La Ruhr refuse la fermeture de Nokia

Dans la " tente de la solidarité " située devant l'entrée de l'usine Nokia à Bochu se pressent salariés, curieux, personnalités et journalistes. Des messages d'encouragement au personnel sont accrochés le long des parois de toile blanche. Dehors, des flammes s'échappent de deux braseros. Un camion à benne vient de déverser sur le côté une tonne de charbon. Voilà planté le décor classique d'un combat social dans la région de la Ruhr minière et industrielle qui en a vu tant d'autres. Sauf que, de l'avis général, on est dans du jamais vu.APPELS AU BOYCOTTDES POLITIQUESLe 15 janvier, le groupe finlandais Nokia annonçait à la surprise générale qu'il fermerait d'ici au milieu de l'année son site de production de téléphones mobiles à Bochum. Quelque 2.300 salariés, 1.000 intérimaires et des centaines d'emplois chez des sous-traitants sont menacés. Une usine flambant neuve en Roumanie doit hériter de la majeure partie de la fabrication. Personne à Bochum n'a cru un tel scénario possible. " En mai dernier, le chef du personnel est venu expliquer que la construction de l'usine en Roumanie était destinée à augmenter les capacités de production et que cela n'aurait aucune influence pour nous ", se souvient Frank Schubert, délégué du personnel et adhérent au syndicat IG Metall.Après une réaction de révolte traversant tout le pays, la direction du groupe à Helsinki a noté qu'aucune grève de protestation n'était lancée sur le site. Ulrike Kleinebrahm, responsable à Bochum du syndicat IG Metall, s'en explique : " En cessant le travail alors qu'il est prévu de déplacer toute la production, nous n'aurions plus rien à négocier. Notre stratégie inhabituelle gêne davantage la société. "Une gêne plus efficace semble-t-il que des appels au boycott lancés dans le monde politique. Certes, au coeur de Bochum, Benjamin, vendeur dans un magasin Vodafone, affirme qu'" une bonne moitié des clients voulant un nouvel appareil spécifient d'emblée : "Pas de Nokia !"". Plusieurs villes dans la Ruhr ont annoncé renoncer à équiper leurs fonctionnaires de mobiles Nokia. Ailleurs, les consommateurs semblent avoir d'autres intérêts en tête. Un vendeur à Berlin ne note " aucune différence. Les gens regardent les prix, c'est tout ".Le groupe finlandais, d'abord hermétique à tout dialogue, a cependant changé d'attitude. Le patron du numéro un mondial des mobiles, Olli-Pekka Kallasvuo, a reconnu son erreur de communication. Et, lundi 28 janvier, il rencontrait des responsables politiques régionaux et fédéraux. Un groupe de travail multipartite a été créé, chargé de rechercher des solutions " innovantes " pour Bochum. " Ce groupe va d'abord évoquer la question du maintien du site, puis seulement en cas de réponse négative seront étudiées des mesures d'accompagnement social ", précise Hartmut Schauerte, secrétaire d'État au ministère de l'Économie.Car ce Standort ("lieu de production") a des arguments à faire valoir, souligne Ulrike Kleinebrahm. Les lignes de production peuvent fonctionner sept jours sur sept avec des équipes en " trois huit ". Des chercheurs proposent des innovations directement applicables. La flexibilité des horaires est poussée à l'extrême. Quant à la question des coûts de personnel généralement invoquée en cas de délocalisation, " ils représentent moins de 4 % du coût de fabrication ", tranche la syndicaliste. Sans compter que le plan d'investissement préparé avec la direction en 2007 pour doubler la production à effectifs constants aurait ramené le coût unitaire au niveau d'une usine en Hongrie...DES ACTIONS SYMBOLIQUESSONT A VENIRDe passage ce mardi 29 pour soutenir les salariés, le président du Bundestag (chambre basse du Parlement), Norbert Lammert, natif de Bochum, s'exclame dans un mégaphone : " Aucune des conditions habituelles, lorsque se pose la question du maintien d'un site de production, ne sont ici remplies. " Selon le magazine allemand Capital, le site aurait contribué l'an dernier pour 134 millions aux bénéfices de Nokia.Officiellement, le finlandais n'a annoncé qu'un plan de fermeture. Le conseil de surveillance de sa filiale allemande doit se prononcer le 28 février. Des actions symboliques vont se poursuivre pour tenter de marquer les esprits. Après la manifestation du 22 janvier, une fête de solidarité prévue le 10 février verra une chaîne humaine ceinturer l'usine sur plusieurs kilomètres, chaque participant ayant une torche à la main. Pour ce délégué du personnel, " ce doit être une fête joyeuse, pas une marche funèbre ".

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