Un canal miracle en Terre sainte pour ressusciter la mer Morte

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Redonner vie à la mer Morte menacée d\'assèchement grâce à un canal de 180 km qui la relierait à la mer Rouge... Sur le papier, ce projet tient du miracle en Terre sainte. Et pourtant, il prend forme. Après des années d\'études menées par le cabinet d\'engineering français Coyne et Bellier, filiale de Tractebel, société de conseil du Groupe Suez, la Banque mondiale a rendu son verdict : l\'opération est faisable.En fait, sur le papier, l\'idée est simple. Le niveau de la mer Morte, située au point le plus bas du monde (- 420 mètres sous le niveau de la mer), ne cesse de baisser. Elle a perdu un tiers de sa masse d\'eau en vingt ans. Plus grave, la baisse du niveau est telle que la mer est désormais coupée en deux par une bande de terre... Et si rien n\'est fait d\'ici à 2050, ce site unique menace de disparaître.La solution imaginée consisterait à pomper de l\'eau dans la mer Rouge à la hauteur du port jordanien d\'Aqaba, pour la reverser grâce à un canal - en fait un réseau de canalisations en grande partie souterrain - dans la mer Morte. Détail important : cette opération une fois lancée traduirait mieux que de longs discours une paix régionale entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens.« C\'est un exemple de coopération entre des dirigeants, qui ne voient pas toujours les choses de la même façon, mais qui peuvent s\'entendre sur une question aussi vitale que l\'eau », assure Saad Abu-Hamour, un haut responsable jordanien chargé des questions de l\'eau. Le projet des deux mers comprend, en effet, la construction d\'une usine de dessalement de l\'eau de mer pour alimenter la Jordanie. Ce pays souffre d\'une pénurie chronique d\'eau potable, qui a pris des allures dramatiques avec l\'arrivée, depuis deux ans, de plusieurs centaines de milliers de réfugiés civils syriens fuyant les combats dans leur pays. Pour faire face à cet énorme afflux de population, la Jordanie a dû pomper au-delà du raisonnable ses nappes phréatiques, qui menacent de s\'épuiser rapidement.Un projet à 10 milliards de dollarsAutre avantage d\'un canal, des centrales hydrauliques pourraient exploiter la dénivellation entre les deux mers pour faire fonctionner des turbines produisant entre 150 et 250 mégawatts. Avec cette nouvelle source d\'énergie, il serait possible de produire près de 850 millions de m3 d\'eau dessalée et de stabiliser le niveau de la mer Morte. Enfin, un vaste complexe touristique est envisagé des deux côtés du canal, grâce à une eau devenue abondante et permettant de créer des oasis luxuriantes. Bref, un rêve grandiose à la fois technologique et politique... Encore faut-il passer aux actes et trouver des financements.Car la facture risque, elle aussi, d\'être « salée » : 10 milliards de dollars, selon les estimations de la Banque mondiale. Ce « détail » ne gêne cependant pas Israël. « Les intérêts communs avec la Jordanie et les Palestiniens sont plus importants que toutes autres considérations, assure Silvan Shalom, le ministre israélien de l\'Énergie et des Ressources en eau.Avec le soutien de la Banque mondiale, j\'espère que nous allons pouvoir lancer très rapidement les premiers appels d\'offres internationaux. »« Tout le monde comprend qu\'il y a urgence, il faut sauver la mer Morte, qui n\'appartient pas seulement à ceux qui vivent autour, mais qui est aussi essentielle pour les communautés chrétiennes dans le monde », affirme Uri Shani, responsable de la gestion de l\'ensemble de l\'opération du côté israélien. Selon lui, le projet permettra également d\'éviter que l\'eau soit un motif de conflits armés. Un fragile équilibre écologiqueD\'ores et déjà, précise Saad AbuHamour, les Jordaniens vivent sur la corde raide, malgré la fourniture par Israël de 32 millions de m3 d\'eau par an puisés dans le lac de Tibériade aux termes de l\'accord de paix conclu entre les deux pays en 1994. « Les habitants n\'ont droit qu\'à 48 heures par semaine pour constituer des réserves d\'eau utilisées le reste du temps »,précise cet expert. Le gouvernement jordanien doit, en outre, subventionner au prix fort l\'eau potable. Une usine de dessalement permettrait donc de réduire rapidement la pression.Dans le tableau de ce canal idyllique subsistent toutefois plusieurs ombres de taille sur le front écologique. La Banque mondiale évoque elle-même plusieurs dangers. Des fuites dans les canalisations pourraient provoquer des infiltrations d\'eau salée dans les nappes phréatiques de la région semi-désertique d\'Araba, située entre les deux mers. De plus, l\'eau pompée dans la mer Rouge risque de favoriser la prolifération d\'algues dans la mer Morte où, jusqu\'à présent, rien ne pousse en raison d\'une teneur record de 32% en sels minéraux, contre 3% en moyenne pour les autres mers.Le scénario présenté par Les Amis de la Terre au Moyen-Orient, une organisation de défense de l\'environnement, est même encore plus inquiétant. Selon ces écologistes israéliens, jordaniens et palestiniens, les partisans du projet jouent aux apprentis sorciers. « La Banque mondiale a mis dix ans pour sortir son rapport et pendant cette période le niveau de la mer Morte a baissé de 15 mètres. Il aurait mieux valu se concentrer sur les véritables causes de ce désastre provoqué par le pompage de 90% de l\'eau du Jourdain qui se déverse dans la mer Morte, et l\'exploitation sans limite de l\'eau de cette mer pour la production de produits minéraux par des groupes privés israéliens et jordaniens », déplore Nader Khateeb, directeur du côté palestinien de l\'organisation écologiste.Les responsables israéliens et jordaniens n\'en restent pas moins optimistes. Ils disposent d\'un argument de poids : faute d\'un canal, il y a de fortes chances pour qu\'il n\'y ait bientôt plus aucun équilibre écologique à préserver, car la mer Morte... aura disparu pour de bon._______>>> VIDEO Un Canal Entre La Mer Rouge Et La Mer Morte (Arte)

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