Des liens familiaux historiques entre les deux groupes

Volkswagen et Porsche, c'est une histoire de famille. Le prestigieux constructeur de voitures de sport n'a-t-il pas été fondé en 1947 par Ferry Porsche, fils de Ferdinand, le célèbre créateur de la première Volkswagen chère à Adolf Hitler ? Les premières Porsche utilisaient d'ailleurs des mécaniques Volkswagen. Pourtant, le destin des deux constructeurs aura divergé pendant presque soixante ans, malgré quelques projets industriels communs (Volkswagen-Porsche 914 de 1969, 4×4 conjoint de 2002).David convoite goliathMais, en 2005, le destin va soudain les rapprocher. En septembre de cette année-là, Porsche annonce en effet qu'il compte prendre 20 % de Volkswagen. À la surprise générale. David à l'assaut de Goliath. À l'origine de ce projet paradoxal : l'ego d'un homme, Wendelin Wiedeking, président de Porsche, qui veut mettre à profit ses énormes liquidités et son talent reconnu de financier. Il ambitionne de devenir un géant de l'automobile.En avril 2007, la petite firme de Stuttgart augmente sa participation à près de 31 %. En octobre 2008, Porsche décide de passer à la vitesse supérieure, manifestant son intention d'acquérir 75 % du premier constructeur automobile européen. Il fait savoir à cette occasion qu'il détient déjà 42,6 % des actions de Volkswagen. En janvier 2009, Porsche détient la majorité des parts, avec 50,76 %. Il semble avoir réussi un pari a priori insensé.Seulement, voilà, la crise survient, violente. Et le richissime Porsche se retrouve? surendetté (14 milliards d'euros selon l'hebdomadaire allemand « Focus », 10 milliards officiellement). Du coup, patatras ! Le 6 mai dernier, contraint et forcé, Porsche enterre piteusement son projet de reprise complète de Volkswagen. Le 11 mai, Ferdinand Piëch (petit-fils de Ferdinand Porsche), ex-patron du groupe Volkswagen (de 1993 à 2002) et président de son conseil de surveillance depuis cette date, sort de l'ombre. Jusque-là sur la réserve, il sent que son heure a sonné et part à l'offensive, s'en prenant publiquement à Wendelin Wiedeking. Les relations dégénèrent alors entre les deux groupes ainsi qu'entre Ferdinand Piëch et son cousin Wolfgang Porsche, patron du conseil de surveillance de Porsche. Le feuilleton tient l'Allemagne en haleine, avec tous les ingrédients d'un bon scénario (querelle d'héritiers milliardaires, déballage public des griefs, règlements de comptes dans les coulisses, etc.).Nouveau rebondissement le 9 juin : Porsche, qui ne s'avoue pas vaincu, annonce une négociation avec l'émirat du Qatar pour une prise de participation en son sein et un rachat d'options Volkswagen. Mais le premier constructeur européen contre-attaque et propose alors à Porsche de lui reprendre 49,9 % de ses activités automobiles. Rien de moins. Dès lors, la bataille va être brève. Et, le 23 juillet, Volkswagen annonce la victoire. Wendelin Wiedeking est poussé à la démission.rivaliser avec toyotaÀ 72 ans, Ferdinand Piëch a donc gagné. Ce milliardaire redouté mais apprécié des syndicats pour sa sauvegarde des emplois, mégalomane ? il avait naguère fait racheter par Volkswagen des marques de luxe à l'utilité contestée comme Bentley, Lamborghini ou Bugatti ? et ingénieur visionnaire, concrétise ainsi son ambition de créer le seul constructeur capable de rivaliser avec Toyota pour la première place mondiale. A.-G. V.

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