Accord de libre-échange transatlantique : "ceux qui crient 'contre' vont disparaître"

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LA TRIBUNE - Les accords de libre-échange peuvent-ils être un moteur de croissance ?JEAN-MARC DANIEL - Pour moi, ce n\'est pas un moteur de croissance en soi. Mais cela aura pour effet de renforcer le commerce. L\'idée est d\'abaisser les droits de douane, ce qui revient à abaisser un impôt qui au final se répercute sur tout le monde, et donc d\'augmenter le pouvoir d\'achat de la population. Certains expliquent que cela signifie aussi une baisse des ressources pour l\'État, et donc qu\'il faut qu\'il compense en augmentant, par exemple, l\'impôt sur le revenu. Selon eux, il n\'y a pas de hausse du pouvoir d\'achat, in fine. Mais ce qu\'ils oublient, c\'est que l\'impôt sur le revenu est bien plus modulable, plus juste socialement. Par conséquent, ce sont les moins aisés qui profitent de la levée des barrières tarifaires.Dans un contexte de récession et de faible compétitivité, rajouter de la concurrence, n\'est-ce pas se tirer une balle dans le pied ?Certes, cela augmente la concurrence, mais aussi les débouchés. Et la réponse naturelle à l\'accroissement de la concurrence doit être d\'augmenter la productivité et donc les investissements dans des secteurs où nous sommes forts. Bien sûr, cela fera disparaître des emplois, mais cela en créera d\'autres aussi. Le protectionnisme n\'est pas une solution, car il a pour effet de nous priver de ce que nous ne produisons pas. Par exemple, la Chine pour nous punir, veut taxer notre vin, mais elle se punit elle-même en s\'en privant. De plus, plus aucun produit n\'est fabriqué dans un seul pays.Les négociations entre les États-Unis et l\'Europe signent-elles l\'avènement d\'un bilatéralisme ou un acte de défense contre la Chine ?À mon sens, cette négociation n\'a rien à voir avec la Chine. Les États-Unis et l\'Union européenne n\'entendent pas l\'exclure du commerce international. Et ce n\'est pas un moyen de peser sur elle. La Chine devra, de toute façon, abandonner le contrôle de son taux de change pour des raisons internes. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu\'on assiste à la montée en puissance de la classe moyenne chinoise et que c\'est un marché énorme qui s\'ouvre à nous. Les États-Unis veulent simplement avoir plusieurs fers au feu. Ces négociations sont importantes parce qu\'elles montrent que les États-Unis ne se désintéressent pas de l\'Europe malgré l\'accord transpacifique qui semble être sa priorité.Qu\'est-ce que la France a à y gagner ?Ceux qui crient sont ceux qui vont disparaître. Jules Méline avait dit, à la fin du XIXe siècle, qu\'à cause de la concurrence nous allions perdre notre agriculture, et donc qu\'on ne pourrait plus se nourrir. Aujourd\'hui, effectivement, notre agriculture emploie bien moins de monde, mais nous avons fortement accru notre productivité, et au final nous mangeons mieux qu\'à cette époque. À l\'heure actuelle, plus rien n\'est produit dans un seul endroit. Il y a ce fameux exemple de l\'iPhone pour lequel on compte 2 milliards de dollars au profit de la Chine. Mais on ne prend pas en compte tous les échanges qui ont été nécessaires pour en arriver au produit fini et exporté. La question devrait être de savoir où on se situe dans la chaîne de la valeur ajoutée et comment en capter le plus possible afin d\'investir dans les secteurs porteurs de croissance.José Manuel Barroso a-t-il été trop sévère à l\'égard de la France en la traitant de réactionnaire ?Sur l\'enjeu culturel, c\'est un milieu qui a une capacité de nuisance forte. Ils cherchent à préserver leurs emplois en faisant croire qu\'ils défendent l\'exception culturelle. Je suis d\'accord avec José Manuel Barroso quand il dit que la France est réactionnaire. Tous les secteurs ont intérêt à avoir un débouché accru et plus de fluidité dans les échanges. On a vu, avec un film comme The Artist, qu\'avec un bon démarchage on était capable de conquérir le marché américain. Évidemment, ceux qui ne sont pas les meilleurs verront leur rente de situation mise en cause. Mais on aura davantage de dynamisme économique.

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