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Taïg Khris : "Ma mentalité de sportif était celle d'un startupper"

Karen Latour

Publié le 07 octobre 2016 à 05:00 - Mis à jour le 11 avril 2017 à 14:39

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L'ancien champion du monde de roller a fondé en 2014 sa propre startup, onoff Telecom. Le principe de l'application qu'il a développée est relativement simple : elle permet d'ajouter plusieurs numéros à sa carte sim. Deux ans plus tard, son entreprise compte 35 personnes, et Taïg Khris a levé 1,8 million d'euros au mois de mai. La suite ? Pourquoi pas révolutionner le marché des télécoms. Un nouveau défi à forte adrénaline pour celui qui se jetait, en 2010, du 1er étage de la Tour Eiffel.

En une heure, quatre personnes sont venues vous féliciter, elles vous tutoient, sont impressionnées par votre parcours. Un entrepreneur vous a même surnommé Largo Winch. Comment expliquer cet attrait qu'a le monde de l'entreprise pour votre parcours ?

Les individus ont besoin d'histoires différentes, de se dire que tout est possible. Ils ont besoin de voir qu'un jeune peut encore créer. Surtout dans le secteur des télécoms. A part Xavier Niel, les autres sont dans des circuits fermés, ce sont des entreprises familiales. Il est rare de construire un empire à partir de rien.

Vous réalisez souvent des parallèles entre le sport et l'entrepreneuriat. Quel lien peut-on faire entre ces deux activités ?

Lors de ma carrière sportive, j'ai été obligé d'avoir la mentalité d'un startupper. Par exemple, lors de l'événement à la tour Eiffel, j'ai dû convaincre le gouvernement, les médias, et récolter plus d'un million d'euros pour monter l'événement.Au roller, ceux qui gagnent sont ceux qui réalisent la figure à la mode ou ont la meilleure technique. Ils doivent comprendre quelles sont les attentes du jury, et essayer de se surpasser. Pour créer une figure, je me devais d'être le plus fort. Le schéma est le même dans les technologies. Il faut être au courant des dernières nouveautés, pour anticiper les besoins, les envies des consommateurs.

Justement, vous avez créé votre startup, onoff, après votre carrière de sportif professionnel. Vous venez de finaliser une levée de fonds d'1,8 million d'euros. Comment vous est venue cette idée de vous lancer dans le secteur des télécoms ?

L'idée est née il y a trois ans, alors que je me trouvais en Indonésie avec des amis. Lors de nos longues heures en voiture, je leur parlais de mes idées folles, et lorsque je leur ai parlé de celle-ci, leur réaction fut directement positive. Alors, j'en ai parlé à mon réseau de contacts, et j'ai observé le même phénomène.Je suis également parti du constat que deux mondes se sont créés : les applications d'un côté, et les opérateurs de l'autre. Or, ces deux mondes ne communiquent pas. Les géants des télécoms ne ressentent pas le danger, car la barrière à l'entrée est tellement grande, que personne n'a l'idée de les concurrencer. De fait, les opérateurs innovent peu.

Free a tout de même bousculé le secteur ces dernières années.

Free les a attaqués sur les prix, dans leur monde. Les applications à l'inverse n'ont aucune barrière. Leur survie est liée à l'expérience utilisateur. Il faut être le plus innovant. Or, personne n'a pensé à faire communiquer ces deux mondes.

Comment explique-vous que personne ne l'ait fait avant ?  Est-ce explicable par l'existence de ces barrières ?

Certainement. Il faut être milliardaire pour avoir la volonté de créer dès demain le nouvel SFR. Pour créer mon application, je suis parti de l'expérience utilisateur et ce n'est qu'au fur et à mesure que je me suis rendu compte que pour cela, j'allais devoir devenir un opérateur.

Votre éducation - vous avez été élevé par vos parents, et n'êtes jamais allé à l'école - a-t-elle eu un impact sur votre parcours ?

Mon éducation m'a permis de voir les routes sans barrière. Ma devise est "à chaque jour, son problème", je ne vois jamais plus loin. En ayant cette attitude, cela m'évite de me mettre des freins. Quand je me lève le matin, je me lève avec un rêve-passion qui peut être par exemple "créer un opérateur mondial". Finalement, la seule chance que j'ai, c'est de me remettre en question. Je challenge sans cesse ma vision des choses.

Le challenge, c'est votre maître mot finalement ?

Lorsque je ne travaille pas, quelqu'un d'autre dans le monde le fait à ma place. Si l'on veut devenir un virtuose du piano, il ne faut pas travailler deux heures par jour pendant 20 ans. Mais plutôt 20 heures par jour pendant deux ans. Ce n'est pas tant le nombre d'années qui importe, mais la quantité de travail sur une période courte. Alors, je dois faire des sacrifices pendant encore six ans.

Karen Latour

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