Alan Mulally affronte une crise majeure chez Ford

Ça va réellement bien. C'est très dur. Mais nous faisons ce qu'il faut faire. " À défaut de recettes miracles pour sauver une entreprise qui a perdu 5,8 milliards de dollars sur le seul troisième trimestre 2006, Alan Mulally use à la perfection de la langue de bois. Lors d'un dîner avec la presse américaine début janvier, le nouveau PDG de Ford s'est en effet voulu rassurant, affirmant : " Le plus important, c'est d'adapter les capacités de production aux ventes. " Ben, voyons !C'est justement ce que le constructeur de Dearborn, dans le Michigan, essaye de faire, désespérément, avec son troisième plan de restructuration en cinq ans. Objectif du dernier en date : réduire les effectifs de 40.000 personnes et fermer plus d'une douzaine de sites outre-Atlantique. Car, avec des ventes qui ont encore chuté de 7,9 % aux États-Unis l'an passé, le groupe a dû réduire en fin d'année sa production de 20 %. Et il pourrait la diminuer encore de 8 à 12 % au premier semestre 2007.D'ailleurs, après avoir été coiffé par Toyota au deuxième rang des constructeurs mondiaux, Ford devrait perdre, cette année, sa deuxième place sur son marché intérieur, toujours au profit du rival nippon... à qui Alan Mulally a rendu visite fin décembre, nourrissant les spéculations sur un possible rapprochement. Une vraie humiliation pour l'entreprise familiale qui avait naguère inventé le concept de la voiture de masse avec la Ford T. Il est vrai qu'Alan Mulally a toujours admiré la firme japonaise. Ne conduisait-il pas une Lexus (marque haut de gamme de Toyota) avant son arrivée chez Ford, en septembre ?À 61 ans, l'ex-vice-président de Boeing qui a remplacé Bill Ford, arrière-petit-fils du fondateur de l'entreprise qui prit son nom, affronte une crise grave. Ford, qui avait fait un temps des appels du pied à Carlos Ghosn, PDG de Renault et Nissan, est sans doute aujourd'hui le plus malade des " big three ". Le constructeur n'espère pas renouer avec les bénéfices en Amérique du Nord avant 2010, selon des sources internes !MISE EN VENTE POSSIBLE D'ASTON MARTINLes activités en Europe et en Asie-Pacifique, même si elles sont moins mal en point, continuent aussi d'être déficitaires. Un comble : son pôle de luxe PAG reste obstinément dans le rouge. Du coup, Ford devrait vendre cette année sa marque anglaise de voitures de sport Aston Martin. Et, s'il trouvait des acheteurs - un cas a priori peu probable - le groupe à l'ovale bleu serait prêt à embrayer pour céder Jaguar et Land Rover.Le groupe, qui a levé la bagatelle de 25 milliards de dollars, via l'émission d'obligations et l'octroi de lignes de crédit bancaires, est confronté à de fortes dépenses de santé et engagements de retraite. Il supporte également des coûts de production plus élevés que ceux des " transplants " nippons, localisés dans des zones non syndiquées.Mais, au-delà des facteurs structurels extérieurs, Ford est victime de ses changements continuels de stratégie, se comportant avec superbe comme s'il dominait toujours le monde automobile. Après avoir centralisé l'entreprise au niveau mondial dans les années 90, Ford l'a régionalisée, pour être plus près des marchés, avant de la recentraliser de nouveau, en vue de meilleures économies d'échelle. De même, après avoir donné la priorité à l'acquisition dispendieuse de marques prestigieuses comme Volvo et Land Rover, le groupe se focalise aujourd'hui sur ses gammes traditionnelles de produits populaires aux États-Unis, en perte de vitesse.LOURDE MACHINERIE INEFFICACEÀ ces politiques erratiques, s'ajoute une valse des hommes aux postes-clés. Ceux-ci semblent dès lors se préoccuper davantage de leur carrière et du poste suivant que de la gestion des activités qui leur sont provisoirement confiées. Paradoxalement, cette " bougeotte " d'en haut se combine avec une bureaucratie et des baronnies qui poussent plutôt à l'immobilisme, et pondèrent d'ailleurs les grands coups de barre stratégiques. Bref, une lourde machinerie inefficace, en dépit des vaines et grandes proclamations au sommet.Crédité du redressement de la branche appareils commerciaux de l'avionneur de Seattle, Alan Mulally a une étroite marge de manoeuvre. De toute façon, vu son âge, il est perçu comme un patron intérimaire. Pas de quoi renforcer sa légitimité.

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