La décrue de Wall Street menace à nouveau les fonds de pension

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À deux mois et demi de la clôture des comptes 2008, la chute de 35 % des indices à Wall Street a de quoi inquiéter. D'une situation confortable d'excès de ressources par rapport aux engagements futurs en matière de retraites, les fonds de pension des sociétés de l'indice S&P 500 risquent fort de tomber en déficit. Pour Michael Moran et Abby Joseph Cohen , chez Goldman Sachs, le taux de couverture des engagements futurs par les actifs des fonds serait aujourd'hui de 91 %, contre 108 % à fin 2007 pour les fonds à bénéfices définis. Le déficit cumulé représenterait 115 milliards de dollars, après un excédent de 95 milliards de dollars en 2007.Le S&P 500 n'avait plus affiché un tel niveau de couverture depuis 2003-2004, après un creux à 84 % en 2002. Au lendemain de l'éclatement de la bulle Internet et du scandale Enron, la chute de Wall Street avait alors poussé de nombreuses entreprises à opter pour un régime de retraite à contributions définies pour les nouveaux salariés, leur laissant ainsi la responsabilité des rendements de leurs investissements. Les programmes à bénéfices définis engagent à l'inverse les entreprises sur un rendement, les obligeant à remettre à flot en cas de déficit.Sur l'indice S&P 500, les analystes de Mercer évaluent le statut de financement des fonds de pension à fin septembre à 97 %, contre 104 % à fin 2007. Soit un déficit cumulé de 35 milliards de dollars. Ce bilan aurait pu être plus inquiétant encore, préviennent-ils. Le taux servant à actualiser les retraites à venir, celui des obligations de bonne qualité notées AA, a progressé depuis fin 2007. Ce qui a pour effet de réduire mécaniquement la valeur actualisée des engagements. Si ce taux venait à retrouver son niveau moyen des années 2003-2007 sans rebond des actions, le taux de couverture pourrait chuter à 77 %.CERTAINES SOCIETES DEVRONT RENFLOUER LEURS FONDSDepuis 2006, la loi américaine impose, sur un calendrier échelonné jusqu'en 2011, un objectif de couverture des engagements futurs de 100 % pour les fonds de pension, au lieu de 90 % jusqu'alors. Pour 2008, le taux visé est de 92 %. Le S&P 500 n'en serait donc pas loin, selon Goldman Sachs. Certaines sociétés devront tout de même renflouer leurs fonds, " au moment même où beaucoup d'entre elles cherchent à conserver du cash ", soulignent Michael Moran et Abby Joseph Cohen. Consolation, elles pourront le faire sur sept ans. Depuis 2006, les normes comptables imposent, de plus, d'entrer immédiatement au bilan l'excès ou le déficit des plans de retraite.Les sociétés n'ont qu'une obligation d'information annuelle sur le sujet. Il est difficile aujourd'hui de connaître la situation exacte de chacune. Mais celles qui affichaient des déficits fin 2007 ont peu de chances d'avoir vu leur situation s'améliorer. Selon Goldman Sachs, Raytheon, Johnson & Johnson, ExxonMobil, ConocoPhillips ou encore Alcoa présentaient parmi les déficits les plus larges de l'indice S&P 500 l'an dernier, avec des trous de 950 millions à 1,6 milliard de dollars. Viacom affichait le taux de couverture le plus faible, à 58 %, loin devant Schering-Plough (82 %), Johnson & Johnson (87 %), Goodyear (87 %) ou encore ExxonMobil (88 %). Et pour quelques-uns, comme General Motors, les engagements futurs représentent des sommes astronomiques, comparés à la capitalisation boursière (plus de 19 fois pour GM). Certains apparaissent donc plus vulnérables que d'autres face à la réaction du marché.Aux Pays-Bas, les fonds sont dans le rougeLe plus grand fonds de retraite néerlandais, le Fonds civil national (ABP), est descendu lundi sous le ratio de 105 % entre produits des investissements et retraites à verser, imposé par les autorités financières. ABP, qui compte 2,5 millions d'adhérents, gère les retraites complémentaires des fonctionnaires. Ses pertes s'élèvent à 38 milliards d'euros depuis janvier, sur 170 milliards investis. Placé lundi sous supervision de la banque centrale néerlandaise, le fonds a trois ans pour sortir du déficit. Les caisses de retraite néerlandaises ont perdu 100 milliards cette année, sur 700 milliards investis. Dans ce contexte, en 2009, les retraites ne seront pas indexées sur l'inflation.S. C., à Amsterdam

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