« Les autorités japonaises doivent être plus exigeantes »

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« La Tribune ». - L'affaire Sumitomo a montré que le LME ne semblait pas au courant de toutes les transactions effectuées, qu'en pensez-vous ? Eric Bettelheim. - Le problème du LME tient à ses habitudes, telles que, par exemple, les transactions hors séance, qui équivalent à un marché de gré à gré, et pour lequel il n'existe pas, pour les intermédiaires, de reporting obligatoire des positions de leurs clients. De plus, la population des intervenants sur le LME a changé au fil des années. Elle comporte désormais un nombre important d'institutions financières. Or ces nouveaux acteurs ne produisent pas, et ne stockent pas le métal. Ils ne travaillent qu'avec des liquidités, soumises à des ratios prudentiels, et qui exigent donc un ajustement quotidien. En cas de pertes potentielles, ces institutions doivent donc trouver du liquide pour respecter le ratio. Pour ce faire, elles soldent souvent d'autres positions sur d'autres marchés, avec le risque d'instabilité que cela implique sur tous les marchés et tous leurs acteurs. On dit pourtant que le problème vient des maisons de négoce qui sont considérées comme des non-banques et donc non soumises à une réglementation, à un ratio prudentiel... Il ne s'agit pas de réglementer les non-banques, qui sont les clients finaux des institutions financières. Il s'agit, pour les autorités de marché et de tutelle, de savoir, à travers les intermédiaires, quelles sont les positions détenues par les clients finaux sur tous les marchés, comme cela se pratique aux Etats-Unis. Qu'en est-il de l'habitude des intermédiaires de faire généreusement crédit à leurs clients ? C'est une habitude perverse à plus d'un titre, puisque l'intermédiaire est exposé vis-à-vis de son client, dont il reste à savoir, en cas de forte fluctuation des cours, s'il paiera vraiment les marges à temps. Il est aussi exposé vis-à-vis de la Bourse elle-même. Pire, cela encourage certains traders, comme celui de Sumitomo, à prendre des positions toujours plus importantes, puisque, du point de vue de la trésorerie du client, il n'y a pas de sortie de liquidités. Enfin, sur le LME, le paiement des marges ne s'effectue pas quotidiennement comme ailleurs, mais seulement tous les trois mois. Les traders ont pris l'habitude, avec la bénédiction des intermédiaires, de rouler tous les trimestres leur positions, ce qui a pour conséquence de sortir rarement de l'argent. Des positions énormes peuvent ainsi être bâties, posant des problèmes de surveillance. De quelles informations devrait disposer une Bourse ? Une Bourse se doit de connaître non seulement qui détient de grosses positions sur le marché, même si ces informations doivent effectivement rester confidentielles pour des raisons de concurrence entre acteurs sur le marché. Mais elle doit savoir aussi pour quelles raisons ces positions sont prises, s'il s'agit d'une couverture ou de spéculation. Quelles conclusions tirez-vous de l'affaire Sumitomo ? Les recommandations attendues du LME et du SIB à l'issue de l'enquête souligneront sans aucun doute la nécessité d'améliorer le reporting effectué auprès de la Bourse, y compris les arrangements entre les intermédiaires et leurs clients. Les autorités japonaises doivent être plus exigeantes pour assurer l'intégrité des marchés financiers, et cesser de ne s'intéresser qu'aux transactions domestiques quand les institutions nippones, qui travaillent dans le monde entier, peuvent mettre en danger le système dans son ensemble. Elles doivent obtenir l'information nécessaire et accepter de la partager avec les autres autorités de tutelle. Faut-il plus de réglementa- tion ? Non ! On peut mettre en place toute la réglementation que l'on voudra, cela ne changera rien au problème. Tous les cas récents (Barings, Daiwa, Sumitomo, etc.) ont en commun le fait que les directions de ces établissements n'assumaient pas leurs responsabilités en matière de surveillance des traders et de leurs positions. Il faut qu'au moins un membre du conseil d'administration dispose d'un écran lui donnant, en tout temps, l'état des positions détenues par sa société sur tous les marchés du monde, avec une évaluation précise des pertes potentielles. On ne le dira jamais assez, l'individu le plus dangereux dans une institution financière ou une entreprise est justement celui qui semble rapporter le plus d'argent à son employeur. Propos recueillis par Lysiane J. Baudu

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