Innovation : à quoi ressembleront les skis de demain ?
Marie Lyan
Marie Lyan
Authenticité, performance et légèreté : c'est le triple défi que tentent de relever les fabricants de ski afin de produire le matériel de demain. Car sur ce marché ultra-concurrentiel, où s'affrontent à la fois les grandes marques et de petits ateliers artisanaux en France et à l'échelle mondiale, chaque fabricant se doit d'innover pour conserver ses parts de marché. Et ce, dans un contexte économique difficile, troublé aussi par les aléas de la météo.
Aldric Bourgier, directeur du développement R&D du ski alpin et des planches pour la marque Salomon, rappelle que les produits n'ont cessé d'évoluer :
"L'un des principaux défis est de trouver le bon ratio entre légèreté et solidité, car un ski léger a tendance à être moins agréable en descente", affirme Christian Alary, co-fondateur de La Fabrique du ski, un atelier implanté à Saint-Pierre-de-Chartreuse (Isère).
Le modèle L'Orage gronde, de La Fabrique du Ski.
Pour cela, la marque a choisi de miser sur le carbone, "qui rend les skis trois fois plus légers que de la fibre de verre". Depuis trois mois, elle propose même des skis de randonnée entièrement personnalisables, allant de la taille, au choix de l'essence en bois qui compose le noyau, en passant même par le pourcentage de carbone intégré - de 50 à 70 %.
Depuis deux ans, la marque Salomon travaille sur la combinaison de fibre de lin et de carbone, "en vue d'alléger la structure des skis tout en conservant une bonne structure et un amortissement".
Pour alléger ses skis, la marque Rossignol avoue travailler non seulement sur l'introduction de nouvelles matières comme le carbone, mais aussi de nouvelles essences de bois telles que le peuplier.
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Face à l'essor des préoccupations environnementales, les fabricants sont aussi de plus en plus nombreux à se tourner vers de nouvelles matières, issues du végétal.
Philippe Bongini, fondateur de la marque de skis et de snowboards Clone, en Ardèche, s'est lui aussi tourné vers la fibre de lin. "Elle reste très intéressante, car elle permet d'avoir une planche plus souple et plus nerveuse", explique-t-il.
Les matériaux composants les produits de l'entreprise Clone en Ardèche.
Principale difficulté : ces nouvelles filières ne sont pas forcément suffisamment structurées en matière d'approvisionnement, comme ce peut être le cas pour l'industrie du lin, déjà très développée dans le nord-ouest de la France et en Europe.
En plus de la fibre de lin, pour laquelle il s'approvisionne auprès d'industriels normands, Salomon s'est intéressé à plusieurs types de fibres (chanvre, ortie, coton, basalte, etc.) avant d'en sélectionner une.
Chez La Fabrique du ski, les essais réalisés en vue d'intégrer des fibres naturelles, telle la fibre de lin, n'ont cependant pas été concluants. La marque mise davantage sur la résine biosourcée Green Epoxy du marseillais Sicomin, qui garantit au moins 50% de matières végétales.
Comme dans d'autres secteurs, ce sont en premier lieu les petites entreprises et ateliers artisanaux qui tirent l'innovation, grâce à une plus grande flexibilité dans la mise en œuvre des nouveaux procédés.
Réalisant l'intégralité de ses développements en interne, La Fabrique du ski capitalise même sur sa petite taille et sa flexibilité en proposant ses services de R&D et de développement à de grandes marques pour passer plus rapidement de l'idée au prototype.
Dans les usines Rossignol
Le défi est de taille pour les industriels, puisque Salomon précise qu'il s'écoule en moyenne trois à quatre ans entre le choix d'un nouveau matériau et sa production finale en grande série.
Ces nouvelles matières ont aussi un coût : avec des fibres de lin "en moyenne deux fois plus chères" que les matières traditionnelles comme celle du verre, Philippe Bongini estime que ce surcoût ne peut pas être répercuté sur le prix des produits.
Pour La Fabrique du Ski, l'introduction de ces nouveaux composants peut tout de même justifier une hausse de prix, notamment pour les skieurs qui recherchent de la performance :
Autre annonce qui n'est pas passée inaperçue cet hiver : Rossignol a présenté, en décembre, son premier capteur permettant de connecter ses skis à son smartphone. Il sera commercialisé dès la fin du mois en partenariat avec la startup française PIQ.
Amovible, ce capteur est pour l'instant positionné dans un bracelet comportant un velcro en vue de le placer sur n'importe quelle chaussure de ski. Un partenariat signé avec le CEA Tech de Grenoble doit également permettre au fabricant de baliser les étapes suivantes :
Les skis connectés de Rossignol.
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Demain, tous les skis seront-ils nécessairement connectés ? Si les petits ateliers du secteur n'ont pas les moyens de se lancer dans la course, beaucoup surveillent ces évolutions. Avec, parfois, un regard encore dubitatif :
La marque Salomon, faisant désormais partie du groupe Amer Sports, avoue suivre également le sujet, sans y répondre encore complètement :
Pour cela, le fabricant haut-savoyard devrait pouvoir compter sur une filiale du groupe Amer Sports telle que le finlandais Sports Tracker, spécialisé dans les applications digitales.
Marie Lyan