Cote d'amour

EDF vous appartient..." Avec ce slogan, la CGT entendait bien convaincre les Français de refuser l'ouverture du capital de l'entreprise publique. Les Français ont pris le syndicat au mot, mais en choisissant d'inverser sa logique. Puisque EDF "nous appartient", le meilleur moyen d'influer sur son destin n'est-il pas d'en devenir actionnaire ? Des millions de Français ont répondu positivement à cette question. La barre des 4 millions d'actionnaires particuliers que s'était fixée le PDG de l'entreprise sera aisément atteinte et dépassée ce soir, à l'issue de la période de souscription. Une vraie cote d'amour. Du même coup, EDF coiffera la couronne de "l'entreprise préférée des épargnants", détrônant France Télécom et ses 3,9 millions d'actionnaires individuels au compteur lors de son introduction en Bourse fin 1997. Le gouvernement et son ministre des Finances - et leurs prédécesseurs -, qui se sont âprement battus pour faire cette démonstration, ne seront pas les derniers à se féliciter du succès de cette opération d'actionnariat populaire. Il relativise considérablement les accusations souvent entendues de "bradage" et de "liquidation" d'un actif public. Surtout s'il s'avère, comme certains indices le laissent présager, que les salariés de l'entreprise ont donné l'exemple en se portant massivement acheteurs des actions proposées. Dans cette hypothèse, l'engouement des salariés pour cette opération - facilitée, il est vrai, par des conditions de souscription passablement avantageuses - fixerait les limites de l'influence réelle des organisations syndicales opposées à l'ouverture du capital. Qu'ils soient salariés ou épargnants anonymes, les nouveaux actionnaires d'EDF ont en commun un lien affectif fort avec l'électricien. Un lien qui va au-delà des calculs de rentabilité ou des analyses stratégiques qui fondent les décisions des grands investisseurs institutionnels. Davantage qu'un placement rationnel, cette adhésion populaire est surtout, dans la plupart des cas, un vote de confiance, plus spontané que véritablement raisonné, dans les perspectives d'avenir de l'entreprise. On peut aussi y voir l'expression d'une volonté de disposer d'un pouvoir, au cas où ce gouvernement, ou un autre, reviendrait sur sa promesse de ne pas privatiser l'entreprise préférée des Français.

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