La conjoncture rattrape les changes

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Le marché des changes a ses modes. Et c'est ce qui explique que la hiérarchie des déterminants des taux de change varie dans le temps. Tout au long de 2007, les opérateurs n'avaient d'yeux que pour les différentiels de taux d'intérêt, développant les stratégies de portage - le désormais fameux carry trade - les plus agressives de l'histoire monétaire moderne. Après le yen et le franc suisse, vecteurs principaux du carry trade , le dollar est entré dans la danse, les baisses brutales des taux de la Réserve fédérale américaine rendant sa rémunération de moins en moins attractive, puisqu'il ne rapporte plus que 2 % depuis le 30 avril.Comment expliquer alors que l'interruption de la descente aux enfers du billet vert ait commencé avant même que la Fed ne baisse pour la dernière fois le loyer de l'argent, puisque c'est en effet le 22 avril que l'euro a culminé à 1,6019 dollar ? Comment élucider le mystère qui permet au même dollar de faire de la résistance face à l'euro, alors que le différentiel de taux entre les deux monnaies n'a jamais été aussi élevé depuis que la Banque centrale européenne a donné son premier tour de vis en quatorze mois ? Les acteurs du marché des changes ont tout simplement modifié la hiérarchie de leurs priorités et ce sont désormais les écarts de croissance potentielle qui captent leur attention. Si les banques centrales gagnent la bataille de l'inflation, devenue pour la plupart d'entre elles l'ennemi public numéro un, en l'empêchant de poursuivre sa progression à défaut de la faire rentrer dans le rang, celles qui ont privilégié la croissance, Fed en tête, pourraient tirer les dividendes de leur entêtement sous la forme d'une hausse de leur monnaie. Bien évidemment, cette hypothèse repose sur une accalmie durable des prix des matières premières, mais on a souvent par le passé constaté que les différentiels de taux passaient au deuxième, voire au troisième rang des préoccupations des investisseurs.Tout au long de la seconde partie de la décennie 90, l'économie " étincelante " des États-Unis, comme la décrivait Alan Greenspan, a attiré comme un aimant les capitaux du monde entier, redorant le blason du dollar qui était tombé en début de période à des planchers historiques face au deutsche mark et au yen.UNE NOUVELLE DONNE SE DESSINEAprès l'éclatement de la bulle Internet, les investisseurs ont eu pour seule obsession le déficit des comptes courants de l'Oncle Sam, qui ne cessait de se creuser et dont ils redoutaient que le financement ne soit plus assuré. Dans la foulée, le dollar a connu six ans de chute ininterrompue. La nouvelle donne qui se dessine sur le marché des changes pourrait lui assurer un soutien plus durable et plus solide que les interventions verbales dont se sont contentés les grands argentiers de laplanète.

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