Le « off » est devenu une institution

Pour ce cinquantième anniversaire, Avignon-Public-Off, structure de promotion et de rencontres des négligés du « in » (le festival officiel), annonce quelque 1.850 acteurs et actrices pour 390 compagnies jouant 482 spectacles dans 95 lieux différents. A peine débarqués, quel-ques heures suffisent à ces francs- tireurs pour maquiller façades, réverbères et trottoirs d'affiches et de posters de toutes les formes, de toutes les couleurs. On les voit arpenter les rues et les places, de la gare au parvis du palais des Papes, déguisés, grimés, emplumés, en tambours et en fanfares, pieds nus, sur des échasses, en tricycle, à dos d'âne, en 2 CV, distribuant par milliers tracts et prospectus que le badaud assailli finit par jeter sans même les lire. Ils viennent et s'agglutinent, les inconnus rêvant de se faire connaître, les connus - il y en a d'illustres, entre autres Pierre Clémenti, Bernard Haller, Philippe Léotard, Catherine Dasté, ou Sol pour l'édition 96 - pour ne pas se faire oublier. Ils jouent Molière, Büchner, Brecht, Genet - dont Les Bonnes connaissent trois mises en scène différentes - Cocteau, Dario Fo, Beckett et leurs plus jeunes disciples. Ils se produisent de 10 heures à 2 heures le matin suivant, se succédant sur les mêmes tréteaux comme autant de numéros de cirque, à intervalles chronométrés par leurs bailleurs de fonds de commerce. Parmi ceux-là, quelques-uns louent leurs mètres carrés à prix modéré mais empochent un pourcentage sur les recettes, d'autres échelonnent leurs prix de 1.000 à 3.000 francs par jour pour chaque spectacle. Pour leur promotion et leur publicité, les compagnies dépensent de 20.000 à 40.000 francs auxquels il faut ajouter les salaires et les frais de séjour, soit au total une moyenne comprise entre 100.000 et 150.000 francs pour la durée du festival. Certains sont des Avignonnais permanents, comme les pionniers Benedetto et Gélas, Alain Timar et son théâtre des Halles ou encore André Morel. D'autres cassent leur tirelire pour participer à l'aventure. Tous ou presque courent après les subventions versées par l'Etat ou les collectivités locales dont ils sont issus. Certains centres dramatiques ou assimilés s'installent en Avignon dans le cadre de leurs activités ordinaires. Ainsi la Comédie de Reims, dirigée par Christian Schiaretti, présente-elle, à la caserne des pompiers, deux spectacles, Filles du ciel et de la terre de Joseph Delteil et Ahmed philosophe d'Alain Badiou. Ainsi la Comédie de Caen reprend-elle au Chêne Noir, chez l'Avignonnais Gélas, son merveilleux Moi qui ai servi le roi d'Angleterre, avec Jean-Paul Farré. Le « off » est apparu dans les faits pour la première fois au festival en 1966 avec André Benedetto, poète du cru, acteur, metteur en scène et âme rebelle du petit théâtre des Carmes, qui, afficha pour la première fois un spectacle hors circuit. Le mot « off » lui n'est apparu que cinq ans plus tard, probablement repris par un journaliste inspiré par la scène new-yorkaise. Une dizaine de jeunes troupes se partageaient alors les espaces sauvages. Parmi eux, Gildas Bourdet (aujourd'hui directeur du théâtre de la Criée à Marseille), et Bernard Sobel (toujours à la barre de son théâtre de Gennevilliers). En une dizaine d'années, le phénomène allait prendre des proportions démesurées, dans la pagaille la plus totale. Si bien qu'en 1982, l'un de ses animateurs, Alain Léonard, eut l'idée de créer l'association Avignon-Public-Off pour enfin regrouper et organiser l'incroyable troupeau de compagnies et de saltimbanques. Bernard Dort soutint la démarche et Robert Abirached, alors directeur des théâtres auprès du ministère de la Culture, attribua une subvention symbolique de 15.000 francs. Elle s'élève aujourd'hui à 223.000 francs. Le « off » est ainsi passé de la marge à la

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