Les nouveaux pères tiraillés entre carrière et enfants itre2lignes
La Tribune
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« J'étais tellement plongé dans les événements que j'ai oublié l'anniversaire de mon fils. » « Après avoir été chercher ma femme à la maternité, je suis retourné travailler. Il faut être stupide ! » « J'ai toujours relégué au second plan ma vie de famille. Ma femme et mes filles me l'ont reproché. » Quel homme n'a pas un jour été assailli de doutes sur les priorités de son existence ? Ces propos ? dont l'intégralité peut être retrouvée sur le site de laTribune ou de l'Orse ? sont ceux de dirigeants qui, après s'être pleinement donnés à leur travail, regrettent de n'avoir pas consacré davantage de temps à leur famille. Force est de reconnaître qu'être à la fois cadre et père a longtemps été difficilement compatible, mais la « paternit頻 est une valeur qui monte. Comme l'explique Sylviane Giampino, psychanalyste, « les hommes ont rejoint les femmes sur un point : ne pas tout miser sur le travail pour réussir sa vie. Les violences managériales, la financiarisation et les sièges éjectables à tous les étages produisent leurs effets ». Les jeunes pères sont plus attentifs à leur vie personnelle, même si cette nouvelle attitude ne suscite pas toujours l'enthousiasme dans les entreprises. Les chiffres du sondage, publiés par l'Orse, font apparaître que le fait de consacrer davantage de temps à sa vie de famille est bien accepté à hauteur de 22 % pour les hommes, alors que pour les femmes, cette tolérance est de 60 %. Selon le délégué général de cet observatoire, François Fatoux, « la parentalité est aussi l'affaire des hommes. Or nous avons constaté que leur faible implication dans la sphère familiale empêche les femmes de prendre plus de responsabilités dans l'entreprise. Car pour faire carrière, il faut être fortement investi ». L'Orse vient de publier un guide pratique destiné à promouvoir la parentalité auprès des salariés masculins, illustré de mini-bandes dessinées? plus efficaces que de longs discours ! L'idée que l'éducation des enfants se partage commence donc à faire son chemin. La multiplication des divorces et les systèmes de garde alternée y ont contribué. Ainsi, le congé paternité ? instauré en France en 2002 ? a fini par séduire après avoir longtemps été regardé de haut. « Nous souhaitons participer à l'évolution des rôles dans la société et considérons qu'un congé paternité est un moyen de l'accompagner », précise-t-on chez Schneider Electric. Mais toutes les entreprises ne font pas preuve de la même ouverture, si bien que beaucoup de pères hésitent encore à utiliser ce droit. Seuls 6 % des hommes interrompent temporairement leur activité à l'arrivée d'un enfant contre près de 40 % des femmes. Pour Dominique Meda, sociologue, « si de nombreux pères revendiquent aujourd'hui une paternité active, ils ne sont pas prêts à mettre leur carrière en danger. Les aspirations égalitaires se heurtent à de fortes résistances. Lorsque l'on est un homme et que l'on fait carrière, performance doit rimer avec présence ». D'ailleurs, nombreux ont pu faire le constat : à l'arrivée du premier enfant, alors que la jeune mère a tendance à réduire la cadence, le père, lui, met un coup d'accélérateur dans sa carrière. La publicité serait-elle responsable de ces blocages en continuant d'opposer les « breadwinner » aux « fées du logis » ? Selon le sondage BVA cité plus haut, 70 % des Français pensent que les campagnes devraient mettre davantage en scène les hommes dans des activités ménagères. Sur ces sujets, la France, en vrai pays latin, est sans surprise relativement en retard par rapport à d'autres pays comme la Suisse, les Pays-Bas, le Danemark, la Lituanie, la Norvège ou encore la Finlande !
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