Avec la crise, la survie de l'euro est en jeu

Martin Feldstein La Chronique des économistesL'Union économique et monétaire européenne (UEM) et l'euro vont fêter leur dixième anniversaire. L'euro se porte bien depuis son lancement sans heurts, aidé par la Banque centrale européenne qui a pour seule mission de contrôler l'inflation.La crise économique actuelle pourrait mettre à l'épreuve la survie de l'euro. Si elle peut renforcer les institutions de l'UEM, elle peut aussi multiplier les risques pour chaque État membre.Or la situation de chaque membre peut évoluer si diversement que certains leaders politiques nationaux pourraient adopter des politiques divergentes des autres membres. Les différences actuelles entre les taux d'intérêt des obligations d'État de la zone euro montrent que les marchés financiers envisagent une rupture comme possible. Par exemple, les obligations d'État à 10 ans en Grèce et en Irlande rapportent désormais près d'un point de pourcentage de plus que les obligations comparables en Allemagne, tandis que le taux de celles de l'Italie est presque aussi élevé.Si une rupture de ce type est plus difficile au sein de l'UEM pour des raisons techniques et juridiques, pour autant les pays qui le veulent vraiment peuvent se retirer. La raison la plus évidente serait de vouloir échapper à la politique monétaire identique imposée par la monnaie unique. Les pays qui seraient en crise ces prochaines années et craindraient qu'elle ne devienne chronique pourraient être tentés de quitter l'UEM, afin d'assouplir leurs conditions monétaires et de dévaluer leur monnaie.Le Pacte de stabilité et de croissance, qui limite les déficits budgétaires des membres de la zone euro, est une autre raison de vouloir quitter l'UEM. En cas de grave récession, certains pays pourraient opter pour une politique keynésienne traditionnelle par le biais de mesures d'incitation budgétaire à grande échelle et financées par le déficit. Bien que le Pacte de stabilité et de croissance soit suffisamment élastique pour stimuler le déficit, il peut arriver que des pays se sentent empêchés d'agir comme ils l'entendent.La crise financière soulève un autre problème?: l'absence de véritable « prêteur de dernier ressort ». Reste à voir dans quelle mesure la BCE sera disposée à proposer aux banques centrales et nationales le volume d'euros nécessaire pour jouer ce rôle. Si un pays voit ses banques s'écrouler parce que sa banque nationale n'a pas pu leur prêter suffisamment, il risque de quitter l'UEM pour que cette banque fournisse autant de monnaie locale qu'elle le juge nécessaire.Par ailleurs, la crise a renouvelé le débat sur la nécessité de mettre en place une autorité fiscale pour l'Union européenne. Quelle que soit la logique de cette proposition, elle ouvrirait la voie à une redistribution plus importante des revenus, ce qui serait une raison suffisante pour que les pays à revenus élevés veuillent quitter l'Union.Même si les responsables ne veulent pas abandonner l'euro, ils risquent d'en arriver là pour amener les autres pays à accepter un changement. Les pays considérant la politique monétaire et fiscale trop stricte pourraient menacer de se retirer. Le risque est certes que les autres ne soient pas intimidés. Les auteurs des menaces devraient alors choisir entre une défaite humiliante et rester dans l'Union, ou camper sur leur position et partir.Tout cela suppose que les responsables opteront uniquement pour un changement de politique qu'ils estiment dans l'intérêt à long terme de leur nation. Il n'est pas exclu que certains politiciens agissent par intérêt personnel, voyant dans la crise une chance d'être élus, en promettant de retirer leur pays de l'UEM ou en menaçant de le faire si les autres membres n'acceptent par les changements politiques proposés.Tout cela ne signifie pas que l'Union monétaire sera inévitablement victime d'un grave déclin économique. Toutefois, la crise actuelle sera un test plus exigeant pour l'euro que ceux qu'il a dû passer durant dix ans.© Project Syndicate 1995-2008.

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