"Nous restons à l'écart de toute op ération de concentration"

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Dans la crise financière qui secoue le monde, les assureurs sont-ils plus à l'abri que les banques ?La pression sur les banques est sérieuse. Elles ne conduisent pas leurs politiques d'investissements de la même manière que les compagnies d'assurances. Et ces dernières ne sont donc pas confrontées au même problème de liquidités. À l'exception d'AIG, les assureurs ont des positions solides.Pouvez-vous affirmer qu'Aviva est hors de danger ?Aviva est une compagnie très prudente avec un bilan très solide. Notre expo-sition à Lehman Brothers représente moins de 1 % des 300 milliards delivres [Ndlr : 380 milliards d'euros] d'actifs que nous gérons. Notre exposition à AIG et à ses filiales - prèsde 100 millions de livres - est également très faible.Et votre filiale aux États-Unis ?Nous avons racheté une société aux États-Unis en 2006, nous l'avons rebaptisée Aviva et, depuis cette date, elle s'est beaucoup développée. Sur les nouveaux contrats que nous avons engrangés depuis deux ans, la croissance du profit a atteint 80 %.Ne craignez-vous pas un mouvement de panique des consommateurs provoquant des retraits massifs ?Il y a deux semaines, au moment de la faillite de Lehman, nous avons eu une augmentation de 50 % du nombre d'appels de clients qui voulaient des informations sur leur épargne. Mais nous n'avons pas constaté de mouvements de retraits significatifs. Les gens sont certainement plus prudents dans leurs choix mais ils restent confiants vis-à-vis des compagnies d'assurances. Je pense que c'est une bonne occasion de parler à nos clients et de les rassurer.Dans le contexte actuel, le fait d'être un assureur anglais, notamment en France, n'est-il pas handicapant ?L'une de nos forces est justement notre implantation internationale. Certes, la maison mère est au Royaume-Uni où se concentre encore environ 40 % de notre activité. Mais la majorité de nos clients se trouvent désormais en Europe continentale, dans différents pays. La clé du succès en France comme ailleurs est d'avoir des équipes locales qui connaissent bien les besoins du marché.La crise financière va se traduire par des concentrations. Comptez-vous en profiter ?Il y a un très haut niveau d'incertitudes sur les marchés actuellement et des spéculations liées à telle ou telle possibilité d'acquisition. Dans le cas d'AIG, beaucoup d'hypothèses ont été soulevées. Il serait déjà souhaitable que ,si des activités sont à vendre, elles le soient à un prix correct. Et qu'on laisse un laps de temps raisonnable aux éventuels acquéreurs pour leur permettre de créer de la valeur. Il est évident que d'autres opportunités pourraient émerger. Mais pour ce qui nous concerne, cette année, notre politique a changé. En 2007, nous avons conclu plusieurs joint-ventures importants. En 2008, nous restons à l'écart de toutes opérations en attendant de voir comment la situation va évoluer. Nous préférons conserver des capitaux. Il nous semble que c'est la meilleure chose à faire en ce moment. Car actuellement, pour procéder à une acquisition et parvenir à lever des capitaux, il faut être en mesure de démontrer aux marchés qu'il s'agit véritablement d'une très bonne opération.L'intervention des États dans cette crise, et leur entrée dans le capital de plusieurs banques en Europe, vous semble-t-elle une bonne décision ?Il n'est clairement pas souhaitable que les États aient à s'impliquer financièrement dans cette crise. Mais je pense que, ces derniers mois, chacun a bien pris conscience que cette crise n'allait pas seulement toucher Wall Street et le système bancaire mais absolument tout le monde. Le crédit est en effet un élément moteur de l'économie, un élément fondamental qui concerne directement les individus. C'est la raison pour laquelle les gouvernements ont choisi de ne pas ignorer la situation. Ils doivent soutenir certaines banques et en inciter d'autres à reprendre leurs consoeurs en difficulté. C'est toujours ainsi que cela a fonctionné dans les décennies et même les siècles précédents : quand des établissements avaient des problèmes, ils étaient absorbés par d'autres.Le pire est-il derrière nous ?J'ai tendance à penser que les trois dernières semaines marquent le point culminant de cette crise mais je ne peux pas en être sûr.Partagez-vous le point de vue de ceux qui prônent un changement des règles ?Il faut d'abord se demander si cesont les règles que l'on doit changerou la manière dont les régulateurs les appliquent. Par exemple, au Royaume-Uni, si la FSA avait fait