2 millions de chômeurs au Royaume-Uni

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Infographie2col 70mmÀ première vue, avec sa carrure de rugbyman et son large sourire, Kevin Arnold ne fait pas penser à une victime de la crise. Pourtant, depuis que cet employé de l'usine Honda de Swindon, dans l'ouest de l'Angleterre, a été mis au chômage technique pour quatre mois, il est devenu l'illustration du marasme économique dans lequel s'enfonce la Grande-Bretagne, alors que le chômage vient de dépasser la barre des 2 millions de personnes. Soit une hausse de 420.000 personnes sur un an, portant le niveau de chômage au plus haut depuis douze ans, à 6,5 %. L'usine Honda de Swindon a fermé début février et ne rouvrira pas avant le mois de juin : le constructeur compte sur cet arrêt de la production pour écouler les stocks de la Civic, le modèle produit sur place. Sur les 4.800 employés, plus d'un millier ont déjà quitté l'usine, profitant d'un plan de départ volontaire. Mais Kevin fait partie de ceux qui ont préféré rester, espérant que la crise ne durera pas trop longtemps. Prudent, il a néanmoins commencé à rogner sérieusement sur ses dépenses : « Pour nos courses hebdomadaires, nous n'allons plus chez Tesco (enseigne de supermarché), mais chez Aldi (un hard discounter). Le vendredi, je m'autorise un extra en allant jouer aux fléchettes, mais j'ai réduit mon budget à 25 euros, soit trois fois moins qu'avant. »Dans son cercle familial, Kevin n'est pas le seul à être hanté par le spectre du chômage. Son fils, comptable, vient d'être mis à la porte de l'institution financière pour laquelle il travaillait. « Avec sa mère, on l'avait poussé dans cette direction, fulmine Kevin. Il a un diplôme universitaire et il avait tout fait dans les règles. »désarroiAu centre-ville de Swindon, la crise s'affiche désormais partout. La vitrine de Woolworths, l'enseigne de bazar qui a fait faillite peu avant Noël, est barrée de planches de bois, tandis qu'en face, un magasin de vêtements a fermé le mois dernier. Mark Neilson, à la tête d'une agence de travail temporaire située dans une rue voisine, cache mal son désarroi. « Avant, seules les personnes non qualifiées entraient ici. Désormais, nous recevons des comptables, des agents immobiliers, et même d'anciens employés de KPMG. »Pour les habitants, le réveil est d'autant plus difficile qu'ils pensaient avoir mangé leur pain noir. Dans les années 1980, payant au prix fort sa trop grande dépendance à l'égard de l'industrie ferroviaire, la petite ville avait été dévastée par la crise. Mais elle s'était reconstruite en trouvant un juste équilibre entre les activités : usines automobiles, centres de distribution, services financiers? Un modèle aujourd'hui balayé par la crise. Car de l'avis des locaux, la vague de licenciements, qui a débuté l'été dernier, est loin d'être achevée. Si la demande ne reprend pas dans l'automobile, Honda pourrait être forcée de tailler de nouveau dans ses effectifs. « Socialement, nous sommes au début de nos problèmes », reconnaît Bill Cotton, de la mairie de Swindon. n

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