les matériaux composants les produits de l'entreprise Clone en Ardèche.

Principale difficulté : ces nouvelles filières ne sont pas forcément suffisamment structurées en matière d'approvisionnement, comme ce peut être le cas pour l'industrie du lin, déjà très développée dans le nord-ouest de la France et en Europe.

En plus de la fibre de lin, pour laquelle il s'approvisionne auprès d'industriels normands, Salomon s'est intéressé à plusieurs types de fibres (chanvre, ortie, coton, basalte, etc.) avant d'en sélectionner une.

"Nous avons sélectionné celle qui remplissait le meilleur compromis entre performance, coûts et état d'avancement de la chaîne d'industrialisation. La fibre d'ortie était, par exemple, intéressante, mais il n'existait pas vraiment de filière d'approvisionnement", explique Alain Grenetier, spécialiste du développement des nouveaux matériaux chez Salomon.

Chez La Fabrique du ski, les essais réalisés en vue d'intégrer des fibres naturelles, telle la fibre de lin, n'ont cependant pas été concluants. La marque mise davantage sur la résine biosourcée Green Epoxy du marseillais Sicomin, qui garantit au moins 50% de matières végétales.

Le défi de l'industrialisation

Comme dans d'autres secteurs, ce sont en premier lieu les petites entreprises et ateliers artisanaux qui tirent l'innovation, grâce à une plus grande flexibilité dans la mise en œuvre des nouveaux procédés.

"Ces nouvelles matières ne nécessitent pas de nouvelles machines, mais de nouveaux process avec un travail en voile humide, grâce auquel les fibres sont imprégnées directement à la maison, sur la table", explique Philippe Bongini.

Réalisant l'intégralité de ses développements en interne, La Fabrique du ski capitalise même sur sa petite taille et sa flexibilité en proposant ses services de R&D et de développement à de grandes marques pour passer plus rapidement de l'idée au prototype.

Dans les usines Rossignol

Le défi est de taille pour les industriels, puisque Salomon précise qu'il s'écoule en moyenne trois à quatre ans entre le choix d'un nouveau matériau et sa production finale en grande série.

Ces nouvelles matières ont aussi un coût : avec des fibres de lin "en moyenne deux fois plus chères" que les matières traditionnelles comme celle du verre, Philippe Bongini estime que ce surcoût ne peut pas être répercuté sur le prix des produits.

"Étant un petit atelier, nous n'avons pu augmenter ni le volume ni la production. En revanche, nous misons sur des finitions brutes, qui permettent aussi d'avoir des effets de matière et un process moins long."

Pour La Fabrique du Ski, l'introduction de ces nouveaux composants peut tout de même justifier une hausse de prix, notamment pour les skieurs qui recherchent de la performance :

"Avec une différence de 70 à 90 euros bruts à l'achat sur un ski composé à 75 % en carbone, nous sommes obligés de reporter ensuite ce différentiel sur le prix final. Il faut être au juste prix", précise Christian Alary.

Vers des skis connectés ?

Autre annonce qui n'est pas passée inaperçue cet hiver : Rossignol a présenté, en décembre, son premier capteur permettant de connecter ses skis à son smartphone. Il sera commercialisé dès la fin du mois en partenariat avec la startup française PIQ.

"Nous avons entamé ce travail il y a quatre ans, avec une application modeste reliée à un système GPS qui nous avait permis de mettre un pied dans le digital. Le capteur que nous venons de rajouter sur le matériel permet de reconnaître les virages, les sauts et d'entrer dans des détails de comportement de manière plus poussée", analyse Nicolas Puget, responsable recherche et innovation, expliquant qu'une équipe de huit à dix personnes est dédiée en interne à ce type de projets, très en amont.

Amovible, ce capteur est pour l'instant positionné dans un bracelet comportant un velcro en vue de le placer sur n'importe quelle chaussure de ski. Un partenariat signé avec le CEA Tech de Grenoble doit également permettre au fabricant de baliser les étapes suivantes :

"Nous avons l'ambition de pousser les recherches, car les skis connectés présentent de nombreuses contraintes à la fois quant aux batteries, à la résistance au froid, à la neige, aux chocs et aux vibrations", justifie Nicolas Puget, qui rappelle que ces facteurs limitent pour l'instant l'intégration des capteurs directement au sein des chaussures.

Les skis connectés de Rossignol.

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Demain, tous les skis seront-ils nécessairement connectés ? Si les petits ateliers du secteur n'ont pas les moyens de se lancer dans la course, beaucoup surveillent ces évolutions. Avec, parfois, un regard encore dubitatif :

"Mettre de l'électronique dans les skis ? Pourquoi pas ! Mais il faut savoir pourquoi nous le faisons et quel est vraiment l'intérêt final pour le client", nuance Christian Alary, à La Fabrique du ski.

La marque Salomon, faisant désormais partie du groupe Amer Sports, avoue suivre également le sujet, sans y répondre encore complètement :

"Il faut que cela réponde à un besoin réel. Nous sommes pour l'instant plutôt dans une démarche inverse, en s'intéressant d'abord à qui est notre client et ce qu'il aime vraiment pour le mettre ensuite au centre", explique Aldric Bourgier.

Pour cela, le fabricant haut-savoyard devrait pouvoir compter sur une filiale du groupe Amer Sports telle que le finlandais Sports Tracker, spécialisé dans les applications digitales.

Marie Lyan

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