ce qu'elleavait le pouvoir de faire, elle aurait évité la faillite de Northern Rock. Donc, je ne suis pas convaincu que les autorités en charge de la régulation aient besoin de plus de pouvoirs.En revanche, il y a certainementdes leçons à tirer de ce qui s'est passé. Dans l'assurance, les règles de sol-vabilité ont changé au Royaume-Uni anticipant l'adoption de la directive Solvency 2 [Ndlr : prévue fin 2008] et cela a très bien fonctionné. Les assureurs s'en sortent bien. Les régulateurs peuvent donc dire à la fois que les règles sont adéquates et bien appliquées. Cela dit, nous sommes en plein milieu de la crise. Je pensequ'il faudrait attendre pour tirer unbilan sur les effets positifs ou négatifs des règles.Pensez-vous qu'il faille repousser l'adoption de cette directive ?La directive Solvency 2 est en préparation depuis des années. Il faut poursuivre le processus d'adoption. C'est une étape importante qui est dans l'intérêt des consommateurs. Il serait vraiment dommage d'en retarder la mise en oeuvre.De plus en plus de voix s'élèvent contre les règles comptables, estimez-vous qu'elles aggravent l'effet de la crise ?Je pense qu'il y a une différence entre la fair value [Ndlr : juste valeur] et le prix que vous pouvez obtenir sur le marché. La pression sur les liquidités qui pèsent sur les acheteurs entraîne les prix à la baisse bien en dessous de la valeur économique. La pratique mark to market [Ndlr : valeur de marché ] fonctionne dans 95 % à 98 % des cas. Mais lorsqu'il se produit des événements extrêmes, il est logique que des voix s'élèvent pour réclamer une intervention permettant d'éviter que ce système aggrave la situation. Il y a un danger à cela : que les observateurs du marché ou même les consommateurs estiment que l'on change les règles quand ça nous arrange. Donc, cela nécessite un effort de communication pour expliquer pourquoi, dans cette période particulière, il faut considérer les choses sous un autre angle. Quand le marché immobilier s'est effondré au Royaume-Uni dans les années 90, les banques ont enregistré des pertes mais la valeur des biens a fini par remonter. Certes, il a fallu des années. Mais la banque est un métier de long terme. C'est encore plus vrai pour les assureurs qui ont une vision à très long terme. Or le mécanisme du mark to market impose une vision court-termiste. C'est pour cette raison qu'il y a davantage de discussions sur ce sujet actuellement que durant ces dernières années.La fédération des assureurs européens estime que la crise montre la nécessité de mettre en place un mécanisme de contrôle des groupes européens. Êtes-vous d'accord ?Absolument. Au bout du compte, ce sont les fonds propres totaux d'un groupe qui offrent une protection aux assurés. Je sais qu'il y a un débatpolitique actuellement autour de cette question du contrôle des groupes. Je pense que le souci ultime de protéger au mieux les consommateurs l'emportera.Quel conseil donneriez-vous à un épargnant ? Vous, par exemple, que feriez-vous de votre argent ?Il faut regarder attentivement l'institution dans laquelle on souhaite placer son argent. Et se forger une opinionsur sa sécurité. Mais il n'y a pasd'inquiétudes à avoir. La grande majorité des institutions financières sontsûres. Les assureurs le sont tout particulièrement. N'oubliez pas que lorsqu'on dirige une compagnie d'assurances - ce qui est mon cas -, on a des comptes à rendre à ses actionnaires mais aussi à ses détenteurs de contrats. Ces derniers attendent qu'on tienne une promesse qui nous engage sur trente voire quarante ans. Nos investissements n'ont pas vocation à satisfaire des actionnaires qui cherchent à réaliser une plus-value en trois mois ou en un mois.Estimez-vous que la crise aura des conséquences politiques majeures dans les mois et années à venir ?L'ensemble des gouvernements occidentaux ont pris clairement conscience de ce qui se passe sur les marchés financiers. Ils font preuve de bon sens. Regardez comment les sénateurs américains ont pris leurs responsabilités. Mais, en tout état de cause, je trouve sain que le législateur fasse preuve de vigilance dans le montage d'un plan [Ndlr : Paulson] qui implique lescontribuables. Je crois qu'il faut se garder de critiquer le Congrès !Avez-vous été consulté par le gouvernement britannique ou les autorités européennes ?Le secteur de l'assurance n'a pas été impliqué au départ, car la crise ne le concernait pas. Mais depuis peu, il y a un vrai dialogue. Je trouve cela très constructif et je serai ravi de donner de mon temps pour y participer.

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